‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 105 sur 125 · L'historien · texte numérisé non relu

L'historien

2 Mézcrjiy se f.'li ite d'antre part des liarangnes dont il a cmnillé son récit, pour l'orner et pour reposer le lecteur : « La distribution de mon ouvrage n'est point par sections, ny par chapitres... Les princes et les grands seigneurs y harangii<nt à propos, tant pour rmbellir de queliiue ornement plus magnifique l'Histoire, dont le slyle est de soy simple et naïf", que pour délasser iussi par ce rafraicliiss-ment, le lecteur fatigué de suivre lou^jours une armée par des pais ruinez et deserls. Après tout ce n'est pas sans nécessité que je le fais ainsi. Ces héros ont efTectivcment dit les ciioses qire je leu mets à la bouche, ou s'ils ne les ont dites, elles siinl au moins si nécessaire^, que je serais mny-ntesme obligé de les dire. > {Mi:zi:rav, liist. de France, t. 1, prc\'ace.)

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flexions que les personnes sages et éclairées par leur piété pourront faire sur cette multitude d'evenemens, tous réglez dans leur dérèglement par la sagesse de la providence; tout le monde trouvera des sujets de s'humilier et dans les plus médians princes, et dans les meilleurs... Et bien des chrétiens auront sujet de rougir, de ce qu'après tant de grâces que Dieu leur a faites, et qu'il a refusées aux payens, ils se trouvent beaucoup au dessous de la vertu morale de Tite Antonin, de Marc Aurele, et d'Alexandre Severe.

Lenain de Tillemont, Htst. des Empereurs^ t. I,

avertissement.

h) V historien ne doit ce songer qu à chercher la vérité » , et l'L dire y même si ses conséquences paraissent cCahord dangereuses ; car, « on n abuse pas de la vérité », et elle ne peut être contraire à la piété.

L'auteur... a cru ne devoir songer qu'à chercher la vérité des faits et des temps, avec toute la fidélité, l'exactitude, et l'application dont il a esté capable, et à l'exprimer de la manière la plus simple et la plus nette. Il l'a recherchée dans les auteurs originaux.

Lenain de Tillemont, Hist. des Empereurs, t. I,

avertissement.

Il ne s'engage point non plus à examiner les conséquences que l'on pourroit tirer des faits qu'il trouve établis par de bons auteurs, ni à répondre aux objections que l'on y a faites, ou que l'on pourroit faire... Il se contente de chercher la vérité des faits : et pourvu qu'il la trouve, il ne craint pas que l'on en abuse; estant certain que la vérité ne peut estre contraire à la vérité, ni par conséquent à la piété, qui doit estre fondée sur la vérité. Lenain de Tillemont, Mémoires pour

servir à Vhistoire ecclésiastique, t. I,

avertissement. 1693.

222 IDÉES ET DOCTKINKS LITTÉHAIRES

4° Le P. Daniel.

a) L'histoire ne doit pas s'attacJier seulement aux faits y mais aux « mœurs ».

La science de l'historien se fait sentir par les remarques qu'il sème dans sa narration sur les mœurs des peuples dont il fait l'histoire. Par ce mot de mœurs, on n'entend pas seulement le génie de la nation, mais encore les Coutumes, les Usages, les loix, la jurisprudence, la manière du gouvernement civil et militaire, et autres choses semblables, avec les changements qui y sont arrivez dans la suite des temps. Ce point me paroît essentiel pour la perfection de l'histoire.

Le p. Daniel, Hist. de France^ préface.

b) V histoire doit être impartiale.

La partialité et la prévention sont encore des défauts qui gâtent plusieurs Histoires au préjudice de la vérité. Un historien en ce point doit être en garde aussi bien contre luy-même, que contre les mémoires qu'il se propose de suivre...

C'est contre les mémoires qui racontent les guerres civiles, que l'historien qui s'en sert, doit principalement se precautionner. C'est dans ces sortes de mémoires, où la partialité et l'animosité régnent le plus*.

Le p. Daniel, Hist. de France^ préface.

1, B II n'v a point de doute que la conspiration de Valslein n'ait été une des plus fameuses entreprises des derniers siècles... C'est à mon avis te qui a obiigébeaucoup de gens d'esprit a nous en laisser diverses relat ous que j'estimerois parfaites, si elles n'étoient point intéressées. Mais certes l'animosité des partis contraires dans lesquels la plùpait des auteurs se sont rencontrez, s'est encore insensiblement trouvée dan> leurs livres ; et de cette soi te les invectives ou les flatteries y ont pris la place que la seule vérité devoit occuper ..

u Volà pourquoy il me semble nue... je ne feray rien contre la modestie, si après tant d'habiles gens j écris encore Tbisloire de celte conspi ation selon la vérité, au moins autant qu'il mo sera possible, u (Sarra-^in, La Conspiration de Vaistein.)

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c) Les harangues supposées sont contraires à la vê" rite, et doivent être proscrites.

C'est... pécher contre la vérité de l'Histoire, que d'attribuer sans fondement aux acteurs qui paroissent sur la scène, des motifs de la conduite qu'ils tiennent.

Il en est de même des raisonnemens qu'on fait faire aux princes ou à leurs ministres dans des conseils secrets, ou aux généraux d'armées dans des conseils de guerre, des souplesses qu'on attribue aux ambassadeurs dans des négociations et dans des traitez de paix pour amener à leur but ceux avec qui-ils traitent.

Le p. Daniel, Hist. de France, préface.

Un historien entendroit mal son métier, s'il s'avisoit de farcir son histoire de dissertations.

Le p. Daniel, Hist. de France, préface.

Touchant les harangues, je pense et je ne suis pas le premier à le penser, qu'elles ne sont pas trop bien placées dans une Histoire.

