‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 117 sur 125 · Les études grammaticales et les humanités · texte numérisé non relu

Les études grammaticales et les humanités

2. L'idée que l'étude des langues anciennes entrave le progrès des sciences se trouve exi)rimée déjà dans la Deffense et Illustration de ia langue française, de du Bellay. Voici le passage, curieux à bien d«s égards : « Las et combien seroit meilleur qu'il y eust au monde un seul langage naturel, que d'employer tant d'années pour apprendre des mot/,: et ce jusques à l'aage bien souvent que nous n'avons plus ny le moyeu, ny le loisir de vaquer à plus grandes choses. Et certes songeant beaucoup do loys, d'où provient que les liomnies de ce siècle geui-ralement sont moins scavans en toutes sciences et de moindre prix que les

en avons un exemple qui n'est que trop véritable dans la médecine, que j'estime la plus noble, la plus utile, et ]a plus nécessaire de toutes les sciences après la Tneologie. Car encore que son objet soit tout sensible, et en quelque façon exposé aux yeux, il semble neantmoins, que depuis le siècle d'Hipocrate, c'est à dire depuis deux mille ans et plus, elle nait fait aucun progrès notable, ce qu'on ne peut attribuer qu'à la manière d'estudier de ceux qui s'appliquent à cette profession illustre. Car tandis qu'ils s'appliquent à meubler leur mémoire de Latin, de Grec, et quelquefois mesme d'Arabe, et qu'ils s'embarrassent du soin de se conserver ces connoissances, il faut nécessairement qu'ils ayent moins de temps à donner à observer les maladies, et à considérer les proprietez infinies des herbes et des minéraux, et les différentes manières de les préparer pour en faire des remèdes... Et qu'arrivera-t'il delà, sinon que le médecin qui s'est si long-temps attaché aux langues, devient ordinairement un grand parleur, et un médiocre guérisseur... Ceux qui ont esté eslevez de cette manière... ne se trouvant plus ensuitte... assez de loisir pour estudier la Nature en elle-mesme, et pour dévoiler le reste de ses secrets, ils s'obstinent à ne vouloir pas voir plus clair que les Anciens, et se font une loy de suivre aveuglement ces grands hommes, qui ont véritablement commencé la Médecine, mais qui ne Font point achevée.

Fr. Charpentier, De V Excellence , I, xiv, p. 284-291.

anciens, entre beaucoup de ravsons je Ireuve ceste cv. que j'oseroy' dire la principale : c'est l'étude des langues grecque et latine. Car si le tons, que nous consumons à apprendre les dit' s lang'ies, estoit employé a l'etu e des sciences, la nalure certes n'est point dev. nue si brehaiguo. quelle n'eiilantast de nostie tens de- Platons et des Arislotes... Faut-il donques laisser l'étude des langues ? non : d'autaut que les ars et sciences sont pour le présent entre les mains des Grecz et Latins. Mais il se lievroit faire a l'avenir qu'on jieut parier ce toute chose, par tout le moud.' et ea toutes langues. » {Deff., I, 10, 83-84, 85.)

Charles PERRAULT Le Siècle de Louis le Grand (1687).

l*' La Xature, toujours la même à travers les siècles, produit en tous les siècles des g-énies aussi vig-oureux.

A former les esprits comme à former les corps La Nature en tout temps fait les mesmes efForts, Son estre est immuable, et cette force aisée Dont elle produit tout ne s'est point épuisée.

Perrault, Siècle de Louis le Grand,

2° Les différences que Ton remarque entre les siècles proviennent de la protection plus ou moins éclairée que les rois accordent aux lettres.

Mais c'est peu, dira-t-on, que par un long progrez, Le Temps de tous les arts découvre les secrets, La Nature affoiblie en ce siècle où nous sommes, Ne peut plus enfanter de ces merveilleux hommes Dont avec abondance, en raille endroits divers. Elle ornoit les beaux jours du naissant Univers.

Les siècles, il est vray, sont entre eux difïerens, Il en fut d'eclairez, il en fut d'ignorans, Mais si le règne heureux d'un excellent monarque Fut toujours de leur prix et la cause et la marque, Quel siècle pour ses roys, des hommes révéré, Au siècle de Louis peut astre préféré ?

Perrault, Siècle de Louis le Grand.

S^ Le temps et l'iisag-e perfectionnant sans cesse les inventions, les modernes sont înconiparablenient plus savants que les Anciens.

Tout art n'est composé que des secrets divers Qu'aux hommes curieux l'usagée a découverts, Et cet utile amas des choses qu'on invente, Sans cesse chaque jour, ou s'épure ou s'augmente.

Perrault, Siècle de Louis le Grand,

Chacun sçait le decri du fameux Aristote, En physique moins seur qu'en histoire Hérodote ; Ses écrits qui charmoient les plus intelligens. Sont à peine receus de nos moindres régens. Pourquoy s'en étonner ? Dans cette nuit obscure Où se cache à nos yeux la secrette Nature, Quoique le plus sçavant d'entre tous les humains Il ne voyoit alors que des phantosmes vains. Chez luy, sans nul égard des véritables causes. De simples qualitez operoient toutes choses, Et son système obscur rouloit tout sur ce point, Qu'une chose se fait de ce qu'elle n'est point. D'une épaisse A'apeur se formoit la Comette, Sur un solide ciel rouloit chaque planette, Et tous les autres feux dans leurs vases dorez, Pendoient du riche fond des lambris azurez.

Grand Dieu, depuis le jour qu'un art incompar:il)le, Trouva l'heureux secret de ce verre admirable \ Par qui rien sur la terre et dans le haut des Cicux, Quelque éloigné qu'il soit, n'est trop loin de nos yeux, De quel nombre d'objets d'une grandeur immense. S'est accrue en nos jours l'humaine connoissance. Dans l'enclos incertain de ce vaste univers, Mille mondes nouveaux ont esté découvers. Et de noi:veaux Soleil^, quand la nuit tend ses voiles, Egallent désormais le nombre des estoiles. Par des verres encor non moins ingénieux^, L'œil voit croistre sous luy mille objets curieux. Il voit, lors qu'en un point sa force est reiinie, De l'atome au néant la distance infinie; Il entre dans le sein des moindres petits corps, De la sage Nature il y voit les ressors, Et portant ses regards jusqu'en son sanctuaire, Admire avec quel art en secret elle opère.

L'homme de mille erreurs autrefois prévenu. Et malgré son sçavoir à soy-mème inconnu, Ignoroil en repos jusqu'aux routes certaines Du Méandre vivant qui coule dans ses veines. Des utiles vaisseaux où de ses alimens Se font pour le nourrir les heureux change mens, Il ignoroit encor la structure et l'usage, Et de son propre corps le divin assemblage. Non non, sui- la grandeur des miracles divers Dont le souverain Maistre a rempli l'Univers, La docte Antiquité dans toute sa durée A l'égal de nos jours ne fut point éclairée.

Perrault, Siècle de Louis le Grand,

Si nous voulions oster le voile spécieux Que la prévention nous met devant les yeux,

1, Le télescope.

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