‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 4 sur 125 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

C'est ainsi que le Commentaire sur Desport.es ne donne qu'une idée très incomplète de la réforme accomplie par Malherbe, ainsi encore que J.-J. Rousseau, Montesquieu, Musset, Vigny, tant d'autres, n'ont que peu ou point disserté sur leur art. Tout cela est vrai. Il n'en reste pas moins, ces réserves faites, que les écrits théoriques peuvent être et, croyons-nous, sont appelés à devenir, pour l'historien de la littérature, une des sources d'information les plus abondantes. Déà l'on va demander à la Beffense et Illustration de la Langue française, aux préfaces de la Franciade, à V Art poétique de Ronsard de nous introduire plus avant dans l'intelligence des œuvres de la Pléiade. De inême, Ton considère à juste titre que la préface de Croma-ell, celle de Chatterton^ d'autres encore sont les clefs du théâtre romantique. IV'y aurait-il pas lieu de généraliser ce procédé ? Chapelain, Mairet, Scudéry, François Ogier, — sans parler de Corneille luimême, — n'ont-ilsrien à nous apprendre surla technique de la tragédie cornélienne ? La Pratique du Théâtre de l'abbé d'Aubignac n'a-t-elle pas aidé Racine à mieux déterminer son système dramatique ? Il nous a ainsi paru qu'un choix des a préfaces et écrits théoriques » pouvait, à condition d'être méthodique et suffisamment complet, constituer une introduction — et un supplément — à l'histoire littéraire, — mieux encore, était déjà en lui-même une véritable histoire littéraire.

Nous nous sommes donc proposé, dans ce travail, un double objet. Nous avons voulu, d'une part, faire pour les étudiants un livre de travail, où ils trouveront réunis, pour en enrichir leur mémoire et en vivifier leurs dissertationSj les textes les plus importants pour la connaissance des doctrines littéraires, — d'autre part, et en même temps, offrir aux personnes studieuses qui s'intéressent à l'histoire de la littérature française, un tableai^ chrono-

VIII POEFACE

logique des idées et des doctrines, tableau dont les principaux de nos écrivains et de nos théoriciens auront eux-mêmes composé les chapitres successifs.

Nous avons dit notre but ; nous devons maintenant justifier les moyens d'exécution. La difficulté de choisir était grande. Les préfaces, avertissements, traités, écrits didactiques de toute espèce sont en nombre énorme et forment toute une littérature dans la littérature. Beaucoup d'entre eux, pleins d'idées originales ou curieuses, offrent un vif intérêt. Cependant la nature même de notre recueil nous obligeait à le maintenir entre d'étroites limites. Nous nous sommes efforcés de donner tout l'essentiel, mais nous n'avons donné que l'essentiel. Nous avons écarté de parti pris tous les textes dont la valeur n'eût été que d'érudition ou même de curiosité, et nous nous sommes (ait une règle de ne retenir, parmi la foule des idées littéraires, que celles qui ont trouvé leur expression dans quelque grande œuvre ou celles dont l'importance historique est indiscutable. C'est ainsi qu'on trouvera, à côté des chapitres sur Corneille, sur Pascal, sur La Fontaine, un chapitre sur la préciosité, un auti-e sur l'épopée et la question du merveilleux, un autre sur la querelle des anciens et des modernes, etc..

Les textes choisis sont, tantôt très courts, tantôt longs. Nous n'avons pu, à ce sujet, adopter aucune règle. Une phrase de Racine en dit plus, sur la tragédie, que deux pages de l'abbé d'Aubignac. Nous avons tâché de ne donner que les formules les plus expressives, les plus frappantes, en les débarrassant des longueurs et du fatras où souvent elles sont enfouies.

Chaque chapitre est précédé d'un sommaire, dont l'objet est de grouper sous quelques grandes idées et de classer les textes recueillis. Dans notre pensée, ces sommaires doivent rendre plus aisé le maniement du livre.

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