Expressifs
3. « A fin donc de venir à l'une di3 ces deux sortes de richesse, dont je n'ay point encore laict men.ion, je di que tout ainsi qu'un homme fort riche n'ha pas S'^ulement une belle mnison et bien meublée en la ville.
18 IDÉES ET DOCTRINES I.ITTÉnAinES
Quand au reste use de rnolz purement Françoys, non toutesfois trop commu-s, non point aussi trop inusitez, si tu ne voulois quelquefois usurper, et quasi coiunje enchâsser ainsi qu'une pierre précieuse et rare, quelques motz antiques en ton poërne... Pour ce faire te faudroit voir tous ces vieux romans et poètes françoys, ou tu irouverras un ajouner^ pour faire jour (que les praticiens se sont fait propre), anuyter, pour faire nuyt. Assener, pour frapper^ où on visoit, et proprement d'un coup de main, isnel, pour/eoer, et mil' autres bons motz que nous avons perduz par notre négligence. Ne doute point que le modéré usaige de telz vocables ne donne grande majesté tant au vers comme à la prose : ainsi que font les reliques des sainctz aux croix, et autres sacrés joyaux dédiez aux temples.
Du Bellay, Deff., II, 6.
Tu ne rejetteras point les vieux mots de nos romans, ains les choisiras avecques meure et prudente élection. Ronsard, Art poétique^ cliapiire liminaire.
J'ay usé de gallées pour galleres : endementiers, pour en ce pandant : isnel^ pour léger : carrolant, pour dansant : et autres, dont l'antiquité... me semble donner quelque majesté au vers...
Du Bellay, Epître au seigneur de Morel.
mais en ha aussi es champs, en divers endroits, desquelles il fait cas, encore que le bastiment en soit moindre et m ins exquis, ot qu'elles ne sovent si bien nioublees. pour s'y aller esbatre quand bon luy S' mble de changer d'air : ainsi nostre langai^e ha son principal siège au lieu principal de son pays; mais en quelques endroits d'iceluy il en a d'autres qu'on peut appeler ses dialectes.
Et comme ceci luy est commun avec la langue greque, aussi en reçoit-il une même commodité. Car ainsi que les pnetes grecs s'aidoyent au besoin de mots | eculiers à certain pays de la Grèce, ainsi nos poètes françois peuvent faire leur prouiit de i)lusieui s vocables qui toutt s fois ne ïont en us.nge qu'en certains endroits de la France... (H. EstiENNE, Pré' cellence.)
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Encore te veux-je advenir de hanter quelquefois non seulement les scavans, mais aussi toutes sortes d'ouvriers et gens mécaniques, comme mariniers, fondeurs, peintres, engraveurs et autres, scavoir leurs inventions, les noms des matières, des outilz, et les termes usitez en leurs ars et métiers, pour tyrer de la ces belles comparaisons et vives descriptions de toutes choses.
Du Bellay, Deff,, II, 11.
Tu practiqueras bien souvent les artisans de tous mesliers, comme de Marine, Vénerie, Fauconnerie, et principalement les artisans, Orfèvres, Fondeurs, Mareschaux, Minerailliers ; et de là tireras maintes belles et vives comparaisons avecques les noms propres des mestiers, pour enrichir ton œuvre et le rendre plus agréable et parfait.
Ronsard, Art poét., chapitre liminaire.
Mais j'ay peur de tenir trop long temps le lecteur suspens touchant la provision curieuse de nostre langage.... c'est une provision, laquelle encore que je nomme curieuse, toutesfois est de si rares et précieux meubles (car les vocables et façons de parler sont comme les meubles dont se sert la langue : comme aussi les Latins ont dit, supellex i-erborum), qu'estans bien considérez, peuvent beaucoup aider à obtenir le titre de precellence que nous demandons. Car ce sont des meubles que nous fournissent deux arts, qu'on nomme la vénerie et la fauconnerie.
H. EsTiEXNE, Precellence.
La fauconnerie... nous fournit encore davantage de beaux termes et belles façons de parler, qui ont fort bonne grâce es lieux auxquels nous les accommodons. Et faut bien que cet art ait esté encore plus commun à nos prédécesseurs qu'il ne nous est, veu qu'ils nous ont laissé un langage tellement meslé et comme marqueté de
20 iDiiCs i:t oocriuNKS littéhaiuï s
ces mois, que nous en appliquons aucuns à nostre parler ordinaire, sans nous appercevoir de leur origine*.
H. EsTiENNE, Préccllcnce.
c] En créant des mots nouveaux [soit de toutes pièces^ soit par provignement, soit par composition).
