‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 115 sur 125 · LA BRUYÈRE · texte numérisé non relu

LA BRUYÈRE

Caractères (Discours sur Théophrasle), 1688.

1° On reproche aux anciens la grossièreté de leurs mœurs et coutumes, qui gâte les plus beaux endroits de leurs ouvrages. Mais nos mœurs et nos coutumes seront également jugées barbares par nos neveux; faisons donc moins les dégoûtés, (p. 275.)

2° L'homme étant toujours le même, les œuvres des anciens sont aussi vraies et belles de notre temps qu'au moment où elles parurent, (p. 276.)

Charles PERRAULT

Parallèle des anciens et des modernes,

1088-1097, 4 vol.

1" Dans les sciences et dans les arts dont la technique relève des sciences, les modernes l'emportent sur les anciens, (p. 278.)

2'' Dans les arts où le a génie » peut suffire, les siècles n'ont point d'avantage les uns sur les autres, 'p. 278.;

3° Les modernes connaissant mieux les règles de l'art que les anciens, s'il plait à la nature de produire, en notre temps, un homme de « génie » il sera forcément supérieur aux anciens, de la même manière que Virgile est supérieur à Homère, fp. 279.1

4^ En thèse générale, les modernes sont supérieurs aux anciens p. 279.) :

A) Parce qu'ils sont venus après les anciens ;

B) Parce qu'ils ont une psychologie plus profonde et plus exacte ;

C) Parce qu'ils ont une meilleure méthode ;

D) Parce qu'ils possèdent l'imprimerie ;

E) Parce que le chiistianisme a développé merveilleusement l'éloquence.

BOILEAU

Réflexions sur Longin^ 7* réflexion, 1C93.

±° Tous les anciens ne sont pas admirables ; il n'est, chez eux, qu'un petit nombre d'écrivains merveilleux, p. 284.

2*^ Les anciens sont admirables, non parce qu'ils sont anciens, mais parce qu'ils ont été admirés par toutes les générations successives, p. 284.)

3'^ Il ne faut admirer qu'avec prudence les modernes, parce qu'ils n'ont pas encore subi l'épreuve du jugement de la postérité, ip. 285.)

BOILEAU

Lettre à Perrault * 700.

1° Il est des modernes excellents, (p. 286.) 2'^ Les excellents d'entre les modernes ont dû leurs qualités à l'imitation des anciens, p. 287.'

3° Le siècle de Louis XIV est supérieur à celui d'Auguste en certains genres, inférieur en d'autres genres. Tout compte fait, il le dépasse, (p 288.

FiUNçois CHARPENTIERS

De r Excellence de la langue française^ 1683.

1"* Sî nous admirons moins les modernes que les anciens, c'est là un effet de notre « jalousie » et de notre « mauvaise humeur » contre les auteurs vivants. La postérité sera plus équitable.

Ne nous chagrinons point pour la mauvaise humeur de nostre siècle, qui nous met toujours aux derniers rangs et qui ne veut pas nous faire entrer en concurrence avec les Anciens... Il s'}' mesle aussi de la jalousie de nos concitoyens, de nos amis, de nos parens. Car pour dire ce qui arrive tous les jours, celuy qui n'a jamais oiiy parler de Virgile que comme du Dieu des beaux vers, qui ne connoist Ciceron que sous le nom du père de l'Elo-

1. Fr. Charpentier, 16 20-1702. Entre à l'Académie française en 1651, il fut un des preniie:s membres de la commission des inscriptions et médailles établie par Colbert en 1663. En cetle qualité il préconisa ar lemmcnt l'emploi du français dans les insciiptions des munumenls publics, contre Ls partisans du latin. C'est au cours de celte polémique qu'il écrivit son livre : De C Excellence de la langue française. Les inscriptions françaises qu'il avait composées on 1684 pour les tableaux des Victoires do la g an e gnlerie de Versailles pei tes par Lebrun fur. nt remplacées plus tard par des notices plu» simples rédigées par Boileau et Racine, sur l'ordre de Louvois. {}'oir : Boileau, Discours sur le sir/le des inscriptions.)

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qiience... et qui void un espace infini de mérite entre eux et luy, pourroit il demeurer d'accord que les escrits de son aray fussent égaux à ceuxdeces grands hommes ?... Il faudroit en mesrae temps qu'il demeurast d'accord du reste, c'est à dire d'avoir moins d'esprit que luy, et c'est ce qu'on ne fait point... Nos juges sont nos parties. Il faut attendre qu'il naisse des gens désintéressez... C'e>t la postérité qui nousjugera.

Charpentifr, De f Excellence, I, ch. x, 201-204.

Certes c'est avoir trop mauvaise opinion de nostre jugement que de se figurer que nous ne connoistrons jamais ses avantages et que nous n'oserons jamais dire ce que nous esprouvons. Quoy donc, tandis que je me senliray transporter par la force de nos orateurs ; que je ne pourray résister à tous les mouvemens qu'ils me voudront inspirer ; tandis que je seray touché de toutes les manières dont les maistres de 1 Art m'ont averti qu'on devoit l'estre quand l'Eloquence est dans sa perfection, faudra-t'il que je m'imagine que cela n'est rien au prix des orateurs romains qui n'ont pu faire davantage, et qui ne l'ont pas mieux fait, à en juger par les ouvrages qui nous en restent? Pourquoy veut-on que je cro3'e qu'il v a moins d'harmonie dans nostre langue que dans la Latine, puisque celle-cynepeut avoir eu d'autre effet que de plaire aux oreilles, et que les nostres sont tous les jours charmées du son et de l'arrengement de nos paroles.^ Charpentier, De V Excellence, I, ch. xxiv. p. 467-469.

