‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 109 sur 125 · Aux vérités de l'Evangile · texte numérisé non relu

Aux vérités de l'Evangile

DU XYli*^ SIECLE 2o9

OU de quelques passions dangereuses qu'ils taschent d'émouvoir ; que ne se répandent-ils encore plus heureusement dans les louanges de toutes les beautez de l'Univers, et de toutes les vertus héroïques des grandes âmes, pour en rendre une gloire immortelle àl'Auteur de la Nature et de la Grâce. Le Ciel, la Terre, les Enfers, les Anges, les Démons, et Geluy mesme qui a donné l'estre à toutes ces choses, peuvent estre le digne objet de leurs travaux et de leurs veilles ; car je ne pretens pas les réduire à ne faire que des catéchismes en vers, ou de pieuses méditations, quoiqu'on ne puisse trop loiier ceux qui consacrent leurs plumes à des instructions aussi utiles et aussi nécessaires. Il suffit que la gloire de Dieu soit le but principal de tout ^ouvrage, et qu'il s'y mesle de temps en temps de certains traits de pieté qui frappent le cœur et qui l'émeuvent.

Perrault, Snnt Paulin^ poème, Epître dedicatoire.

Il est vray que dans les sujets chrétiens, ou fort sérieux, les fables auroient aujourd'huy mauvaise grâce : mais les Anges et les Démons qu'on y peut introduire, ne donnent pas lieu de regretter Apollon et Minerve, Alecton et Tysiphone : et comme les Anges et les Démons sont des êtres effectifs, dont l'existence n'est révoquée en doute d'aucun chrétien, leur entremise doit faire plus d'impression sur nôtre esprit, que n'en pourroient faire les divinités fabuleuses sur l'esprit même des payens, qui hors le menu peuple, n'y ajoûioient aucune foy.

Perrault, Parallèle^ III, quatrième dialogue.

Si des antiques chants, malgré l'aveuglement,

La Religion seule a fait le fondement;

S'ils ont pour le succès d'une importante guerre

Intéressé le Ciel, l'enfer, toute la terre;

S'ils ont dans leurs sujets ému peuples et Rois,

Si la seule raison leur en donna les loix;

Avec plus de justice, avec plus d'avantages.

On void le Ciel, l'enfer, émus dans nos ouvrages;

Et du Dieu tout puissant les innombrables faits

Nous permettent toujours d'en feindre des portraits.

Aux grand effets de Dieu rien ne peut s'égaler; El la feinte si haut n'a jamais pu voler. Car de l'esprit humain la nature est bornée; Des limites du sens sa force est terminée. En Dieu seul, qui déteste un conte fabuleux, La vérité s'accorde avec le merveilleux ; Et le vers héroïque aura sa gloire entière. S'il en peut par son art égaler la matière.

Desmarets, La Défense du poënie liêroïque, Dialogue II.

De tout seur fondement le saint texte est la règle. Et qui suit ses chemins se rend semblable à l'Aigle, Qui de son vol hardy fuyant loin de nos yeux, Par un fixe regard voit l'astre dans les cieux, Semble faire sa voye avec ses promptes ailes, Et se perd dans les airs par des routes nouvelles. L'Esprit saint a décrit, mais non à tous momens. Par le divin secours de grands évenemens. Tantost Dieu mesme parle, et tantostpar un ange Il console, il instruit; par d'autres il se vange Des citez dont le crime a mérité ses feux. Par Moïse il répand ses prodiges nombreux. Tantost des fiers démons la furieuse envie Veut troubler le bon-heur d'une innocente vie. De la jeune Sara, par un dépit jaloux, L'insolent Asmodee étouffe sept époux :

Et par mille rigueurs d'une longue souffrance, Satan du juste Job éprouve la constance. Du grand P>oy de Memphis les traistres enchanteurs Taschent d'imiter Dieu par leurs faits séducteurs

Et dans l'art infernal la sorcière scavante

Fait paroistre au roy juif ^ l'ombre^ qui l'épouvante.

Desmarets, La Défense du poëme héroïque^ Dialogue II.

Les personnages introduits dans ce poëme pour les choses surnaturelles, sont tous célèbres dans l'histoire. Du costé du Ciel, saint Remy, sainte Geneviève, saint Daniel Stilite, et quelques autres saints, renommez par plusieurs miracles, dont ce siecle-là fut tres-fecond. Et du costé de l'Enfer, plusieurs méchans princes payens, comme Gararic, Ranchaire et Auberon sur tous, estimé enchanteur dans l'histoire mesme, et par conséquent, non seulement un enchanteur vray-semblable, mais encore véritable et historique.

Desmarets, Clovis^ préface.

Je suis fortement persuadé que l'histoire payenne ny l'histoire sainte ne sont point propres présentement à fournir un sujet épique : et que la chrestienne prophane toute seule en nostre temps, nous peut donner ce merveilleux et ce vray-semblable qui en sont l'âme, pour ainsi dire. Gar avec elle, l'invention du poète introduit les Anges, les mauvais démons et les magiciens : et sans choquer la vray-semblance, par elle le poète divertit le lecteur par des prodiges, et embrouille et demesle le nœud de la fable, par des voyes qu'on ne sçauroit deviner,

ScuDÉRY, préface cT a. AlarcC ».

L'illustre sujet du poème épique ne doit point estre pris maintenant, à mon advis, des histoires du Paganisme : parce (comme... le Tasse l'a dit avant mo\) que tous ces dieux imaginaires destruisent absolument l'Kpo-

1 David.

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