iaut semer à la maiu, mais nou à plein sac
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lesquels sont coraposez de douze à treize syllabes : les masculins de douze, les fœininins de treize; et ont toujours leur repos sur la sixiesnie syllabe, comme les vers communs sur la qualriesme...
La composition des alexandrins doit estre grave, bautaine, et (s'il faut ainsi parler) altiloque^ d'autant qu'ils sont plus longs que les autres, et sentiroient la prose, s'ils n'esloient composez de mots esleus, graves et resonnans, et d'une ryme assez ricbe, à fin que telle richesse empesche le style de la prose, et quelle se garde tousjours dans les aureilles, jusques à la fin de l'autre vers. Ronsard, Art poét., Des vers alexandrins.
Si je n'ai commencé ma Franciade en vers alexandrins, lesquels j'ay mis (comme tu sçais) en vogue et en honneur, il s'en faut prendre à ceux qui ont puissance de me commander et non à ma volonté ; car cela est fait contre mon gré \
Ronsard, Art poét. y Des vers alexandrins.
Et si tu me dis. Lecteur, que je devois composer mon ouvrage en vers Alexandrins... lesquels j'ay remis le premier en honeur, je te responds qu'il m'eust esté cent fois plus aisé d'escrire mon œuvre en vers Alexandrins qu'aux autres, d'autant qu'ils sont plus longs, et par conséquent moins sujets, sans la honteuse conscience que j'ay qu'ils sentent trop leur prose.
Ronsard, Franc. ^ première préface.
Il ne faut t'esmerveiller, Lecteur, dequoy je n'ay composé ma Franciade en vers Alexandrins, qu'autrefois en
1. Alinéa ajouté à l'édition de 1573 et supprimé dans les éditions posthumes. — On verra ])ar les citations qui suivent, combien le sentiment de Ronsard sur l'Alexandiin a varié de l'Art poctijue. 15C5, à la première préface de la Franciade, 1572, et à la deuxième prélace.
ma jeunesse, par ignorance, je pensois tenir en nostre langue le rang des carmes héroïques, encores qu'ils respondent plus aux senaires des Tragiques qu'aux magnanimes vers d'Homère et de Virgile, les estimant pour lors plus convenables aux magnifiques argumens et aux plus excellentes conceptions de l'esprit, que les autres vers communs. Depuis j'ay veu, cogneu, et pratiqué par longue expérience, que je m'estois abusé : car ils sentent trop la prose très facile... Au reste ils ont trop de caquet, s'ils ne sont bastis de la main d'un bon artisan, qui les face autant qu'il luy sera possible hausser comme les peintures relevées... les ornant et enrichissant de figures, schemes, tropes, métaphores... et les illustrant de comparaisons bien adaptées, de descriptions florides, c'est à dire enrichies de passemens, broderies, tapisseries et entrelassemens de fleurs poétiques, tant pour représenter la chose, que pour l'ornement et splendeur des vers.
Ronsard, Franc, deuxième préface.
Quand à la rythme, je suy' bien d'opinion qu'elle soit riche, pource qu'elle nous est ce qu'est la quantité aux Grecz et Latins. Et bien que n'ayons cet usaige de piez comme eux, si est ce que nous avons un certain nombre de syllabes en chacun genre de poëme, par lesquelles, comme par chesnons le vers françoys lié et enchaîné, est contraint de se rendre en cete étroite prison de rythme... fâcheux et rude geôlier, et incongneu des autres vulgaires. Quand je dy que la rythme doit estre riche, je n'entends qu'elle soit contrainte... mais la rythme de notre poëte sera voluntaire, non forcée : receue, non appellée : propre, non aliène : naturelle, non adoptive : bref, elle sera telle que le vers tumbant en icelle ne contentera moins l'oreille, qu'une bien armonieuse musique tumbante en un bon et parfait accord...
Du Bellay, Dejf., II, 7.
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La Ryme n'est autre chose qu'une consonance et cadence de syllabes, tombantes sur la fin des vers, laquelle je veux que tu observes tant aux masculins qu'aux féminins, de deux entières et parfaites syllabes, ou pour le moins d'une aux masculins, pourveu qu'elle soit resonnante, etd'unson entier et parfait... Toutefois tu seras plus soigneux de la belle invention et des mots que de la ryme, laquelle vient assez aisément d'elle-mesme, après quelque peu d'exercice et labeur.
Ronsard, Art poét., De la ryme.
Je n'ignore point que quelques uns ont fait une division de rythme. Tune en son, et l'autre en écriture : à cause de ces dyphthongues ai, ei, oi, faisant conscience de ryraer maître, et preslre, fontaines, et Athènes, connoitre^ et naitre. Mais je ne veulx que notre poëte regarde si superstitieusement à ces petites choses : et luy doit suffire que les deux dernières syllabes soint unisones.
