Euripide
ce que i'ai iuiilé ou d'Homère ou d'Euripide, que le boa sens et la raison étaient les mêmes dans tous les siècles. Le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d'Athènes ; mes spectateurs ont été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce.
Racine, Ipliigénie à Aulis^ préface.
La plupart, emportés d'une fougue insensée, Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée. Ils croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux, S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux. Evitons ces excès...
La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.
BoiLEAU, Art pjct., ch.
V. — L'œiiA're littéraire ayant pour matière les sentiments et les idées universels, « il n'y a que l'approbation de la postérité qui puisse établir le Arai mérite des ouvrages ». Les anciens, dans les œuvres desquels l'arCmiration de vîuiçt siècles a reconnu uri> peinture exacte de la nature, sont les seuls modèles éprouvés que puisse se proposeï' l'écrivain.
Il n'y a... que l'approbation de la postérité qui puisse établir le vrai mérite des ouvrages. Quelque éclat qu'ait fait un écrivain durant sa vie, quelques éloges qu'il ait reçus, on ne peut pas pour cela infailliblement conclure que ses ouvrages soient excellents. De faux brillants, la nouveauté du style, un tour d'esprit qui était à la mode, peuvent les avoir fait valoir ; et il arrivera peut-être que dans le siècle suivant on ouvrira les yeux, et que l'on méprisera ce que l'on a admiré...
108 IDÉnS ET DOCrniNES LITTÉnAIRES
Mais lorsque des écrivains ont été admirés durant «m fort grand nombre de siècles, et n'ont été méprisés que par quelques gens de goût bizarre (car il se trouve toujours des goûts dépravés), alors non-seulement il y a de la témérité, mais il y a de la folie, à vouloir douter du mérite de ces écrivains... Le gros des hommes, à la longue, ne se trompe point sur les ouvrages desprit...
L'antiquité d'un écrivain n'est pas un titre certain de son mérite; mais l'antique et constante admiration qu'on a toujours eue pour ses ouvrages est une preuve sûre et infaillible qu'on les peut admirer.
BoiLEAU, Sepfic'f:e réflerion sur Lon^in,
Un ouvrage a beau être approuvé d'un petit nombre de connaisseurs, s'il n'est plein d'un ceilain agrément et d'un certain sel propre à piquer le goût général des hommes, il ne passera jamais pour un bon ouvrage, et il faudra à la fin que les connaisseurs eux-mêmes avouent qu'ils se sont trompés en lui donnant leur approbation. BoiLEAU, I ré/ace de Céd. de 1701.
Il n'appartient qu'aux ouvrages vraiment solides, et d'une souveraine beauté, d'être bien reçus de tous esprits et dans tous les siècles, sans avoir d'autre passe-port que le seul mérite dont ils sont pleins.
La Fontaine, 2® partie des Contes et Nouvelles, préface.
On a dû faire du style ce qu'on a fait de l'architecture : on a entièrement abandonné l'ordre gothique que la barbarie avait introduit pour les palais et pour les temples ; on a rappelé le dorique, l'ionique et le corinthien... De même on ne sçaurait, en écrivant, rencontrer le parfait, et, s'il se peut, surpasser les anciens que par leur imitation.
Combien de siècles se sont écoulés avant que les hommes, dans les sciences et dans les arts, aient pu re-
DU XVll^ SIÈCLE 169
venir au goût des anciens et reprendre enfin le simple et le naturel !
La Bruyère, Les Caractères : Des Ouvrages de C Esprit.
VI. — L'œuvre littéraire doit être utile et faire servir le plaisir à la « correction » des mœurs.
Qu'en savantes leçons votre muse fertile Parlout joigne au plaisant le solide et l'utile. Un lecteur sage fuit un vain amusement, Et veut mettre à profit son divertissement.
Aimez donc la vertu, nourrissez-en votre âme : ^liTl
En vain l'esprit est plein d'une noble vigueur; Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.
BoiLEAU, Art poét., ch. iv.
On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l'instruction : et s'il arrive que l'on plaise, il ne faut pas néanmoins s'en repentir, si cela sert à insinuer et à faire recevoir les vérités qui doivent instruire.
La Bruyère, préface des Caractères,
Je ne doute point... que vous ne regardiez favorablement des inventions si utiles et tout ensemble si agréables : car que peut-on souhaiter davantage que ces deux points ? Ce sont eux qui ont introduit les sciences parmi les hommes. Esope a trouvé un art singulier de les joindre l'un avec l'autre : la lecture de son ouvrage répand insensiblement dans une âme les semences de la vertu, et lui apprend à se connaître sans qu'elle s'aperçoive de cette étude, et tandis qu'elle croit faire tout autre chose.
