‹ Idées et doctrines littéraires du 17e siècle (extraits des préfaces, traités et autres ecrits théoriques)Chapitre 82 sur 125 · Daus cette IrngoJio · texte numérisé non relu

Daus cette IrngoJio

respect que l'on a pour les héros augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous : major e longinqao reverentia. L'éloignement des pays répare, en quelque sorte, la trop grande proximité des temps ; car le peuple ne met guère de différence entre ce qui est, si j'ose ainsi parler, à mille ans de lui, et ce qui en est à mille lieues. C'est ce qui fait, par exemple, que les personnages turcs, quelque modernes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre ; on les regarde de bonne heure comme anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes différentes. Nous avons si peu de commerce avec les princes et les autres personnes qui vivent dans le sérail, que nous les considérons, pour ainsi dire, comme des gens qui vivent dans un autre siècle que le nôtre.

Racine, Bajazet, préface.

Des siècles, des pays étudiez les mœurs.

Les climats font souvent les diverses humeurs.

BoiLiiAU, Art poétique^ ch. m.

Andromaque, dans Euripide, craint pour la vie de Molossus, qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus, et qu'Hermione veut faire mourir avec sa mère. Mais ici il ne s'agit point de Molossus : Andromaque ne connaît point d'autre mari qu'Hector, ni d'autre fils qu'Astyanax. J'ai cru en cela me conformer à l'idée que nous avons maintenant de cette princesse. La plupart de ceux qui ont entendu parler d'Andromaque ne la connaissent guère que pour la veuve d'Hector et pour la mère d'Astyanax. On ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre mari ni un autre fils; et je doute que les larmes d'Andromaque eussent fait sur l'esprit de mes spectateurs Timpr. ssion qu'elles y ont faite, si elles avaient coulé pour un autre fils que celui qu'elle avait d'Hector.

Racine, Andromaque, deuxième préface.

180 IDKES ET DOCTIUNES LITTERAIRES DU XVIl* SIECLE

V. — La nioralîté de la ivsk<:^CHUo consiste à « punir les fautes » et à récompenser la vertu.

Au reste, je n'ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies Je laisse et aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c'est que je n'en ai point fait oîi la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci ; les moindres fautes y sont sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même... et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C'est là proprement le but que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer; et c'est ce que les premiers poètes tragiques avaient en vue sur toute chose... Il serait à souhaiter que nos ouvrages fussent aussi solides et aussi pleins d'utiles instructions que ceux de ces poètes. Ce serait peut-être un moyen de reconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui Font condamnée dans ces derniers temps, et qui en jugeraient sans doute plus favorablement, si les auteurs songeaient autant à instruire leurs spectateurs qu'à les divertir, et s ils suivaient en cela la véritable intention de la tragédie.

Racine, Phèdre^ hrélace.

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