‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 13 sur 125 · Jacques Sannazar, poète latin italien · texte numérisé non relu

Jacques Sannazar, poète latin italien

2. François de Valois, depiis François II, né en janvier 1514.

son vulgaire un Arioste italien, que j'oseroy, (n'estoit la saincteté des vieulx poëmes) comparer à un Homère et Virgile. Gomme luy donq', qui a bien voulu emprunter de nostre langue les noms et l'hystoire de son poëme, choysi raoy quelque un de ces beaux vieulx romans françoys, comme un Lancelot, un Tristan, ou autres : et en fay renaître au monde une admirable Iliade, et laborieuse Enéide.

Du Bellay, Deff., II, 5.

IV. — Création d'un style poétique caractérisé par le choix des épithètes, l'abondance des périphrases, comparaisons, descriptions, remploi des infinitifs et adjectifs substantivés, etc.

Tu te dois travailler d'estre copieux en vocables, et trier les plus nobles et signifians pour servir de nerfs et de force à tes carmes, qui reluiront d'autant plus que les mots seront significatifs, propres et choii:is...

Ronsard, Abrégé de l'art poétique, de V Eiocution,

Les excellens Poètes nomment peu souvent les choses par leur nom propre... Labourer, vertere terram... Le pain, Dona lahoratae Cereris. Le vin, Pocula Bacchi. Telles semblables choses sont plus belles par circonlocutions que par leurs propres noms : mais il en faut sagement user : car autrement tu rendrois ton ouvrage plus enflé et boufi que plein de majesté.

Ronsard, Franc, deuxième préface.

Quant aux comparaisons... tu les chercheras des artisans de fer et des veneurs, comme Homère, pescheurs, architectes, massons, et brief de tous mestiers dont la nature honore les hommes. Il faut les bien mettre et les bien arranger aux lieux propres de ta Poésie : car ce sont

les nerfs et tendons des Muses, quand elles sont placées bien à propos, et servantes à la matière.

Ronsard, Franc, deuxième préface.

Tout ainsi qu'on ne peut véritablement dire un corps humain, beau, plaisant et accomply, s'il n'est composé de sang, veines, artères et tendons, et sur tout d'une plaisante couleur; ainsi la Poésie ne peut estre plaisante sans belles inventions, comparaisons, descriptions, qui sont les nerfs et la vie du livre.

^oy.SKWY), Art poétique, cliapitre liminaire.

Tu n'oublieras les comparaisons, les descriptions des lieux, fleuves, forests, montagnes, de la nuict, du lever du soleil, du raidy, des vents, de la mer, des dieux et déesses, avecques leurs propres mestiers, habits, chars, et chevaux; te façonnant en cecy à l'imitation d'Homère, que tu observeras comme un divin modèle...

Ronsard, Art poétique, de V Élocution.

Les ajectiz sustantivez sont ja tous reçuz, comme le verd pour la verdure, le gueï pour la gueyete. E ne feindre même de dire je nan se autre pour je nen se autre chose.

J. Peletier, Art poét., I, viii, 39.

Use donques hardiment de l'infinitif pour le nom, comme L'aller^ le chanter, le vivre^ le mourir. De Tadjectif substantivé, comme le l'quide des eaux, le vuyde de Var, le (r ùz des umbres, fcpes des f restz, C enroue des cimhalles, pourveu que telle manière de parler adjoute quelque grâce et véhémence : et non pas le chnu'l du feu, le froid de la glace., le dur du fer et leurs semblables; Des verbes et parlicipes, qui de leur nature n'ont point d'infinitifz après eux, avecques des infinitifz, comme tremblant de mourir et volant d\/ aller, pour craignant de mourir et 5e hastant d^y aller. Des noms pour les ad-

verbes, comme ilz combattent obstinez^ -pour obstinéement : il vole leoer, pour légèrement, et miT autres manières de parler, que tu pouras mieux observer par fréquente et curieuse lecture, que je ne te les sçauroy' dire. Entre autres choses, je t'averty' user souvent de la figure Antonomasie, aussi fréquente aux anciens poètes, comme peu usitée, voire incongnue des Françoys. La grâce d'elle est quand on désigne le nom de quelque chose par ce, qui luy est propre, comme le Père foudroyant, pour Jupiter: le Dieu deux fois né, pour B ace h us : la Vierge chasseresse, pour Dyane. Cette figure a beaucoup d'autres espèces que tu trouveras chés les Rheloriciens, et a fort bonne grâce, principalement aux descriptions... Quand aux epithetes, qui sont en notz poètes françoys la plus grand' part ou froids ou ocieux *, ou mal à propos, je veux que tu en uses de sorte, que sans eux, ce que tu dirois, seroit beaucoup moindre, comme la flamme dévorante, les souciz mordans, la ge/iinnante sollicitude : et regarde bien qu'ilz soint convenables, non seulement à leurs substantifz, mais aussi, à ce, que tu décriras, afin que tu ne dies Veau undoyante, quand tu la veux décrire impétueuse : ou la flamme ardente, quand tu la veux montrer languissante.

Du Bellay, Deff., Il, 9.

V. — « Défense « et « Illustration » de la îang-ue française.

1" « Défense » de la lang^ue française. Diverses raisons pour lesquelles les écrivains français doivent écrire leurs ouvrag-es, non en latin, mais en français.

a) Les langues, dérivant toutes de la même source, qui est « la fantaisie des hommes », sont toutes susceptibles des mêmes qualités.

1, Oiseux.

1^ r DOC II! IMS l.riTI.ItAII! I

Les langues ne sont nées d'elles ra(-'sraes en façon d'herbes, racines et arbres : les unes infirmes et débiles en leurs espèces : les autres saines et robustes, et plus apl<s à porter le faiz des conceptions humaines : mais toute leur vertu est née au monde du vouloir et arbitre des mortelz. Cela (ce me semble) est une grande raysoii pourquoy on ne doit ainsi louer une langue et blâmer l'autre : veu qu'elles viennent toutes d'une mesme source et origine : c'est la fantasie des hommes ^.

Du Bi:llay, Deff., I, 1.

b) Une langue vivante est plus aisée à manier quiine langue morte.

C'est autre chose d'escrire en une langue florissante qui est pour le présent reçeuë du peuple, villes, bourgades et citez, comme vive et naturelle, approuvée des Rois, des Princes, des Sénateurs, marchands et trafiqueurs, et de composer en une langue morte, muette et ensevelie sous le silence de tant d'espaces d'ans, laquelle ne s'apprend plus qu'à l'escole par le fouet et par la lecture des livres, ausquelles langues mortes il n'est licite de rien innover, comme disgraciées du temps... comme chose morte, laquelle s'est perdue par le fil des ans, ainsi que font toutes choses humaines, qui périssent vieilles, pour faire place aux autres suivantes et nouvelles - : car ce n'est la raison que la nature soit toujours si prodigue de ses biens à deux ou trois nations, qu'elle ne vueille conserver ses richesses aussi bien pour les dernières comme pour les premières. En telles langues passées et deluncles (comme j'ay dit) il ne faut rien innover, comme •ensevelies, ayant resigné leur droict aux vivantes qui flo-

1. Cf. Rabelais (III, xix. Ed. Marty-Laveaux, t. II, p. 96) : « C'est abus dire que nous ayons lanjrnaige naturel. Leslangu.iiges sont par institutions arl)itraires et convenances des peuples . les voix yocables)... ne signiQeat naturillfinent, mais à plaisir »

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