Cf. Lucien, fléraclès
6 IDÉES ET DOCTRINKS LITïhUAIUKS
Si les Romains... n'ont vaqué à ce labeur de traduction, par quelz moyens donques ont ilz peu ainsi enrichir leur langue, voyre jusques à l'egaller quasi à la Grecque ? Immilant les meilleurs auteurs Grecz, se transformant en eux, les dévorant : et, après les avoir bien digérez, les convertissant en sang et nourriture, se proposant, chacun selon son naturel et l'argument qu'il vouloit élire, le meilleur aucteur dont ils observoient diligemment toutes les plus rares et exquises vertuz, et icelles comtue grephes, ainsi que j'ai dict devant entoint et appliquoint à leur langue.
Du Bl-LLAY, De//"., I, 7.
Je te conseille d'apprendre diligemment la langue Grecque et Latine, voir Italienne et Espagnole, puis quand tu les sçauras parfaitement, te retirer en ton enseigne comme un bon soldat et composer en ta langue maternelle, comme a fait Homère, Hésiode, Platon... Virgile... Lucrèce, et mille autres, qui parloient mesme langage que les laboureurs, valets et chambrières.
Ronsard, Franc. ^ deuxième préface.
m. — Substitution des grands genres de l'antiquité aux « episseries » ^ et « drogueries » du moyen âg-e.
Ly, donques, et rely premièrement (o Poète futur) feuillette de main nocturne et journelle les exemplaires grecz et latins : puis me laisse toutes ces vieilles poésies françoyses aux Jeux floraux de Thoulouze et au puy de Piouan - : comme rondeaux, ballades, vyrelaiz, chanlz
1. Epiceries, Species specieruni : tenue de m'pris. 11 est assez ciirieiix de reiuiirquer que les romantiques traitèrent îiussi dédaigneusement d'épiciei s les 1/ nirg-eois jugés inaptes à goûter les choses d'.trt et de beauté.
2. Les puys, du latin p diiim, tertre, éminence, étaient des sociétés littéraires où l'on couronnait chaque année à l'origine les meilleurs poèmes composés en l'honneur de la Vierge. Plus tard 1 • sujet de la composition iut laissé au choix du poète. Les puys de Rouen, d Arras, de Caen, etc., furent célèbres.
DU XVir SIECLE 7
royaulx, chansons et autres telles episseries qui corrumpent le goust de nostre langue, et ne servent sinon à porter teraoingnage de nostre ignorance. Jeté toy à ces plaisans epigrammes, non point comme font au jourd'huy un tas de faiseurs de contes nouveaux, qui en un dizain sont contens n'avoir rien dict qui vaille aux IX premiers vers pourveu qu'au dixiesme il y ait le petit mot pouj rire, mais à l'iramitation d'un Maniai, ou de quelque autre bien approuvé, si la lascivité ne te plaist, mesle le profitable avecques le doulz. Distile avecques un style coulant et non scabreux ^ ces pitoyables élégies, à
l'exemple d'un Ovide, d'un Tibule et d'un Properce
Chante moy ces odes, incongnues encor' de la muse francoyse, d'un lue - bien accordé au son de la lyre grecque et romaine, et qu'il n'y ait vers ou n'aparoisse quelque vestige de rare et antique érudition... Sur toutes choses prens garde que ce genre de poëme soit eloingné du vulgaire, enrichy et illustré de motz propres et epithetes non oysifz, orné de graves sentences, et varié de
toutes manières de couleurs et ornementz poétiques
Quant aux epistres, ce n'est un poëme qui puisse grandement enrichir nostre vulgaire ^ pource qu'elles sont voluntiers de choses familières et domestiques, si tu ne les voulois faire à l'immitation d'elegies, comme Ovide : ou sentencieuses et graves, comme Horace. Autant te dvje des Satyres que les Françoys, je ne sçay comment, ont appellées coqz à TAsne ''^ : es quels jeté conseille aussi peu t'exercer, comme je te veux estre aliène^ de mal dire, si tu ne voulois, à l'exemple des anciens^ en vers héroïques... soubz le nom de satyre, et non de ceste inepte apellation de coq à l'asne, taxer ^ modestement les vices