2° Les modernes sont plus « vieux », plus « anciens » que les Anciens et par conséquent plus éclairés.

Peut-estre que ce nom d'Antiquité qui inspire je ne sçay quel respect ayde à nous tromper, parce qu'il

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snmble que le plus jeune doive déférer à celuy qui est le plus avancé en âge. Gomme donc nous sommes nouveaux dans le monde, nous estimons nouveau tout ce qui nous environne, et quoy que nostre siècle soit plus vieil à l'éo-ard de Tâge de l'Univers que le siècle de nos pères, neantraoins nous trouvons le nostre plus jeune, s'il faut ainsi dire, parce que nous commençons à conter par nous-mesmes. Ainsi ceux que l'on veut mettre aujourd'huy hors de comparaison, et qu'on fait passer pour autant d'oracles, parce qu'on leur donne le nom d'Anciens, sont en quelque façon moins anciens que nous, et le genre humain, ayant ajousté deux mille ans à sa durée, a si fort perfectionné ses premières connoissances par ses dernières descouvertes, que nous pouvons nous vanter sans orgueil que nostre siècle est plus esclairé que le leur.

Charpentier, De C f-^icc'lcncc, II, ch. xxvi, p. 557-358.

3° En admettant qne les modernes n'aîent pas encore produit dceuvres» comparables à celles des Anciens, rien ne s"oppos€^ à ce qu'ils en produisent.

Mais, me dira-t'on... nous n'avons point encore de Virgiles, de Gicerons, de Titelives, d'Horaces, quoy que nous fassions tant d'efforts pour les imiter... Qui nous oblige de demeurer d'accord que nous n'avons point encore eu d'escrit aussi éloquent que ceux de Giceron ; point de pièces en vers qui aproche de celles de Virgile et d'Horace ? Quoy, depuis cinquante ans il ne s'est rien composé en prose, qui aille du pair avec Giceron ?... Gela n'est pas vray ; et quand je ne pourrois pas trouver un si grand nombre d'ouvrages d'un mesme homme qui fussent tous de mesme force, il suffiroit que je trouvasse seulement vingt lignes de suitte, qui peussent disputer le

prix avec quelqu'un des plus beaur. endroits de cet ancien orateur, pour voir que le génie de la grande éloquence, se peut allier aussi noblement avec la langue françoise qu avec la romaine. Car... on peut juger de la beauté d'une langue, sur de petits essays, aussi Ijien que sur de grands ouvrages.

Charpentier, De VExcellence, ch. ix, p. 150-151.

Qui dit donc que nous n'avons point encore d'auteurs que nous puissions opposer à Ciceron ou à Virgile, dit ce qui est arrivé jusqu'à présent, il n'explique pas ce qui peut estre à l'avenir. Il en estoit de mesme à R.ome un an avant la naissance de ces deux grands personnages.

Charpentier, De C Excellence, ch. ix, p. 153.

Pourveu qu'en disant que nous n'avons point de Cicerons ni de Virgile, on ne veuille point inférer que la France n'en peut avoir, je ne m'en tourraenteray gueres. Charpentier, De C Excellence, ch. xiv, p. 295.

4° Ce sont les circonstances et les « occasions », qui déterminent les progrès dim g-enre littéraire. Le développement de Icloquence politique chez les anciens tient à leur régime républicain ; celui de la « prédication » chez les modernes, à la connaissance de l'Evangile.

Nos adversaires ne manquent jamais d'imputer à l'incapacité de nos orateurs, ce qui ne doit s'attribuer qu'au défaut des occasions. En eflet la disposition des affaires publiques ne permet pas que l'Eloquence ait des suites aussi avantageuses dans Paris, que dans Athènes et dans Fiome, où Tauthorité souveraine estoit entre les mains de plusieurs, et où les plus importantes resolutions se pre-

noient dans le Sénat et dans les assemblées du penple. Car alors, ceux qui estoient en possession de cet art merveilleux qui sçait fleschir les esprits et emporter la volonté, avoient des grands avanta:;es. Ce n'estoit qu'après les avoir oiiys, que la Republique se determinoit à déclarer la guerre, à faire la paix... Ils donnoient leurs avis... sur tout ce qu'on appelle affaires d'Estat... La manière du gouvernement a seule engendré tant de grands personnages, parce que cette puissance de la parole les rendoit comme maistres de la volonté du penple... Mais dans les Estais qui se gouvernoient d'une manière différente, l'art de parler n'ayant pas des fonctions si avantageuses, il n'y avoit point d'orateurs... Il ne faut donc pas s'estonner si la France n'a point maintenant d'orateurs à la manière d'Athènes et de Rome.

CHAHPF.XTiEn, De r/i.rcell ncjyl, ch. IX, p. 163-168.

Si nous avons perdu le premier de ces trois genres d'Eloquence \ de la manière qu'il estoit en usage dans les anciennes republiques, nous en avons un autre que l'Evangile a engendré, qui est celuy de la prédication. Les matières qu'il embrasse sont si sublimes et si nécessaires à sçavoir, qu'on peut dire que la tribune aux harangues n'a jamais rien produit de plus digne d'admiration que ce qui se dit tous les jours dans la chaire chrestienne... Et si Demosthene ou Ciceron pouvoient revenir, je doute qu'en traitant les mesraes sujets, ils fissent paroistre plus de noblesse de génie, plus de force de raisonnement, plus de véhémence pour toucher les esprits, que l'on n'en remarque dans ce grand nombre de prédicateurs célèbres, pour qui nos églises les plus vastes deviennent trop estroittes.

Charpentier, De C Excellence^ I, ch. ix, p. 174-176.

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