‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 56 sur 125 · Scudéry · texte numérisé non relu

Scudéry

104 iDiiEs i:t oocTiti.\ns littkraiiîf.s

merce avec les l)elles connoissances, que les maximes les plus générales de la Morale leur sont absolument inutiles. C'est en vain qu'on les veut porter à la vertu par un discours soutenu de raisons et d'autorités, ils ne peuvent comprendre les unes, et ne veulent pas déférer aux autres...

... Il leur faut une instruction plus grossière. La raison ne les peut vaincre que par des moiens qui tombent sous les sens. Tels sont les belles représentations de theaire que l'on peut nommer véritablement l'Ecole du Peuple.

La principale règle du poëme dramatique, est que les vertus y soient toujours recompensées, ou pour le moins toujours louées, malgré les outrages de la Fortune, et que les vices y soient toujours punis, ou pour le moins toujours en borreur, quand même ils y triomphent.

D'AuBiGXAC, Pratique du théchre, Jiv. I, ch. I^^

II. — Ce n'est pas le « peuple » niais les « doctes ' que doit satisfaire le poète dramatique.

Comme dans la. musique et dans la peinture nous n'estimerions pas que tous les concerts et tous les tableaux fussent bons, encore qu'ils pleussent au vulgaire, si les préceptes de ces arts n'y estoient bien observés, et si les experts qui en sont les vrays juges ne confirmoient par leur approbation celle de la multitude. De mesme, nous ne dirons pas sur la foy du Peuple, qu'un ouvrage de Poésie soit bon parce qu il l'aura contenté, si les doctes aussi n'en sont conlens... Il n'est pas question de plaire à ceux qui regardent toutes choses d'un œil ignorant et barbare*.

CllAPRLAix, Scnliniens.

1. « Je supplie clonqius reii.v qui verrou t ce travail {la Pucelle)... que, quand ils ou .eronl l'examen, ils s'cxamiDeiil les premiers, et sachent

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III. — La beauté d'une pièce de théâtre se mesure, non au i)laisîr qu'elle procure, maïs à sa conformité aux régules.

Gomme les observations des censeurs de cette trao:icomédie ne l'ont ^ pu préoccuper, le grand nombre de ses partisans n'a point esté capable de l'esionner. Elle a bien crû qu'elle pouvoit estre bonne, mais elle n'a pas crû qu'il fallust conclurre qu'elle le fust, à cause seulement qu'elle avoit esté agréable. Elle s'est persuadée qu'estant question de juger de la justice et non pas de la force de son party, il falloit plustot peser les raisons, que conter les hommes qu'elle avoit de son costé, et ne regarder pas tant si elle avoit plû, que si en effet elle avoit dû plaire.

Chapelain, Sentuncns.

Il est comme impossible de plaire à qui que ce soit par le desordre et par la confusion, et s'il se trouve que les pièces irregulieres contentent quelquefois, ce n'est que pour ce qu'elles ont quelque chose de régulier ; ce n'est que pour quelques beautés véritables et extraordinaires, qui emportent si loin l'esprit, que de long-temps après il n'est capable d'appercevoir les difformités dont elles sont suivies, et qui font couler insensiblement les deiïaux pendant que les yeux de l'entendement sont encore éblouis par l'éclat de ses lumières Que si au contraire quelques pièces régulières donnent peu de satisfaction, il ne faut pas croire que ce soit la faute des

bien auparavant s'ils possèdent les lumières nécessaires pour prononcer sur son Invention, sur sa Disposition et sur son Elocution ; qu'en l'examinant ils se souviennent de se tenir renfermés dans les limites de l^Héro'ique, sans désirer en luy ce qui n'appartient qu'à l'Elégie, qu'à l'Ode, qu'à TEpigramme et qu'au Pioman, » (Chapelain, Préface des douze premiers chants de la PuceUe.) 1. L'Académie.

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rof^lcs, mais bien celle des aullieurs, dont le stérile génie n'a [)ù fournir à l'art une matière qui fust assez riche *.

Chapelain, Sentimcns.

IV. — Le spectateur ne se corrîgreant que s'il ajoute foi aux événements qu'on lui présente, la règfle essentielle du théâtre est la vraisemblance, et non pas le vrai (qui peut n'être pas vraisemblable). Les faits historiques eux-mêmes ne peuvent fournir des sujets de trag-édie que dans la mesure où ils sont conformes à cette vérité commune en quoi consiste la vraisemblance.

Je pose donc pour fondement que l'imitation en tous poèmes dois estre si parfaite qu'il ne paroisse aucune différence entre la chose imitée et celle qui imite, car le principal effet decelle-cy consiste à proposer à l'espiit, pour le purger de ses passions desréglées, les objets comme vrays et comme yjrésents,.. Pour cela mesme sont les préceptes qu'ils ^ nous ont donnés concernant les habitudes, aages, les conditions, l'unité de la fable,

1. «Vous pouvez juger, Monsieur... qu'il v peut avoir des sottise^ régulières, et que le grand ordre ost aussi ridicule à représenter ces extravagances de nos passions, comme de rapporter à bastons rompus des conseils d'Estat et des allaires sérieuses.

M Je vous en dirois autant des règles trop étroites que l'antiquité vouloil établir pour la pe lection du théâtre. L'unité du lieu, du temps et de l'action y sont sans doute nécessaires; mais cette trop grande rigueur que Ton y apporte met les plus beaux suets «ians les gosnes, et est cause que les comédies ne soûl pas aussi agréables aux csjirits médiocres qui remplissent le plus souvent les trois paits de l'ho loi ■ c Bourgogne, et qui sont ceux, à mon avis, que l'on doit le plus considérer si iou veut acquérir de la réputa ion eu ce genre décrire...

« L'on en diioit autant du Cid, silon le voiiloit réduire dans l'unit ■ de lieu; et cependant, ila été approuvé de touic la cour, où sont les juges coinpéleuls en cette matière, pour un chef-d œuvre, et vous .rouverez bien piu de fables m d histoires qui puissent souffrir cetie perlection que vous y desirez, M. Chapelain et vous. » (Racan, Lettre à Ménage, 17 octobre 1C54.)

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