Ou sait de reste que c'est là une erreur historique
114 iDÎ:is i:t nocriti.M-s Lmi'nAiRES
garder, et que les autres n'ayent pas assez de discr<^tion pour s'enjpesclier au moins de la blasmer, s'ils ne sont pas assez raisonnables pour la suivre après les premiers hommes de l'antiquité, qui ne s'y sont pas généralement assubjettis .'^ans occasion... Il est croyable avec toute sorte d'apparence qu'ils ont estably celte règle en faveur de limagiiiation de l'auditeur, qui gouste incomparablement plus de plaisir (et l'expérience le (ait voir; à la représentation d'un sujet disposé de telle sorte, que d'un autre qui ne l'est pas ; d'autant que sans aucune peine ou distraction il voit icy les choses comme si véritablement elles arrivoient devant luy, et que là pour la longueur du temps, qui sera quelquefois de dix ou douze années, il faut de nécessité que l'imagination soit divertie du plaisir de ce spectacle qu'elle consideroit comme présent, et qu'elle travaille à comprendre comme quoy le mesme acteur qui n'agueres parloit à Rome à la dernière scène du premier acte, à la première du second se ireuvedans la ville d'Athènes ou dans le grand Caire si vous voulez; il est impossible que l'imagination ne se refroidisse, et qu'une si soudaine mutation de scène ne la suiprenne et ne la dégouste extrêmement, s'il faut ({u'elle coure tousjours après son object de province en province, et que presqu'en un moment elle passe les monts et traverse les mers avec luy^.
Mai p. ET, SiLanire, préface.
1. « La Tragédie et Comédie... s^nl du tout didascaliques et erseijjnnnlc;, et . il faut qu'en pou de paroles elles enseignent beaucoup, roiuini: miroù •: s «lo la vie humaine, d'autant quelles sont bouées et limitées de peu d'espace, c'est à dire d'un jour entier. Les plus excellcns m;iistres <Ie ce m-sli r les commencent dune minuict à l'iiuire, e! non du poinct du jour au soleil courbant, pnur avoir plus d fsteniiiie et de longueur de temps a. (RoNSAhn, Frunciadc, deuxième pr face.)
Le Théâtre jamais ne doi? esfre rempli
D'un argument plu? long que d'un jour accompli.
VAt-Qui:! IN ni-; La Fuisnave. Art poétique. Î605. « Il faut toujours représenter l'histoire ou le jeu dans un me me jour,
DU XVIl^ SIECLE 115
Encore que l'on voulust rendre l'œil incapable déjuger de la durée du temps, on ne peut au moins dire qu'il ne soit pas juge compétant du lieu, qui est un corps, et qu'il ne puisse pas en remarquer les diversités, si le Poëte les introduit pour représenter ses diverses avantures. Mais comme la longueur du temps porte avec soy une inévitable nécessité de plus d'un lieu, n'y ayant point d'apparence qu'une histoire de dix ans se fust passée toute en une mesme place, il seroit impossible que Toeil se peust disposer à croire que ce mesme théâtre qu'il ne perdroit point de veue, fustune autre fois ^ que celuy que le Poëte auroit voulu qu'il fust la première fois, et, par ce moyen, il jugeroit la repj'ésentation faitte de la sorte fausse et absurde en mesme temps.
Chapelain, Lettre sur Vart dramatique, (Cf. Gh.Ahnaud, Etude sur d'Aubignac, appendice IV, p. 344.)
C'est un précepte d'Aristote, et certes bien raisonnable, qu'un poërae dramatique ne peut comprendre qu'une seule action... Cette doctrine est maintenant commune...
Il est certain que le théâtre n'est rien qu'une image, et partant comme il est impossible de faire une seule image accomplie de deux originaux differens, il est impossible que deux actions (j'entens principales) soient représentées raisonnablement par une seule pièce de théâtre. D'AuBiGXAC, Pratique du théâtre, liv. II, ch. m.
« La Tragédie doit être renfermée dans le tour d'un
en un mesme temps, et en un mesme lieu ». (Jk \n de La Taille, De l'art de la Trag-édie, pvcface de Saul le Furieux, 1572.) Cf. aussi .ToDELLE, Clèopâtre, 1552, acte I, scène i :
Avant que ce soleil qui vient ores de naistre, Ayant tracé son jour, chez sa tante se plonge Clcopatre mourra...
1. C'est le texte d(juné par M. Arnaud; il faut évidemment lire : fust ufi autre lieu que celui/, etc.
1I() IDHi:S ET DOCTRINES LITTKnAinCS
soleil»... Il est nécessaire d'observer qu'Aristote entend seulement parler du jour artificiel idclerminé par le lei'cr et le coucher de Vastre), dans l'étendue duquel il veut que l'action du théâtre soit renfermée, comme l'ont fort bien expliqué Castelvetro et Picolomini sur la Poétique d'Aristote, contre l'erreur de Segni qui fait ce jour naturel et de 24 heures...
... Nous avons dit, et personne n'en doute, que l'Aclion théâtrale doit être Une^ et ne comprendre aucunes occupations qui ne soient nécessaires à l'intrigue du théâtre, et qui n'en fassent partie. Or je demande si cela pourroit être observé dans une pièce dont l'action contiendroit 24 heures? Ne faudroit-il pas que les acteurs prissent du repos et leurs repas, et qu'ils s'emploiassent à beaucoup de choses qui ne seroient point du sujet, qui detruiroient l'Unité de l'action et qui la rendroient monstrueuse par un mélange d'autres absolument inutiles ?...
Mais il y a plus, l'action du théâtre doit être continue : nous en avons expliqué les raisons : Or n'est-il pas certain qu'elle ne pourroit demeurer dans cette continuité si elle duroit 24 heures ? La nature ne peut souffrir une action de si longue durée sans quelque relâche, et tout ce que les hommes peuvent, c'est d'agir continuellement durant toute une journée.
D'AuBiGXAC, Pratique du théâtre^ liv. II, ch. vu.
Le théâtre n'est autre chose qu'une représentation, il ne se faut point imaginer qu'il y ait rien de tout ce que nous y voyons, mais bien les choses mêmes dont nous y trouvons les images... Cette vérité bien entendue nous fait connoître que le lieu ne peut pas changer dans la suite du poëme, puis qu'il ne change point dans la suite de la représentation ; car une seule image demeurant en même état ne peut pas représenter deux choses différentes...
Qu'il demeure donc constant que le lieu, où le premier
acteur qui fait l'ouverture du théâtre, est supposé doit être le même jusqu'à la fin de la pièce, et que ce lieu ne pouvant souffrir aucun changement en sa natiir'-, il n'en peut admettre aucun en la représentation.
D'AuniGNAC, Pratique du théâtre, liv. II, ch. vi.
Les règles du théâtre ne sont pas fondées en autorité, mais en raison. Elles ne sont pas établies sur l'exemple, mais sur le jugement naturel. Et quand nous les nommons l'Art, ou les Règles des Anciens, c'est parce qu'ils les ont pratiquées avec beaucoup de gloire, après diverses observations qui ont été faites sur la nature des choses morales, sur la vraisemblance des actions humaines et des événements de cette vie, sur le rapport des images aux véritez, et sur les autres circonstaTices qui pouvoient contribuer à réduire en Art ce genre de poëme.
D'AuBiGNAC, Pratique du théâtre, liv. I, ch. iv.