Le» scliuliastes
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choses, à nous débarrasser des préjugés qui nous le cachent, et à nous y soumettre avec plaisir, dès qu'il nous éclaire.
Ibid. (Du droit d'examiner.)
Quand les bons auteurs d'un siècle déposent de la pureté et de la beauté du style d'un de leurs contemporains, nous ne saurions nous dispenser de les en croire sur leur parole, nous qui, à beaucoup près, ne sentons pas comme eux les finesses de leurs langues... Si ce témoignage, au contraire, tombe sur les choses, il faut encore distinguer. Les auteurs les plus voisins du temps d'Homère disent-ils qu'il a bien peint les mœurs de son siècle? leur autorité demeure encore dans toute sa force, et j'y souscris, puisque nous ne le pouvons savoir que par eux. Il n'en est pas de même quand leur jugement s'étend au-delà des faits, et qu'ils prononcent sur des choses dont la raison commune est l'arbitre. .. Il n'y a point d'autorité pour me faire trouver des mœurs héroïques, quand je les sens grossières et brutales, ni le vrai caractère des passions dans les endroits où je les sens démenties. Ibid. (i" partie. Des autorités).
Je conviens que qui ne sait pas les admirer (les anciens) où ils sont admirables, n'écrira jamais rien que de médiocre. Aussi n'est-ce pas contre une admiration éclairée que je m'élève, mais contre un sentiment aveugle que l'on sïmpose sur la foi d'autrui, qui ne discerne point c rament et jusqu'où les choses sont belles, et qui prodigue aux défauts mêmes les éloges qui ne sont dûs qu'aux vraies beautés. En un mot ce n'est point un [iréjugé lég time que je condamne, c'est un joug que je secoue, et j'ai cru que celte expression devait lever seule tous les scrupules.
Discours sur la poésie.
m. — Les modernes doivent se piquer d'ému-
latîoii et tâcher de surpasser les anciens:; qu'ils cherchent la nouveauté ; tout n'est pas dit, et l'on ne vient pas trop tard.
Je relève les obligations qu'on a aux Anciens, et je me contente d'animer les modernes à une émulation que je crois nécessaire, et sans laquelle le génie refroidi se contenterait toujours du médiocre.
J'évite même d'entrer dans cette question si fameuse qui a fait une espèce de schisme dans les lettres. Je laisse à décider aux savants qui l'emporte des anciens ou des modernes. Ma hardiesse ne va qu'à poser pour principe la possibilité de surpasser nos maîtres, et il me semble qu'on est enfin parvenu à en convenir; mais quand cette idée serait aussi fausse qu'elle est vraie, l'illusion ne laisserait pas d'avoir encore ses avantages. On fera toujours d'autant plus d'efforts pour atteindre les Anciens qu'on désespérera moins de les passer.
Ibid.
Pour moi, je comprends qu'on peut être modeste, en espérant de passer les anciens. Il resterait encore assez de raisons de l'être pour ceux qui les passeraient en effet. Nous avons un avantage qui manquait aux anciens, puisqu'ils sont nos maîtres, et qu'ils n'en ont pas eu, du moins d'aussi parfaits. Un génie médiocre, formé sur leurs exemples, peut tenir lieu du génie excellent qu'ils ont eu sans autre secours, et enfin la perfection des ouvrages pourrait être de notre côté, que l'avantage du mérite personnel serait encore du leur.
La plupart des écrivains devraient rechercher un peu plus la nouveauté, au péril de donner moins d'ouvrages. Ils pensent que pour copier ce qu'ont dit de grands hommes, ils sont eux-mêmes de grands hommes. Mais le public ne s'y trompe pas comme eux, et il sait mépriser
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des auteurs qui ne lui disent que ce qu'il a cent fois admiré.
Qu'on ne dise pas qu'il n'y a plus de pensées nouvelles, et que depuis- que l'on pense, l'esprit humain a imaginé tout ce qui se peut dire. Je trouverais aussi raisonnable de croire que la nature s'est épuisée sur la différence des visages, et qu'il ne peut plus naître d'homme à l'avenir qui ne ressemble précisément à quelque autre qui ait été. L'expérience ne prouve que trop qu'avec cette ressemblance générale que les hommes conserveront toujours entre eux, ils ne laisseront pas d'avoir des difïérences considérables. Je crois de même que nos pensées, quoiqu'elles roulent toutes sur des idées qui nous sont communes, peuvent cependant par leurs circonstances, leur tour et leur application particulière, avoir à l'infini quelque chose d'original.
Ibid,