Vers de dix pieds
çonnées d'un sens aucunement parfait, sans 1 emprunter du mot suivant.
Ronsard, Ari poét., Des vers communs.
Nous avons aussi une certaine césure de la voyelle e, laquelle se mange toutes les fois qu'elle est rencontrée d'une autre voyelle ou diphthonguepourveu que la voyelle qui suit e, n'ait point la force de consonne ^
Ronsard, Art poét. y chapitre liminaire.
Tu éviteras autant que la contrainte de ton vers le permettra les rencontres des voyelles et diphthongues qui ne se mangent point; car telles concurrences de voyelles, sansestreelidées, font les vers merveilleusement rudes en nostre langue, bien que les Grecs sont coustumiers de ce faire, comme par élégance. Exemple : Vostre beauté a emoyé Amour. Ce vers icy te servira de patron pour te garder de ne tomber en telle aspreté, qui escraze plustost l'aureille que ne luy donne plaisir.
Ronsard, Art poét. y De l'H.
J'aurois aussi pensé que les mots finissans par voyelles et diphthongues, et rencontrans après un autre vocable commençant par une voyelle ou diphthongue, rendoient le vers rude : J'ay appris d'Homère et de Virgile que cela n'estoit point mal-seant... Je suis d'advis de permettre quelque licence à nos poêles françois, pourveu qu'elle soit rarement prise.
Ronsard, Franc^ deuxième préface.
J'ay esté d'opinion en ma jeunesse que les vers qui enjambent l'un sur l'autre, n'estoient pas bons en nostre
1. Marot avait inventé la coupe féminine qui consiste dans 1 élii^ion de le muet quand il se présente à iafin du premier hémistiche. Exemple : Des que m'amie est un jour sans me voir.
32 IDKES ET DOCTIUNES LITTÉRAIRES
poésie*, toutefois j'ay cogiiu depuis le contraire par la lecture des autheurs Grecs et Romains, comme,
Lai'inia venit IJttora.
Ronsard, Franc, deiixicme préface.
yii. — Vers blancs et vers mesurés.
Qui ne voudroit reigler sa rythme comme j'ay dit, il vaudroit beaucoup mieux ne rymer point : mais faire des vers libres, comme a fait Pétrarque en quelque endroit : et de nostre tens le seigneur Loys Aleman ^, en sa non moins docte que plaisante Agriculture. Mais tout ainsi que les peintres et statuaires mettent plus grand' industrie à faire beaux et bien proportionnez les corps qui sont nuds, que les autres : aussi faudroit-il bien que ces vers non rymez feussent bien charnuz et nerveux : afin de compenser par ce moyen le default de la rythme.
Du Bellay, Dcff., II, 7.
Quant aux piedz et aux nombres je diray au second livre en quoy nous les récompensons. Et certes (comme dict un grand aucteur de rhétorique, parlant de la félicité qu'ont les Gréez en la composition de leurs raotz)je ne pense que telles choses se facent parla nature desdites langues ^, mais nous favorisons toujours les étrangères. Qui eust gardé notz ancestres de varier toutes les parties déclinables, d'allonger une syllabe et accoursir l'autre,
1. Il voulait même, comme oa l'a vu plus haut, en son Art poétique, à propos de la césure, que le sens de l'hcmisliche iùt comnlct.
2. Luigi Alamanni ou Aleuiauni. jioole italien (1495 105). Son poème didactique La CoUivazione, a ét<« imprimé à Paiis, par Rob. Eslicnne,
lâ'«C.