‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 9 sur 106 · MADAME DACIER · texte numérisé non relu

MADAME DACIER

Des causes de la corruption du goût (1714).

r, — Il y a des nations plus heureusement situées et plus favorisées du soleil que les autres (p. 13).

II. — La poésie française du XVII'^ siècle n'a pu égaler les anciens que parce qu'elle sest mise à leur école (p. 14).

III. — Le consentement général des hommes est la preuve de l'excellence d'Homère (p. 15),

I. — Il y a des nations plus heureusement situées et plus favorisées du soleil que les autres.

il faut donc nécessairement revenir à ce principe, que, comme des hommes ne peuvent savoir que ce qu'ils ont trouvé d'eux-mêmes, ou ce qu'ils ont appris des autres, il y a des nations si heureusement situées, et que le soleil regarde si favorablement, qu'elles ont été capables d'imaginer et d'inventer elles-mêmes, et d'arriver à la perfection ; et qu'il y en a d'autres qui, ensevelies dans un air plus épais, n'ont jamais pu, que par le secours de l'imitation, se tirer de la grossièreté et de la barbarie où leur naissance les a plongées. Et telles sont toutes les nations occidentales par comparaison à celles de l'Orient,

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les dernières ont beaucoup plus de vivacité, d'imagination tt de fleur d'esprit, comme on le voit encore aujourd'hui par les peuples de la Grèce, car malgré la dure captivité où ils croupissent depuis si longtemps (et où est l'esprit qui puisse st soutenir et se conserver dans une captivité si barbare et si longue?) ils ne laissent pas de faire paraître encore des rayons de ce même esprit qui a si fort distingué leurs ancêtres.

Madame Dacier, Des causes de la corruption du goût.

II. — La poésie française du XVII" siècle n'a pu ég-aler les anciens que parce qu'elle s'est mise à leur école.

Que dis-je, notre éloquence? Notre poésie même... n'est-elle pas devenue la rivale de la poésie des Grecs entre les mains des grands poètes qui ont honoré le dernier siècle?

D'où vient donc cette différence entre le sort de cette poésie et de cette éloquence, et celui de notre poésie d'aujourd'hui? Ne vient-elle pas uniquement de ce que nos orateurs et ces grands poètes ont travaillé, médité, qu'ils ont puisé dans les sources du vrai et du beau, et qu'à l'exemple de Cicéron, ils se sont livrés aux maîtres de l'art et se sont instruits de toutes les sciences? au lieu que les poètes d'aujourd'hui... n'ont jamais travaillé sérieusement... et que n'ayant la tête remplie que d'opéras et de romans, ils n'ont que de fausses idées... Et c'est ce qui achève la preuve que j'ai voulu donner de cette importante vérité, que c'est la connaissance et la familiarité que l'on contracte avec ces grands personnages de l'antiquité, Grecs et Latins, et surtout ;ivec les Grecs, qui forment et nourrissent le bon goût, et que le mépris et l'éloignement que l'on a pour eux le corrompent et le perdent.

Ibid.

DU xvin* siÈciB 15

III. — Le consentement j»-énéral des hommes est la preuve de l'excellence d'Homère.

Quand les règles d'un art ont une fois été trouvées, et que l'approbation de plusieurs siècles a prouvé que c'était le véritable chemin pour plaire, il est impossible de plaire par un chemin tout opposé. Je dis l'approbation de plusieurs siècles, car c'est le temps et le consentement général des hommes qui consacrent nos productions.

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