Boileau
G2 inni-S ET DOCTRINES LITTEI". AI H LS
Qui, pour mettre tous les esprits Et tous les vers à mesme prix, Fait un fagot assez Grotesque Du galand et du pédantesque, Des i)ons et des mauvais escris, Du bon et du mauvais burlesque.
Comme il fait assez paroislre par ces deux vers, où sans faire aucune différence entre le langage des Halles, elle langage des Dieux, parlant du burlesque, pour qui il a plus de haine que de mépris, il dit :
qu'enfin la cour desabusée Méprisa de ces vers l'extravagance aisée.
Pour moy, si j'avois l'honneur de luy donner un jour à dîner, puis qu'il a le goust si dépravé, que tout luy est égal, je ne luy ferois boire que de la piquette. Il est vray que la Cour a toujours méprisé l'extravagance aisée de plusieurs méchans vers, qui ont dégénéré de l'excellence de leur source; mais elle n'a jamais cessé d'admirer les vers, qui dans cette nature ont esté dignes de son estime et de son admiration. C'est pourquoy il a grand tort de dire qu'enfin elle s'est désabusée; il faudroit à ce compte qu'elle eust esté abusée, et que, comme une personne qui a perdu le sens rid de tout sans connoissance de cause, durant plus de trente ans, cette cour eust ry sans sçavoir pourquoy de ce qu'il ne falloit pas rire... Mais c'est luy-mesme qui se trompe : une Cour si fine et si éclairée ne s'abuse pas si facilement; et, si elle a pu estre abusée, ce n'est que depuis qu'elle a preste l'oreille à la médisance de ses vers, dont le venin... doit avoir bien plùtost infecté tout Paris et toutes nos Provinces que nostre innocent burlesque ^ qui na ny fiel ny venin, et qui nestny séducteur^ ny extravagant, ny effronté^ comme il dit, mais un bon enfant^ et un bon Chrestien^ aussi ingcnu que Jean Doucet^ qui dans son patois, avec sa naïveté Grotesque^ n a jamais ny fâché ny offensé personne^ ny éventé
les dejfauts que les hommes sont bien aises de cacher ; mais s'il déchire cruellement ce pauvre burlesque, qui ne l'a jamais offensé, c'est qu'il le craint... et qu'il sçait bien qu'il n'y a que ce diable de burlesque qui puisse contrecarrer son démon, qui est si en colère, non seulement contre tous les genres d'escrire, mais encore conire tout le genre humain. C'est pourquoy... il attaque le Burlesque dans sa source, dont il infecte l'eau claire et coulante par la bourbe de son encre, et par le poison de ses écrits... ^lais il n'est pas raisonnable de laisser ce pauvre Burlesque en proye à sa férocité, et je serois un père dénaturé si je voyois déchirer si cruellement de si jolis enfans sans leur donner quelque secours. Je diray donc que le Burlesque comme il nous le décrit est sans doute... bien facile à faire : car il n'est rien plus aisé que de mal écrire, et on en pourroit encore dire autant de la Satire, car il est encore plus aisé de médire que de mal écrire : mais... croyez moy qu'il est bien difûcile de faire des progrès dans l'estime d'une Cour qui ne pardonne point aux sottises, et qui, estant accoustumée de ne se nourrir que de précieux alimens, n'en pourroit pas supporter de fades sans les rejetter : c'est pourquoy, comme
on ne change pas d'esprit comme l'on change d'habit
il y a bien de l'apparence de croire que la Cour (qui, après avoir eu durant trente ans le loisir de juger de ce burlesque, l'ayant si long-temps approuvé...) l'estimera toujours autant qu'elle le trouvera digne de son esprit : mais ce n'est pas une petite affaire de le rendre digne de son esprit : il est bien aisé de toucher un faquin qui rid de toute chose, mais il est bien malaisé d émouvoir un stoique constipé qui ne rid de rien : c'est pourquoi/, quoy qu on die de C héroïque, il s'en faut bien quil soit de si difficile accez que le fin Burlesque, qui est le dernier effort de Cimagination et la pierre de touche du bel esprit, et non pas encore de tout esprit ; car, pour y réussir il ne suffit pas d'avoir de l'esprit comme un autre, il faut estre doué d'un génie tout particulier, qui est si rare principalement en
(W IDKHS 1-T DOCTHINKS LlTlI-nAinES
nostre climat, que, hors de deux personnes, dont la France veut que je sois Tune, chacun sçait que tout ce qui s'est meslé de ce Burlesque, n'a fait que barbouiller du papier, et c'est sous la foy de cette multitude de meschans vers qui pourtant, tous meschans qu'ils soient, n'ont point infecté ny donné la peste à personne, mais qui ont ennuyé et importuné bien des gens, que ce terrible ennemy du Burlesque a dit que nostre Parnasse parlait le langage des halles..» Mais ny Scarron ny moy n avons jamais parlé ce langage, et, si par hasard nous Valons quelquefois emp'oyé^ ce n'a pas esté par ignorance, mais par jugement, par choix et de propos délibéré^ comme on peut voir par cet exemple où je décris la metamt)rphose de Sirinx en rozeaux poursuivy par le Dieu Pan :
Ce dit, il l'alloit déflorer, Mais, quand ce vint au perforer, Embrassant la Nymphe trotiere, Il ne trouva plus que flutiere.
Cecy est sans doute bien pire que le langage des balles; mais je défie le François le plus pur d'exprimer si bien cette action que ce langage de Larty^,qui n'est commun qu'à ceux qui entiiment sur le ligourt et le passe ligourt^; tout est bon dans le Burlesque, pourveu quil soit bien mis en œuvre, et qu il soit bien appliqué ; mais cette sorte de composition est sujette à des loix bien plus sévères qu'on ne pense. On dit que voyageant en Espagne il faut faire dix Hues avant que de trouver un clocher ; mais^ dans te païs Burlesque^ au lieu que la satyre n a pour tout sel que sa malignité et son coup de dent, il faut que ce sel se trouve par tout, et que le bon mot se rencontre à chaque } as : outre cela, ce n'est pas encore assez quil soit fin dans ses pensées et plaisant dans ses rencontres, il faut que^ sur peine de servir de bouffon aux laquais et de diver-