‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 16 sur 125 · Les langues grecque et latine · texte numérisé non relu

Les langues grecque et latine

3. « Quant à moy, me plaira la langue qui ha grâce à exprimer ce qu'elle

Qui voudra de bien près y regarder, trouvera que nostre langue francoyse n'est si pauvre qu'elle ne puysse rendre fidèlement ce qu'elle emprunte des autres, si infertile qu'elle ne puysse produyre de soy quelque truict de bonne invention, au moyen de l'industrie et diligence des cultiveurs d'icelle, si quelques uns se treuvent tant amys de leur païz et d'eux mesmes qu'ilz si veillent employer^.

Du Bellay, De//., I, 4.

2'' « Illustration » de la lang-iie française : Elle est pauvre; îl faut Fenrichir :

ô) En empruntant mais avec prudence et moderation, des mots aux langues étrangères [anciennes et modernes).

Si NostreLangue n'est si copieuse et riche que la Greque ou Latine, cela ne doit estre imputé au default d'icelle, comme si d'elle mesme elle ne pouvoit jamais estre si non pauvre et stérile : mais bien on le doit attribuer à l'ignorance de notz maieurs, qui ayans... en plus grande recommendation le bien faire que le bien dire, et mieux aymans laisser à leur postérité les exemples de vertu que les préceptes : se sont privez de la gloire de leurs bien faitz, et nous du fruict de 1 immitation d'iceux : et par mesme moyen nous ont laissé nostre langue si pauvre

veiilf dire, encores qu'elle soit prolixe... Et ea ce la nostre vulgaire me semble bleu avoir aiitunt de grac • en beaucoup de choses que la latine ou gr 'cque, et ne fusse qu'en ses parolles assemblées avec plus £:ra ci doulceur de voielles et consonnantes que la mesme latine. » iJacqu .s ut Beaune, Lettre au Seiyneur Ca/niUe, 154S, publiée par Em. Roy, Rev, dliist. lia. de la Fr., 1895. p. 243.)

1. « Jea voy qui veulent escrinre en grec et eu latin et ne scavent encores pas bie 1 p rler iVauçois . lime semble, soubz c >rrection, quil seroit plus beau à ut, g François escripre en françois quen autre lano-age, tant pour la seurete de son dict langage trançoi> que pour décorer sa nation et enrichir sa langue domestique, qui estaussi belle et bonne que une autre, quant elle est bieu couchée par escript. » (Geoff.-.oy Tory, ChamfLtury, 1529. L. II, fol. 12 recto.) — « Elle est une des plus belles et gracieuses de toutes les langues humaines. » {Id. fol. 24 recto.)

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et nue, qu'elle a besoing des orneraenlz, et (s'il fault ainsi parler) des plumes d'autruy.

Du Bellay, Deff., II. 3.

La vertu (de l'éloquence) gist aux motz propres, usilez et non aliènes du commun usaige de parler.

Du Bellay, Deff.^ I, 5.

Entre autres choses se garde bien nostre poëte d'user des noms propres latins ou grecs, chose vrayment aussi absurde, que si tu appliquois une pièce de velours verd à une robe de velours rouge. Mais seroil-ce pas une chose bien plaisante, user en un ouvraige latin d'un nom propre d'homme, ou d'autre chose, en Francoys ? comme Jan ciivrit, Loyre flidt, et autres semblables. Accommode donques telz noms propres de quelque langue que ce soit à l'usaige de ton vuloaire : suyvant les Latins qui pour 'HpaxX9;;, ont dit Hercules^ pour ©rjCEuç, Thescus : et dy Hercule, Thésée, Achille, Ulysse, Virgile, Giceron, Horace. Tu doibz pourtant user en cela de jugement et discrétion, car il y a beaucoup de telz noms qui ne se peuvent approprier en francoys, les uns monosyllabes, comme iMat^s : les autres dissyllabes, comme Venus; aucuns de plusieurs syllabes, comme Jupiter, si tu ne voulois dire Jove, et autres infinitz, dont je ne te scauroy' bailler certaine reigle. Parquoy je renvoyé tout au jugement de ton oreille.

Du Bkllay, Deff., H, 6.

Un païs ne peut jamais estre si parfait en tout, qu'il ne puisse encores quelquefois emprunter je ne scay quoy de sou voisin.

Ronsard, Art poét., chapitre liminaire.

b) Surtout en puisant aux sources françaises [pa^ toisy vieille langue française, langue des artisans).

Tu scauras dexlrement choisir et approprier à ton

œuvre les mots plus significatifs des dialectes de nostre France, quand mesmement ^ tu n'en auras point de si bons ny de si propres en ta nation; et ne se faut soucier si les vocables sont Gascons^ Poictevins, Normans, Man~ ceaiix^ Lionnois, ou d'autres pais, pourveu qu'ils soient bons et que proprement ils signifient ce que tu veux dire.

Ronsard, Art poét., chapitre liminaire.

Je t'adverti de ne faire conscience de remettre en usage les antiques vocables, et principalement ceux du langage Wallon et Picard, lequel nous reste par tant de siècles l'exemple naïf de la langue Françoise, j'enten de celle qui eut cours après que la Latine n'eut plus d'usage en nostre Gaule, et choisir les mots les plus pregnants "^ et significatifs, non seulement dudit langage, mais de toutes les provinces de France, pour servir à la Poésie lors que tu en auras besoin.

Ronsard, Franc, deuxième préface.

Je te conseille d'user indifféremment de tous dialectes, comme j'ay desja dit : entre lesquels le Courtisan est tousjours le plus beau, à cause de la Majesté du Prince : mais il ne peut estre parfait sans l'aide des autres : car chacun jardin a sa particulière fleur, et toutes nations ont affaire les unes des autres : comme en nos havres et ports, la marchandise bien loin cherchée en l'Amérique, se débite par tout. Toutes provinces, tant soient-elles maigres, servent aux plus fertiles de quelque chose, comme les plus foibles membres, et les plus petits de l'homme, servent aux plus nobles du corps ^.

Ronsard, Franc,, deuxième préface.

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