Malherbe
70 IDÉES ET DOCTHINES I.ITlÉn AIRES
tient ail monde, et râirie au corps, la raison se TalribuG en toutes les actons des hommes, et mesmes en la Poësie où la raison est si estroictement nécessaire, que sans icelle toutes les autres qualitez ou parties qui la doivent embellir... seroient toujours assez vuides de bonté^.. Deimiek, Acad., p. 488-489.
C'est une maxime inviolable, que toute mesure et raison est nécessaire aux escrits poétiques.
Deimier, Acad., p. 490.
III. — La Poésie doit parler, non une lang-uc spéciale, mais la lan^^iie dont se servent à la fois le peuple et la (]our; proscription des « adjectifs substantîvés », des participes pris adverbialement, etc.
L'usage doit être le maître^.
Malherbe, Comment., Diane I, Plainte IlL
Quand on lui demandoit son avis de quelque mot François, il renvoyoit oi dinairement aux crocheteurs du Port au Foin, et disoit que c'eloient ses maîtres pour le langage.
Racax, Vie de Malherbe,
Il ny a que l'usage et la raison qui doivent servir de loy au maniement d'une langue : lesquels usage et raison doivent estre cherchez aux discours de ceux qui sont « n réputation de parler parfaictement le langage, et en
1. Cf. Malherbe. Commentaire .- « Il nv a rien de sot si ceci ne l'est n. (C/eo/i/re, 18.)
u Toute cette chan.son est impertinente et pleine diniaginatious qi.i ne veulent rien dire ». [Bergeries, ' etamorphises.) «( Les colonnes n'ont point de cœur », Lcrgcrie<^ et .Vascarades, Ode.)
2. « Eclipse fst léniinin, et jamais masculin, devant tous les barbiers do France ». MALiiKRBii, [Comment., Diane, I, sonnet xxi.)
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l'exacte spéculation et jugement de ceux qui s'y estant estudiez beaucoup de temps, en peuvent parler avec preuves et démonstrations infaillibles.
Deimier, Acad., p. 456.
Il se faut toujours tenir en l'usage des vrais mots françois, lesquels on connoit estre tels, quand on void qu'ils sont ordinairement practiquez par Messieurs du Parlement, et par les plus qualifiez du peuple, comme aussi des plus estimez poètes de ce siècle, et des Courtisans que l'on connoit estre accompagnez de l'amour des bonnes lettres.
Dj'IMIER, Acad., p. 433.
Ne doit tenir en soi rien tant plein de fallace. « Peu courlisan «.
Malherbe, Comment., Elégies, II, 2.
Otez-vous du serein; craignez-vous point le rheurae?
a Plcbée ».
Malherbe, Comment., Diverses Amours :
Contre une nuit trop claire.
Faire compte est « plébée ».
Malherbe, Comment., Diane II, rimes tierces
Coups de fouet est « bas et plus que plébée ».
Malherbe, Comment., Diverses Amours, Sonnet xxii.
Mettre bon ordre est « bas et populaire ».
Malherbe, Comment., Elégies^ I, II, 1.
Il ne faut point user de verbes adjectifs au lieu de substanlifs... Ronsard en a usé deux ou trois fois au
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])liis... Toutefois il n'en faut point user au langage François, car c'est changer sans raison et sans nécessité le naturel des vocables.
Deimier, Acftd.^ p. 413-414.
Ainsi qu'au clair d'une chandelle.
« Mal pour la clairté ».
Malherbe, Comment.^ Amours d'IIipp., Chanson V.
Au clair de votre teini.
« Sottise. Ces adjectifs pour substantifs ne sont pas tous indilléreniment recevables. »
Malherbe, Comment., Diane, II, Stances II.
Sans relâche Urne presse^ et me suit obstiné... « Je n'approuve point ces participes ou adjectifs pris pour adverbes. Il eut mieux dit obstinément ».
Malherbe, Comment..^ Diane, I, sonnet xl.
IV. — Les qualités du style poétique sont la clarté, la sobriété, la propriété des mots.
Puis que l'obscurité est un des plus grands vices qui se treuvent en la poësie, par conséquent donques la clairlé doit estre une des plus excellentes vertus dont les poëmes doivent estre accompagnez...
Il vaudroit donc mieux ne rien faire que d'escrire ainsi parray les nuages de l'obscurité ^
Deimier, Acad. , p. 258-259.
1. Cf. Malhfbbk, Comment.^ Diane I, complainte 4 : « Je crois qu'il a l'intention de dire que'que chose de bon, m.iis il faut deviner ». « Je ne vous entends point », est une obtervation qu'on rencontre fréquemment dans le Cnm/r.entaire.
Il se tourne, il se vire.