Vouloir oter la liberté à unscavant homme, qui voudra enrichir sa langue, d'usurper quelquefois des vocables non vulgaires, ce seroit retraindre notre langaige, non encor' assez riche, soubz une trop plus rigoreuse loy que celle que les Grecz et Romains se sont donnée. Les quelz, combien qu'ils feussent sans comparaison plus que nous copieux et riches, neantraoins ont concédé aux doctes hommes user souvent de motz non acoutumés es choses non acoutumées. Ne crains donquos, Poëte futur, d'innover quelques termes, en un long poëme principalement, avecques modestie toutesfois, analogie et jugement de l'oreille, et ne te soucie, qui le treuve bon, ou mauvais.
Du Bellay, Dejf., II, G.
D'avantage je te veux bien encourager de prendre la sage hardiesse d'inventer des vocables nouveaux, pourveu qu'ils soient moulez et façonnez sus un patron desja receudu peuple. Il est fort difficile d'escrire bien en nostre langue, si elle n'est enrichie autrement qu'elle n'est pour le présent... car c'est une extrême geine de se servir toujours d'un mot.
Ronsard, Franc, deuxième préface.
Est-il deffendu... user de quelques motz nouveaux, mesmes quand la nécessité nous y contraint? Xul, s'il n'est vrayment du tout ignare, voire privé de sens com-
1. « Il n'est rien qu'on ne feist du jargon de nos cliasses, qui est un généreux terrein à emprunter », (Montaigne, Essais, 111, 5.)
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mun, ne doute point que les choses n'ayent premièrement été : puis après les raotz avoir été inventez pour les signifier : et par conséquent aux nouvelles choses estre nécessaire imposer nouveaux motz, principalement es ars, dont Tusaige n'est point encores commun et vulgaire, ce qui peut arriver souvent à nostre poëte, au quel sera nécessaire emprunter beaucoup de choses non encor' traitées en nostre langue.
Du Bellay, Deff., II, 6.
Outre-plus si les vieux mots abolis par l'usage ont laissé quelque rejetton, comme les branches des arbres couppez se rajeunissent de nouveaux drageons, tu le pourras provigner, amender et cultiver, afin qu'il se repeuple de nouveau : exemple de Lobbe^ qui est un vieil mot François qui signifie mocquerie et raillerie, tu pourras faire sur le nom le verbe Lobber, qui signifiera mocquer et gaudir, et mille autres de lelle façon.
Ronsard, Franc, deuxième préface.
De tous vocables quels qu'ils soyent en usage ou hors d'usage, s'il reste encores quelque partie d'eux, soit en nom, verbe, adverbe, ou parlicipe, tu le pourras par bonne et certaine analogie faire croistre et multiplier, d'autant que nostre langue est encores pauvre, et qu'il faut mettre peine, quoy que murmure le peuple, avec toute modestie, de l'enrichir et cuUivei-. Exemple des vieux mots, puisque le nom de i>eri>e nous reste, tu pourras faire sur le nom le verbe verver et l'adverbe vervement, sur le nom à^essoine, essoiner^ essoine^ ment, et mille autres tels... Et sur les vocables receus en usage, comme pays, eau, feu, tu feras païser, eûer, foûer, et mille autres tels vocables qui ne voyent encores la lumière, faute d'un hardy et bien heureux entrepreneur. Ronsard, Art poét., Des personnes des verbes.
22 IDKRS ET DOCIUINES LITTERAIRES
Je te veux encore adverlir de n'ecorcber point le Latin, comme nos devanciers qui ont trop sottement tiré des Romains une infinité de vocables estrangers, veu qu'il y en avoit d'aussi bons en nostre propre langage, Toutesfois tu ne les desdaigneras s'ils sont desja receus et usitez d'un chacun. Tu composeras hardiment des mots à l'imitation des Grecs et Latins *, pourveu qu'ils soient gracieux et plaisans à l'aureille.
KoNSARD, Art poét., Des personnes des verbes.
Tu seras tres-advisé en la composition des vocables, et ne les feras prodigieux, mais par bon jugement.
Ronsard, Franc, deuxième préface.
L'ingénieux ecriteur aura non seulement liberté, mes aussi méritera louange, de se mètre an devoer de peupler le royaume françoes de tez suplimans quez ^ sont les moz de légitime composicion, comme Atlas porteciel. Ter portenue, l'aquilon portefroed, e d'autres teles composicions artificieles.
Peletier, Art poét.^ I, viii, 38.
Si quelqu'ung se fasche que j'aye le plus souvent retranché l's, aux premières personnes, et en quelques motz.. quand j'entendray telle observation desplaire aux lecteurs, je prendray raison en payement, et ne seray point hérétique en mes opinions *. J'en dy autant de
1. On s'est servi souvent pour coadinnner la Pléiade du fameux « Tii. composeras hardiment .. » sans tenir com|.te de ce qui précèle. ni du si sage c<irrectil" Pourveil que. — Fénelon (L^ Ure à l'Académie [rançiisc, § Iil), rappelle que « les Grecs avaient tait un grand nombre de mots composés... et que les Latins, quoique mo.ns libres en ce genre, les avaient imités ».