‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 57 sur 125 · Les At ciens · texte numérisé non relu

Les At ciens

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«a juste longueur, bref, celte vrayscmblance si recommandée et si nécessaire en tout poërae, dans la seule intention d'oster aux regardans toutes les occasions de faire réflexion sur ce qu'ils voyent et de douter de sa réalité.

Gela supposé de la sorte, et considérant le spectateur dans l'assiette où l'on le demande pour profiter du spectacle, c'est à dire présent à l'action du théâtre comme à une véritable action, j'estime que les anciens qui se sont astreints à la règle des vingt-quatre heures ont creu que s'ils portoient le cours de leur représentation au-delà du jour naturel, ils rendroient leur ouvrage non vraysemblable au respect de ceux qui le regarderoient, lesquels, pour disposition que peust avoir leur Imaginative à croire autant de temps escoulé durant leur séjour à la scène que le poète luy en demanderoit, ayant leurs yeux et leurs discours tesmoins et observateurs exacts du contraire, ou mesme quelque probable que fustla pièce d'ailleurs, s'appercevroient par là de sa fausseté et ne luy pourroient plus adjouster de foy ni de créance, sur quoy se fonde tout le fruit que la poésie peust produire en nous. Et la force de ce raisonnement consiste, si je ne me trompe, en ce que, pour les poèmes... représentatifs, l'œil, qui est un organe fini, leur sert de juge, auquel on ne peut en faire voir que selon sonestendue, et qui détermine le jugement de l'homme à certaines espèces de choses selon qu'il les a remarquées dans son opération.

Chapelain, Lettre sur fart dramatique. (Cf. Gh. Arnaud, Etude sur l'abbé d'Aubignac, 1887. Appendice IV, p. 337-339.)

A ce que nous pouvons juger des sentimens d'Aristote sur la matière du vray-semblable, il n'en reconnoist que de deux genres, le commun et l'extraordinaire. Le commun comprend les choses qui arrivent ordinairement aux hommes, selon leurs conditions, leurs âges, leurs mœurs et leurs passions, comme il est vray-semblable

108 IDÉES ET DOCJIll.NLS LiriLUAHîES

qu'un Tnarcliarid ciierche le gain, qu'un enfant fasse des imprudences, qu'un prodigue tombe en niisere, et qu'un homme en colère coure à la vengeani-,e, et tous les eflets qui ont accoustumé d'en procéder. L'extraordinaire embrasse les choses qui arrivent rarement, et outre le vraysemblable ordinaire, comme qu'un habile méchant soit trompé, qu'un homme fort soit vaincu. Dans cet extraordinaire entrent tous les accidens qui surprennent et qu'on attribue à la Fortune, pourveu qu'ils naissent de l'enchaisnement des choses qui arrivent d'ordinaire... Hors de ces deux genres il ne se fait rien qu'on puisse ranger sous le vray-semblable, et s'il arrive quelque événement qui ne soit pas compris sous eux, il s'appelle simplement possible; comme il est possible que celuy qui a toujours vécu en homme de bien commette un criuie volontairement. Et une telle action ne peut servir de sujet à la poésie narrative ny à la représentative : puis que si le possible est leur propre matière, il ne l'est pourtant que lors qu'il estvra\^-semblable ou nécessaire. Mais le vray-semblabie, tant le commun que l'extraordinaire, doit avoir cela de particulier, que soit par la première notion de l'esprit, soit par reflexion sur toutes les parties dont il resuite, lors que le poëte l'expose aux auditeurs ou spectateurs, ils se portent à croire sans autre preuve qu'il ne contient rien que de vray, pource qu'ils ne voyent rien qui y répugne. Quant à la raison qui fait que le vray-semblable, plutost que le vray est assigné pour partage à la Poésie épique et dramatique, c'est que cet art ayant pour fin le plaisir utile, il y conduit bien plus facilement les hommes par le vray-semblable qui ne trouve point de résistance en eux, que par le vray, qui pourroit être si étrange et si incroyable qu'ils refuseroient de s'en laisser persuader et de suivre leur guide sur sa seule foy.

Chapelain, Seniimcns.