« Quelle diflérence entre les deux? »
Malherbe, Comment.^ Imitât, de l'Arioslc, Roland furieux.
Quel brasier vehemeut Te dévore l'esprit, lame et l'entendement ?
a En voilà trop. »
Malherbe, Comment., Elégies, I, 10.
Cessez, iemmes, de vous vanter De ce que vous pouvez les hommes enfanter, Et qu'ils naissent de vous n'en soyez arrogantes...
« Et quils naissent de ious est superflu après ce qui précède. »
Malherbe, Comment., Elégies, I, 19.
On doit éviter soigneusenaent les transpositions dont un propos est rendu rude et mal propre.
Deimier, .4crtf/..p. 366.
Il paroist bien infiniment plus raisonnable de prendre la peii e à faire dix bons vers davantage, qu'au lieu d'espargner le temps, loger en un discours une parole impropre et illégitime*.
Deimier, Acad. p. 8.
V. — Epuration de la lang-ae. — Malherbe proscrit les mots archaïques, dialectaux, techniques, nouveaux, composés ; il condamne lomission des articles et des pronoms.
Pour escrire avec la perfection d'un langage, il ne faut
1. Cf. Malherbe, Œin'res. Ed, Lalaune, L llf, p. 2ùJ : « On Uni assez tost si assez bien. »
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employer que les tenues qui luy sont naturels, communs et recevables... Ces termes alloye^ devalloye, monioye^ faisoye^ disoye... sont de vieux verbes Picards qui .. ne sont plus de mise aujourd'huy : car on treuve qu'il est beaucoup mieux de dire falloy, je montoy.je faisoy^ je disoy. Et c'est pourquoy il n'en faut point user qu'en ceste façon icy, quoy que Ronsard en son abrégé de l'art Poétique en ait toute autre opinion : disant (jue plus nous aurons de mots en nostre langue, plus elleseraparfaite... Mais si ceste opinion estoit receuë, il faudroit remettre en pratique toute la vieille légende des mots dont les anciens François s'exprimoient. Ce qui seroit justement aller de mieux en pis : au lieu que depuis cent ans on a veu que d'un lustre à l'autre la langue Françoise s'est perfectionnée de mieux en mieux, en s'espurant des mauvaises phrases des anciens, aussi bien que de plusieurs de leurs mots qui n'estoient pas si propres de beaucoup comme ceux qui ont esté introduicts en leur place... Le langage François est assez copieux et plantureux de soymesme, pourveu qu'il soit en la culture d'un esprit qui scache comme il le faut gouverner.
Deimii:h, Acad., p. oGT-oGO.
Soit privé de tout point d'honneur et de liesse...
« Vieil. »
MalhcPiDE, Comment.^ Amours d'IIipp., Sonnet xvii.
Mais ce soleil ni'ard plus ci'aellenient « Obsoîetum. »
Maliiehce, Conimrnt., Amours d'IIipp., Fantaisie.
« Jà est un mot vieil et qui ne s'use qu'enlre les paysans. »
MALHEnnE, Comment., Kxnowv?, d'IIipp., Sonnetxxvi.
DU XVn^ SIECLE
a M\ird en est de même » =
Malherbe, Ibid.. Sonnet xxvii.
Et clôt de peur d'être hénine.
L'oreille au son de mes douleurs.
« Je serois d'avis de bannir ce mot de l'écriture ; il Test du langage. »
Malherbe. Comment., Amours d'Hipp., Clian^on v.
Gomme pauvres en la connoissance du langage françois. i;s (les poètes de la pléiade) inventent à tout propos des verbes du tout estranges et barbares, et introduisent à tout coup des termes Gascons, Provençaux, Bourguignons, Bretons, et autres idiomes macaroniques parmy la richesse et la bonté d'un si beau langage.
Deimier, ^ca<:/., p. 127-128.
Et le cœur si gontlé...
« Mot provençal. »
Malherbe, Comment. , Imitât, de TArioste Roland furieux.
Pauvre moi, je pensois « Phrase provençale. »
Malherbe, Comment.., Diverses Amours :
Gontre une nuit trop claire.
« Maint et maint est gascon. »
Malherbe, Comment., Diane II, Sonnet xiii.
Elle a deuil que je sois encore en ces bas lieux. « Phrase normande. »
Malherbe, Comment., Epitaphes, Ilegrets sur la mort de Diane, v.
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Vu q«ic mArae en brûlant assez fier il sera, « Fier, en cette signification de joyeux^ est peu reçu nors de Normandie. »
Mai^iiekde, Comment., Diane I, Sonnet xxii.
Sa rage accoisée Au doux Uniment d'une paix.
a Langage de médecins: encore je crois qu'ils disent Uniment. »
Malherbe, Comment., Diane II, Complainte I.
