ABBÉ DE PONS
Lettre sur V « Iliade » de La Motte (1714),
I, — La Motte, en refusant de s'incliner devant Homère, a fait pour la littérature ce que Descartes a fait pour la philosophie (p. 16).
II. — Les poèmes d'Homère, beaux pour leur temps, sont très défectueux pour le nôtre (p. 17).
I. — La Motte, en refusant de s'incliner devant Homère, a fait pour la littérature ce que Descartes a fait jiour la ijhilosopliie.
Il y a eu de tout temps des esprits indociles à l'erreur la plus accréditée. Combien de gens ont senti dans tous les temps que la Physique d'Aristote n'était qu'un amas confus de mots destitués de sens. Mais comment oser hasarder une pareille vérité?... Pour oser reprochera l'univers son orgueilleuse ignorance, il fallait pouvoir mettre les hommes sur les traces de la vérité, et payer 1 injure par un bienfait équivalent. Pour un projet aussi grand, il ne fallait pas un homme moins grand que Descartes. Ce merveilleux génie ayant jeté les yeux sur les ouvrages d'Aristote... il sentit combien ce philosophe était éloigné de la vérilé. Il n'en demeura pas là, il la
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chercha lui-même avec la généreuse confiance que lui donnait son génie immense; il la trouva enfin... La secte opiniâtre d'Aristote est enfin éteinte...
Ne voyez-vous pas... dans l'histoire du long règne d'Aristote l'image de celui d'Homère ? La chute de celuilà ne vous fait-elle pas pressentir la chute prochaine de celui-ci? La cause de M. de La Motte n'est assurément pas moins victorieuse que celle de Descartes : le préjugé ne parle pas plus haut en faveur de l'un qu'il ne parla autrefois en faveur de l'autre.
Abbé de Poxs, Lettre sur V « Iliade. »
II. — Les poèmes d'Homère, beaux pour leur temps, sont très défectueux pour le nôtre.
Nous osons donc à présent juger de l'Iliade. Cette merveille tant vantée est tout au plus un beau monstre, né, pour ainsi dire, du seul instinct d'un homme supérieur; je dis d'un homme supérieur, car si l'on fait attention au siècle grossier dans lequel naquit Homère, si l'on a égard aux mœurs rustiques qui régnaient alors, si l'on ne perd pas de vue l'impossibilité morale d'atteindre à la perfection dans un essai hasardé sans le secours des règles et des exemples, on jugera Homère un grand génie, et le premier homme de son siècle rustique, en même temps qu'on jugera son poème très défectueux pour un siècle aussi éclairé que le nôtre.
Ibid.