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Cette condition de pourvoir que l'arraisonnement d^' l'auditoire ne soit heurté d'aucun ombrao^e de mensonçre est si essentielle à tout poëme que beaucoup de spéculatifs en cette doctrine ont estimé que la vraysemblance, qui d'ailleurs fait l'essence de la Poésie dans le particulier du poëme tragique, ne suffiroit pas pour luy bailler fondement, et qu'une tragédie ne se pouvoit dire absolument bonne qui n'eust un événement véritable pour sujet, à cause, disent-ils, que les grands accidens des coulonnes sont ordinairement connus aux hommes, et que si le jugement sur cette réflexion vient à se douter qu'ils soient inventés, la créance luy manque soudain et ensuitte l'eflet que la seule créance eust produit : tant il est important, en celte matière de théâtre, de destourner par la moindre vitieuse circonstance l'attention et la foy que le spectateur doit apporter au spectacle pour en tirer le prolfit prétendu.

Chapelain, Lettre sur l'art dramatique.

(Cf.AnxAUD, Etude sur d'Aubignac^ appendice IV, p. 341.)

Voici le fondement de toutes les pièces du théâtre, chacun en parle et peu de gens l'entendent : voici le caractère gênerai auquel il faut reconnoîlre tout ce qui s'y papse : en un mot la Vraisemblance est, s'il le faut ainsi dire, l'essence du poëme dramatique, et sans laquelle il ne se peut rien faire ni rien dire de raisonnable sur la scène.

C'est une maxime générale que le Vrai n'est pas le sujet du théâtre, parce qu'il y a bien des choses véritables qui n'y doivent pas être vues, et beaucoup qui n'y peuvent pas être représentées : c'est pourquoi Synesius a fort bien dit que la Poësie et les autres arts qui ne sont fondés qu'en imitation, ne suivent pas la vérité, mais l'opinion et le sentiment ordinaire des hommes...

Il n'y a... que le Vraisemblable qui puisse raisonnablement fonder, soutenir et terminer un poëme drama-

110 IDEES ET DOCiltIXKS LITTEHAIRES

lique ^ : ce n'est pas que les choses véritables et possibles soit'nt bannies du lliéatre ; niais elles n'y sont reçues qu'en lani (jn't.-lles ont de la viaiserublance.

D'AiiJiG.NAC, PraiL<iue du ihcàtrr^ liv. II, cli. II.

Nous disons f{ue le sujet du Cid est défectueux... Car, ny la bien-seance des mœurs d'une fille introduite comme vertueuse n'y est gardée par le Poëte, lors ((u'elle se résout à épouser celuy qui a tué son père, ny la Yovtune par un accident impreveu, et qui naisse de l'encliainement des choses vray-semblables, n en fait point le demeslement... Nous avoiions bien que la vérité de cette aventure combat en laveur du Poëte. et le rend plus excusable que si c'estoit un sujet inventé. Mais nous maintenons que toutes les vérités ne sont pas bonnes pour le théâtre, et qu'il en est de quelques-unes comme de ces crimes énormes, dont les juges font brûler les procès avec les criminels. Il y a des vérités monstrueuses, ou qu'il faut supprimer pour le bien de la sociéié, ou que si l'on ne les peut tenir cachées, il faut se contenter de remarquer comme des choses étranges. C'est principalement en ces rencontres que le Poëte a droit de préférer le vray-semblable à la vérité, et de travailler plutost sur un sujet feint et raisonnable, que sur un véritable qui ne fust pas conforme à la raison. Que s'il est obligé de traiter une matière historique de cette nature, c'est alors qu'il la doit réduire aux termes de la bien-seance, sans avoir égard à la vérité, et qu'il la doit plutost changer toute entière que de luy laisser rien qui soit incompatible avec les règles de son art; lequel se proposant l'idée universelle des choses, les épure des detfauts et des irrégularités particulières que l'histoire parla sévérité de ses loix est contrainte d'y souffrir. De sorte qu'il y auroit eu sans comparaison moins d'inconvénient dans la disposition du Cid, de feindre contre la vérité, ou que le comte

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