Ainsi puis que nostre langue est assezriche etcopeuse de bons mots à l'endroit de ceux qui la connoissent bien, et qu'il ne peut arriver que très-rarement que l'on ait faute de quelque mol pour exprimer une conception, il faut estre retenu exlremenjcnt d'en vouloir inventer.
Dkimieh, Acad., p. 433.
... d'une gorge ivoirine...
« Donne congé ii ivoirin, ovin, marhrin et autres telles drôleries. »
Malherbe, Comment., Amours d'ilipp.
Sonnet i.xxii.
Du Bartas... s'est bien souvent trompé à melaphoriser par trop son langage, et à mettre sur le papier poétique des Hjots nouveaux, qu'il inventoit avec beaucoup de soing et d'adection, croyant qu'outre ce qu'il pensoit de s'en servir bien, ils seroient aussi auvourz et introduicts : il inventa ceux-cy entre autres, sou-souflant, bonboufant, jloi-floiant, dedaler : mais ny les poêles plus estimez, ny aucun des autres bons escrivains n'en ont jamais usé. Ces autres aussi qui sont doubles de nom et deiïaict, n'ont point esté fréquentez, comme ceux-cy, cliasse-nuict, chasse-jour, chasse-ombre , porte-jour, porte- flambeaux, guide-bal, porte-fleurs^ aime-ris, aime-pleurs^ blesse^
DU XVIl" SIECLE il
cœur^ serpens-pieds... porte-foudre. Et plusieurs autres qui suivant la mode Grecque ont esté intro iuicts de Ronsard et de ce poêle : mais il faut laisser a-ux Grecs une telle façon de langage, bien qu'ils en fassent gloire : car elle n'est aucunement propre à nostre langue françoise, par ce que ces mots ont trop de fard et d'artifice. Aussi jamais ils n'ont esté receus du peuple ny pracliquez aux sermons des excellens prédicateurs, ny moins aux plaidoyez et harangues des cel-bres advocals de li Cour. Deimier, Acad., p. 431-432.
Moissonnant tout joyeux les épis blonds-dorés, « Ridicule ^ ».
Malherbe, Comment.^ Amours d'Hipp.
Le Cours de l'an.
Me voyant favori de si belle princesse, « Il faut dire favorisé, car autrement il faut dire le favori, et lui bailler un article comme à un substantif^. » Malherbe, Comment., Elégie, I, 8.
Puis quand verrez mon âme...
a Faute du pronom. »
MALHERBii:, Comment., Amours d'Hipp. Sonnet xxviii.
1, MiiUierbe so ilignc doux-poignant, chev écorne, tont-voyant. Po telaine, nppliqué à mouton, n'est qu'une bourre. (Imitation de l'Ariosto, r.olan.l lurieux.)
Il proscrit même empourprer, que lîacine employa.
2. « Garde toy aussi de tum er en un vice < ommun. mesnies aux plus excellens de nostre langue, c est l'omission des articles » (De Bullay, Deff , II, 9.)
« Tu n'oublieras jamais les articles, et tiendras pour tout certain que rien ne peut tant défigurer ton vers que les articles délaissez ; auant en est-il des pronoms primitifs, comme ;e, tu, que tu n'oublieras nm plus, si tu veux que tes carmes soient parfaits et de tous poincts bien accomplis. • (Ronsard, Art poét., De l'H.]
78 IDKRS ET DOCTKINrS LITTK RAIP.F.S
Je ne flemaiide pas que m'accordiez la paix. « Vous, oul)lié. »
Malherbe, //»/>/., Sonnet lxii.
Puis ne font cas après la prise.
« lis, oublié, »
Malheriie, Ibid., Chanson xi.
VI. — Sovérîte de Malherbe au sujet de la rime il faut rîmer pour les yeux aussi bien <iue pour les oreilles . de la césure, de l'eujauibeuieiit. Proscription des c licences poétiques ».
La lime doit e.stre exquise et riche.
Dei.mikr, Acad.,\). 201.
Encore qu'il* reconnût que Racan avoit de la force en ses vers, il disoit... qu'il étoit hérétique en poésie... et... il le blamoit... de rimer indifféreminent aux terminaisons en an( et en eni^ comme innoceiice et puissance, apparent et conquérant, grand et prend ; et vouloit qu'on riniàt pour les yeux aussi bien que pour les oreilles. »
R.ACAN, Vie de Mallierbe.
Puis confus et tremblant, avec la conteniince D'un pauvre criminel près d'ouïr sa seutenco.
« Conienance et Sentence riment comme un four et un moulin. »
Malhhrbk, Comment.^ Diane. I, Procès contre amour.