‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 120 sur 125 · Tragédie de Thomas Corneille · texte numérisé non relu

Tragédie de Thomas Corneille

(estes. Si l'on nous avoit rais en leur place nous aurions inventé... Il n'y a pas là grand mystère *.

FoNTENELLE, Digression sur les anciens et les modernes.

8° La plus ou moins g-rande abondance des hommes de génie à certaines époques dépend des conditions et des circouï^tances particulières (g-uerres, préjugés, mœurs, gouvernements, etc.)

Sans doute la Nature se souvient bien encore comment elle forma la tête de Gicéron et de Tite-Live. Elle produit dans tous les siècles des hommes propres à être de grands hommes, mais les siècles ne leur permettent pas toujours d'exercer leurs talens. Des inondations de Barbares, des gouvernemens ou absolument contraires, ou peu favorables aux sciences et aux arts, des préjugés ou des fantaisies qui peuvent prendre une infinité de formes différentes, tel qu'est à la Chine le respect des cadavres, qui empêche qu'on ne fasse aucune anatomie, des guerres universelles établissent souvent, et pour long-tems, l'ignorance et le mauvais goût. Joignes à cela toutes les diverses dispositions des fortunes particulières, et vous verrez combien la Nature semé en vain de Gicerons et de Virgiles dans le monde, et combien il doit être rare qu'il y en ait quelques-uns, pour ainsi dire, qui viennent à bien. FoNTENELLE, Digression sur les anciens et les modernes.

Après que Ton a reconnu l'égalité naturelle qui est entre les Anciens et nous, il ne reste plus aucune diffi-

1. « Je prens l'art des Anciens, comme ils l'eussent pris de moy si j'eusse esté le premier au monde, mais je ne despends pas servilement de leur esprit, ni lie suis pas nay leur subjet, pour ne suivre que leurs loix et leur exemple ». (Balzac, Lettre à Bois-Robert, 11 févr. 1624, III, x.)

274 IDÉES ET DOCTRINES LITTÉRAinES DU XVII* SIECLE

culte. On voit clairement que toutes les diff<*rences quelles qu'elles soient, doivent être causées par des circonstances étrangères, telles que sont le tems, les gouverneraens, l'étal des affaires générales.

FoNTENELLE, Digression sur les anciens et les modernes.

9° Pangfcrs de Fadmiration excessive de FAnti(|u|té.

Si les grands horames de ce siècle avoient des sentimens charitables pour la postérité, ils l'avertiroient de ne les admirer point trop, et d'aspirer toujours au moins à les égaler. Rien n'arrête tant le progrès des choses, rien ne borne tant les esprits, que Tadmiralion excessive des Anciens. Parce qu'on s'étoit tout dévoué à Taulorité d'Aristote, et qu'on ne cherchoit la vérité que dans ses écrits énigmatiques, et jamais dans la Nature, non seulement la philosophie n'avançoit en aucune façon, mais elle étoit tombée dans un abîme de galimatias et d'idées inintelligibles, d'où l'on a eu toutes les peines du monde à la retirer. Aristote n'a jamais fait un vrai philosophe, mais il en a beaucoup étouffé qui le fussent devenus, s'il eut été permis. Et le mal est, qu'une fantaisie de cette espèce une fois établie parmi les hommes, en voilà pour longtems, on sera des siècles entiers à en revenir, même après qu'on en aura reconnu le ridicule. Si Ton alloit s'entêter un jour de Descartes et le mettre à la place d'Aristote, ce seroit à peu près le même inconvénient. FoNTENELLE, Digression sur les anciens et les modernes.

LA BRUYÈRE Les Carantcres (Discours sur Théophraste, 1688).

1^ On reproche aux anciens la orrossièrete de leurs mœurs et coiitiinies. qui «àte les phis beaux endroits de leurs ouvrag-es Mais nos mœurs et nos coutumes seront eg:alement jug-ées barbares par nos neveux ; faisons donc moins les dégroûtés.

Que si quelques-uns se refroidissoient pour cet ouvrage moral* par les choses qu'ils y vovent, qui sont du temps auquel il a été écrit, et qui ne sont point selon leurs mœurs, que peuvent-ils faire de plus utile et de plus agréable pour eux que de se défaire de cette prévention pour leurs coutumes et leurs minières, qui sans autre discussion non seulement les leur fait trouver les meilleures de toutes, mais leur fait presque décider que tout ce qui nV est pas conforme est méprisable, et qui les prive, dans la lecture des livres anciens, du plaisir et de rinstruction qu'ils en doivent attendre.

Nous qui sommes si modernes serons anciens dans quelques siècles : alors Thistoire du nôtre fera goûter à

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