Le p. Daniel, Histoire de France, préface.

n. — L'HISTOIRE SELO\ BOSSUET

1" L'histoire est utile pour la conduite de la politique.

Quand l'histoire serait inutile aux autres hommes, il faudrait la faire lire aux princes. Il n'y a pas de meilleur moyen de leur découvrir ce que peuvent les passions et les intérêts, les temps et les conjonctures, les bons et les mauvais conseils. Les histoires ne sont composées que des actions qui les occupent, et tout semble y être fait pour leur usage. Si l'expérience leur est nécessaire pour acquérir cette prudence qui fait bien régner, il n'est rien de plus utile à leur instruction que de joindre aux exem-

224 IDKES I:T doctrines LITTÉnAinES

pies des siècles passés les expériences qu'ils font tous les jours. Au lieu qu'ordinairement ils n'apprennent qu'aux dépens de leurs sujets et de leur propre gloire à juger des affaires dangereuses quileur arrivent : par le secours de Thistoire, ils forment leur jugement, sans rien hasarder, sur les événements passés.

BossuET, Discours sur r/iistoire universelle, Avant-propos.

Historiara, humanae vitae magistramac civilisprudentiae ducem, sumraa diligenlia tradidiraus \

BossuET, De Institutione Delphini,

2° L'histoire ne doit pas être une simple cnriositc. Tout ce qui ne présente pas une utilité politique, morale ou relig^ieuse est inutile et doit être rejeté.

Sic autem egimus, ut cum principis judicio nostra quoque historia cresceret... non tamen minuta quaequeet curiosa sectati, sed mores gentis bonos pravosque, majorura instituta, legcsque praecipuas ; rerum conversiones, earumque causas ; arcana consiliorum, inopinatos eventus, quibus animus assuefaciendus esset, atque ad omnia componendus ; regum errata ac secutas calamitates ; ipsorum jam inde a Clodoveo per tanta spatia temporum inconcussam fidem, atque in tuenda catholica religione constantiam.

BossUET, De Institutione Delphini.

Ce désir d'expérimenter et de connaître s'appelle la concupiscence des yeux, parce que de tous les organes des sens les yeux sont ceux qui étendent le plus nos connaissances. ,.

1. « L'histoire, qui est l'éducatrice de la vie humaine et le guide de la sa gesse politique, nous la lui avons eascignce avec le plus grand soin. »

Cette curiosité s'étend aux siècles passés les plus éloignés : et c'est de là que nous vient cette insatiable avidité de savoir l'histoire. On se transporte en esprit dans les cours des anciens rois, dans les secrets des anciens peuples. On s'imagine entrer dans les délibérations du sénat romain, dans les conseils ambitieux d'un Alexandre ou d'un César, dans les jalousies politiques et raffinées d'un Tibère. Si c'est pour en tirer quelque exemple utile à la vie humaine, à la bonne heure ; il le faut souffrir et même louer, pourvu qu'on apporte à cette recherche une certaine sobriété ; mais si c'est, comme on le remarque dans la plupart des curieux, pour se repaître l'imagination de ces vains objets, qu'y a-t-il de plus inutile que de se tant arrêter à ce qui n'est plus, que de rechercher toutes les folies qui ont passé dans la tête d'un mortel... tout cet attirail de la vanité, qui de lui-même s'est replongé dans le néant d'où il était sorti? BossuET, Traité de la concupiscence^ VIII.

3° Cependant lorsque les faits présentent un intérêt moral ou relig-ieux, on ne saurait prendre trop de soin de les bien établir et de faire éclater la vérité.

Pour ce qui regarde les actes publics des protestants, outre leurs confessions de foi et leurs catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j'en ai trouvé quelques-uns dans le recueil de Genève; d'autres dans le livre appelé Concorde, imprimé par les Luthériens en 1654 ; d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus réformés, que j'ai vus en forme authentique dans la bibliothèque du roi... En un mot je ne dirai rien qui ne soit authentique et incontestable... Je maintiens aux protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance, et qu'ils ne liront jamais nulle histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci, puisque dans

ce que j'ai à dire contre leurs églises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui ne soit prouvé clairement par leurs propres témoignages.

BossUET, Histoire des variations, préface.

Outre que... dans un sujet de cette importance et de cette délicatesse presque lout, jusqu'aux moindres mots, est essentiel, il a fallu considérer, non ce que les choses sont elles-mêmes, mais ce qu'elles ont été, ou sont encore dans l'esprit de ceux à qui j'ai affaire ; et après tout on verra bien que celte histoire est d'un genre tout particulier; qu'elle a dû paraître avec toutes les preuves, et munie*, pour ainsi dire, de tous côtés.

Bossu ET, Histoire des l'ariations, préface.

4° L'historien n*a pas besoin d'être impartial et Indifférent, puisqu'il écrit pour démontrer; il suffît qu'il soit véridique.

Au reste, pour le fond des choses, ou sait bien de quel avis je suis : car assurément je suis catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise... Après cela, d'aller faire le neutre et l'indifférent à cause que i'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis quand tout le monde le sait, et que j'en fais gloire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière.

BossuET, Histoire des variations, prJface.

î, Miinitîis, fortifié.

CHAPITKE VIII l'épopée

I. — Définition de l'épopée : une « longue action n dont le merveilleux est l'âme. Il n'y a pas d'épopée sans merveilleux, (p. 228.)

II. — Le merveilleux consiste dans « l'invention » de divinités ou de personnages surnaturels qui représentent des sentiments, des idées, des vertus, des vices. Le merveilleux païen n'avait aux yeux des païens qu'une valeur allégorique; les modernes emploieront le merveilleux de la même manière. (p. 230.)

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