La Fontaine, Fables, premier livre. Epiire dédicatoire au Dauphin.
170 IDÉES ET DOCrniNES EITTÉItAIRES
VII — Le mérite de l'œuvre littéraire, et la véritable invention résident moins dans la matière, qu'il est indifférent demprunt<'r aux écrivains antérieurs, que dans la manière. — Souci de la perfection du style.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre, ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue en un mot, l'auteur le plus divin.
Est toujours, quoiqu'il fasse, un mauvais écrivain.
BoiLEAU, Art. poét., ch. i.
Après avoir supposé, comme vous le supposez très solidement, et comme il n'y a personne qui n'en convienne avec vous, que les grandes cboses sont grandes en elles-mêmes et par elles-mêmes, et qu'elles se font admirer indépendamment de l'art oratoire ; tout d'un coup, prenant le change, vous soutenez que, pour être mises en œuvre dans un discours, elles n'ont besoin d'aucun génie ni d'aucune adresse; et qu'un homme, quelque ignorant et quelque grossier qu'il soit (ce sont vos termes), s'il rapporte une grande chose sans en rien dérober à la connaissance de l'auditeur, pourra avec justice être estimé éloquent et sublime...
Il s'ensuit de votre raisonnement que, pour être bon historien... il ne faut point d'autre talent que celui que Démétrius Phaléréus attribue au peintre Nicia-^, qui était de choisir toujours de grands sujets. Cependant ne paraît-il pas, au contraire, que pour bien raconter une grande chose il faut beaucoup plus d'esprit et de talent que pour en raconter une médiocre? En effet... de quelque bonne foi que soit votre homme ignorant et grossier,
trouvera-t'il pour cela aisément des paroles dignes de son sujet? Saura-t'il même les construire? Je dis construire, car cela n'est pas si aisé qu'on s'imagine.
Cet homme enfin, fût-il bon grammairien, saura-t'il, pour cela, racontant un fait merveilleux, jeter dans son discours toute la netteté, la délicatesse, la majesté et, ce qui est encore plus considérable, toute la simplicité nécessaire à une bonne narration?... En un mot saurat'il... dire tout ce qu'il faut, et ne rien dire que ce qu'il faut ?
BoiLEAU, Dixième Réflexion sur Long n.
Toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien.
Racine, Bérénice, préface.
Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne ; on ne la rencontre pas toujours en parlant ou en écrivant. Il est vray néanmoins qu'elle existe, que tout ce qui ne l'est point est foible et ne satisfait point un homme d'esprit qui veut se faire entendre.
La Bruyère, Caractères, Des Ouvrages de Vespril.
Horace ou Despréaux l'a dit avant vous, je le crois sur vôtre parole; mais je Tay dit comme mien, ne puis-je pas penser après eux une chose vraye et que d'autres encore penseront après moy ?
La Bruyère, Caractères, Des Ouvrages de l'esprit.
Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue,
Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue:
J'en use d'autre sorte; et, me laissant guider,
Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.
On me verra toujours pratiquer cet usage;
Mon imitation n'est point un esclavage :
Je ne prends que l'idée et les tours et les lois,
172 IDÉES ET DOCTniNES LITTERAIRES DU XVII* SIECLE
Que nos maîtres suivoient eux-mêmes autrefois.
Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence
Peut entrer dans mes vers sans nulle violence,
Je l'y transporte, et veux qu'il n'ait rien d'affecté,
Tâchant de rendre mien cet air d'antiquité.
Je vois avec douleur ces routes méprisées.
La Fontaine, EpUre a Daniel Iluct.
La manière de conter est de moi, et les circonstances, et ce que disent les personnages. Enfin ce que j'ai pris de mon auteur est la conduite et la fable... Avec cela j'y ai chançfé quantité d'endroits, selon la liberté ordinaire que je me donne.
La Fontaine, Préface de « Psyché d.
Il* retranche, il amplifie, il change les incidents et les circonstances, quelquefois le principal événement et la suite : enfin ce n'est pas la même chose, c'est proprement une nouvelle Nouvelle, et celui qui Ta inventée aurait bien de la peine à reconnaître son propre ouvrage. La Fontaine, 2^ partie des Contes et Noui'elles, préface.