I Du Bellay, Deff., II, 7.
Tu feras tes vers masculins et fœminins tant qu'il te sera possible, pour estre plus propres à la musique et accord des instruments, en faveur desquels il semble que la poésie soit née... Si de fortune tu as composé les deux premiers vers masculins, tu feras les deux autres fœminins, et parachèveras de mesme mesure le reste de ton elegie ou chanson, à fin que les musiciens les puissent plus facilement accorder.
Ronsard, Art poét., chapitre liminaire.
Il y en a, qui fort supersticieusement entremeslent les vers masculins avecques les féminins, comme on peut voir aux psalmes traduiclz par Marot. Ce qu'il a observé (comme je croy') afin que plus facilement on les peust chanter, sans varier la musique, pour la diversité des meseures, qui se trouverroint à la fin des vers. Je treuve cete diligence fort bonne, pourveu que tu n'en
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facps point de religion, jiisques à contraindre ta diction, pour observer telles choses.
Du Bellay, Deff., II, 9.
Je n'ay (lecteur) entremellé fort supersticieuseraent les vers masculins avec les féminins... craio-nant decontrein-
dre et gehinner ma diction par l'observation de telles choses ^ .
Du Bellay, Préf. des Vers lyriques.
Toutefois et quanles que la voyelle e est rencontrée d'une autre voyelle ou diphthongue, elle est toujours mangée, se perdant en la voyelle qui la suit, sans faire syllabe par soy; je dy rencontrée d'une voyelle ou d'une diphthongue pure, autrement elle ne se peut manger quand \i et u voyelles se tournent en consones, comme je, vive... Quand tu mangeroi? Vo et Vu pour la nécessité de tes vers, il n'y auroit point de mal, à la mode des Italiens, ou plustost des Grecs qui se servent des voyelles et diphthongues, comme il leur plaist, et selon leur nécessité.
Ro'SARD, Art p e7.. De la voyelle E.
Tu dois oster la dernière e féminine, tant des vocables singuliers que pluriers, qui se finissent en ee, et en eesy quand de fortune ils se rencontrent au milieu de ton vers. Exemple du masculin plurier : Ro'ancl avoit deux espées en main. Ne sens-tu pas que ces deux espées en main offensent la délicatesse de l'aureille ? et pource tu dois mettre : Roland avoit deux espés en la main, ou autre chose semblable. Exemple de l'e fœminine singulière ;
1. Jean Eouchet, en une épître datée de 153", et citée par Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvi* siècle, note, p. 31, conseillait déjà, comme R ntard, l'alternauce des rimes :
Je trouve beau mettre deux féminins
En rime platte avec deux masculins,
Semblablement quand on les entrôlasse
En vers croisés...
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Contre Meznnce Enée print sa picque. Ne sens-tu pas comme derechef Enée sonne tres-raal au milieu de ce vers ? Pource tu mettras : Contre Mezance Ene branla sa picque. Alliant en est-il des vocables terminez en oue etue, comme roue^ joue, nue^ venue^ et mille autres qui doivent recevoir syncope au milieu de ton vers*. Si tu veux que ton poëme soit ensemble doux et savoureux, pource lu mettras rou , jou\ nu\ contre l'opinion de tous nos maistres... N'ayant en cela reigle plus parfaite que ton aureille, laquelle ne te trompera jamais, si tu veux prendre son conseil avec certain jugement et raison.
Ronsard, Art poét.^ de ÏH,
J'ai quasi oublié un autre default bien usité et de très mauvaise grâce. C'est quand en la quadrature^ des vers héroïques la sentence est trop abruptement coupée, comme : Si non que tu en montres un plus seur.
Du Bellay, De\f., II, 9.
Je né véu aussi ouldier, que non seulement la césure francoese et à la lin du mot, mes encore qu'ele ne se doèt mètre sur un mot raonossilabe, qui soèt inséparable du mot suivant, comme sur ces moz, s/, tu, nies^il, e s'il i an a de téz : comme seroèt ce vers. Je croè que si tu vouloès travalher.
Peletilr, II, II, 58.
Sur toute chose je te veux bien advertir, s'il est possible .. que les quatre premières syllabes du vers commun-* ou les six premières des alexandrins soient fa-
1. Le droit à la syncope de Ve muet qui suit une voyelle ou une diphtongue dans un même mot a été réclamé récemment par les symbolistes. Ronsard, d'ailleurs, en a prisa sou aise avec celle règle. Exemple
Quelque Jania ayant la joue pleine...
Tiiurin qui fut françois et Sacoye qui porte.,.