‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 43 sur 125 · MALHERBE · texte numérisé non relu

MALHERBE

I. — La poésie n'est qu'un divertissement et ne requiert que de Thabileté. (p. 68.)

II. — La poésie doit être raisonnable et ne diffère de la prose que par le « nombre ». (p. 69.)

III. — La poésie doit parler, non une langue spéciale, mais la langue dont se servent à la fois le peuple et la Cour; proscription des « adjectifs substantivés », des participes pris adverbialement, etc.

IV. — Les qualités du style poétique sont la clarté, la sobriété, la propriété des mots. (p. 72.)

V. — Epuration de la langue. — Malherbe proscrit les mots archaïques, dialectaux, techniques, nouveaux, composés; il condamne l'omission des articles et pronoms, (p. 73.)

VI. — Sévérité de Malherbe au sujet de la rime (il faut rimer pour les yeux en même temps que pour l'oreille), de la césure, de l'enjambement. — Proscription des « licences poétiques ». (p. 78.)

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Malhekiîi: : Commentaire sur Dcsportcs, publié parlitUcmcnt

en 1825. inlc.^ralenient de 1862 à I8G9. Racan : Vie de Malherbe, vers 1651 '.

— Lettre XI, à Chapelain, vers 1656 2. Peimier : Académie de l'art poétique, 16103.

I. — La Poésie n'est qu'un dtvertîssement, et ne requiert que de l'hahileté.

Vos^ez-vous, Monsieur, si nos vers vivent après nous, toute la gloire que nous en pouvons espérer est qu'on dira que nous avons été deux excellents arrangeurs de syllabes, et que nous avons eu une grande puissance sur les paroles pour les placer si à propos chacune en leur rano-, et que nous avons été tous deux bien Ibus de passer la meilleure partie de notre âge en un exercice si peu utile au public et à nous, au lieu de l'employer à nous donner du bon temps, ou à penser à l'établissement de notre fortune.

Racan, Vie de Malherbe.

Il disoit que « c'étoit sottise de faire des vers pour en espérer autre récompense que son divertissement, et

1. Los Mémoires sur la vie de Mnlherbe, tronqués et épurés, ont été publiés pour la première fois en 1672, dans les Divers traites d'histoire, de nin'-ale et d'éloquence de l'abbé il'Ussans. Mais ils sont cités dès 1G.J3 par Pellissoa (Itelation de l'hist ire de L'Aradcinic). par Tallemant lllistnriettes), en 1657, et par Ménage Ed. de Malherbe) en 1665. L'abb'- dOiivet, dans sa fontinnatinn de L'histoire de CAcad., en signale par erreur une édition de lOôl, in-12. M. Tenant de Latour en a publié le texte intégral dans son édition des Œuvres de Racan, eu 1857.

2. M. Tenant de Latour a publié dans son édition des OEuvrcs de Racan quelques lettres intéressantes de ce poète retrouvées par hii dans les manuscrits de Conrart. La lettre dont il s'agit ici nV^t pas datée.

3. M. Brunot, dans sa savante thèse, La Doctrine de Malherbe^ a eu rai5on d'écrire que Deimier peut « être soupçonné d'avoir écrit sous l'influence de Malherbe». Ce poète, en effet (l57(t-lC18), quoique u avant jamais compté parmi les disciples d i réformateur, n'en a pas moins exprimé avec bonheur, dans son Aca:'- n'ic de l'art loétique, la plupart des théories chères à Malherbe, et que cciui ci ue nous a pas livrées sous une forme didactique.

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qu'un bon poêle n'ëlolt pas plus utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles. »

Racan, Vie de Mallierbe.

Suivant mon advis, il me semble que c'est la vérité, que le poëte qui n'escrit que par art, composera d'ouvrages beaucoup plus propres et agréables que ceux de l'autre qui ne sera riche que de ce que la nature aura décoré son esprit. Car en la perfection d'une œuvre poétique, il faut observer tant de reigles, que si l'on est privé de la connoissance d'icelles, on peut faire en un poëme plus de fautes que de vers.

Deimier, Acad.^ip. 13.

II. — La Poésie doit être raisonnable et ne diffère de la prose que par le « nombre ».

Après tout, donnez tel nom qu'il vous plaira à ma prose .. je suis résolu de me tenir dans les préceptes de mon premier maistre^, et de ne chercher jamais ni nombre ni cadence à mes périodes, ni autre ornement que la netteté de bien exprimer mes pensées.

Ce bonhomme comparoit la prose au marcher ordinaire, et la poésie à la danse, et disoit qu'aux choses que nous sommes obligez de faire on y doit tolérer raesme négligence, mais que ce que nous faisons par vanité, c'est estre ridicule que di n'y estre que médiocre.

Racan, Lettre Z/, à Chapelain.

Il se moquoit de ceux qui disoient qu'il y avoit du nombre en la [)rose, et disoit que de faire des périodes nombreuses c'étoit faire des vers en prose.

Racan, Vie de Malherbe.

Le mesrae rang d'excellence et de vertu que le Soleil

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