L'Eloquence politique
tj° Dang-ers d'une admiration superstitieuse des Anciens ;
a) Elle rabaisse notre courage et détruit notre confiance en nous-mêmes.
Si la gloire de l'esprit et de l'éloquence de quelques particuliers se respand avec tant d'esclat sur tout le reste d'une nation, quelle injure ne font point à nostre Patrie ceux qui s'opposent, autant qu'il est en leur pouvoir, qu'elle n'ait des enfants aussi illustres, en regardant cette prétention comme impossible ? Car l'impossibilité reconnue, non seulement abaisse le courage, mais fait perdre la volonté... Apres tout, il y a de la lascheté à demeurer d'accord qu'on a moins d'esprit que les autres, quand cela n'est pas véritable.
Fr. Charpentier, De l'Excellence^ I, ch. xiv, p. 297-298.
h) Elle nous empêche de cultiver et de perfectionner notre langue.
En faisant entendre à tous les François, qu'ils ne doivent pas espérer de rien faire à l'avenir avec leur langue qui ne soit fort au dessous des Latins, c'est estre cause que cela arrivera, puisque c'est rendre la langue françoise mesprisable à ses propres enfans, et les destourner de l'employer dans leurs ouvrages, quoy que ce soit le seul moyen qu'elle ait pour s'élever. Car enfin la langue latine, ni la grecque ne sont point descendues du ciel toutes polies, toutes élégantes, toutes nombreuses ; elles ont commencé de la manière que toutes les choses du monde commencent, et ne se sont perfectionnées que par les soins de ceux qui les ont cultivées... Si donc les premiers auteurs latins sont louables d'avoir assez estimé leur langue pour espérer de la pouvoir mettre quelque jour en concurrence avec la Grecque; s'il est
vray encore que celte espérance a esté une des causes de ce glorieux effet, comment ne serions nous point blasrnables d'estimer si peu nostre langue qu'elle ne puisse jamais entrer en concurrence avec la Latine ?
Fr. Charpentier, De l' Excellence, I, xi, p. 210-213.
c) Elle est un obstacle au progrès des sciences. [Critique des études gréco-latines.)
Je ne m'estonne pas, si nous trouvons de si grands génies, pour toutes sortes de sciences, parmi les Grecs, c'est qu'ils les estudioient en leur langue. L'application de leur esprit n'estoit pas partagée, et toutes leurs pensées n'avoient qu'un objet. Car enfin on entend mieux ce qu'on apprend en sa langue, que ce qu'on apprend en une langue estrangere... Ce* qui n'estoit que l'occupation de la jeunesse Grecque, devient maintenant l'estude des bommes faits, et nous sommes obligez de nous y appliquer en un âge oii Ton devroit avoir quelque occupation plus sérieuse. C'est le fléau de nos derniers siècles; plus on ira avant et plus ce mal augmentera, car il y aura toujours plus de choses à sçavoir... Il n'y a... pas de doute que, si les sciences s'enseignoient dans nostre langue, les difficultez dont elles sont hérissées deviendroient le jouet de nostre enfance, et nous laisseroient plus de temps libre, pour l'employer au service de nostre Patrie, ou pour perfectionner ces mesmes sciences, qui demeurent toujours deffectueuses et incertaines ^. Nous