CONDORCET
Esquicse historique des progrès de l^esprit humain [ildo)
Les arts sont susceptibles d'un progrès îucîéflni, non seulement parce que les connaissances, la philosophie, la technique ne cessent de se perfectionner, mais aussi parce que les facultés physiques et morales de l'espèce humaine, transsnissibles par rhérédité, sont indéflniment perfectibles.
Les avantages réels qui doivent résulter des progrès dont on vient de montrer une espérance presque certaine, ne peuvent avoir de terme que celui du perfectionnement même de l'espèce humaine.
CoXDORCET, Esquisse d'un tableau historique des progrès de Vesprit humain (X® époque,)
En parlant des beaux arts dans la Grèce, en Italie, en France, nous avons observé déjà qu'il fallait distinguer, dans leurs productions, ce qui appartenait réellement aux progrès de l'art, et ce qui n'était dû. qu'au talent de l'artiste. Nous indiquerons ici les progrès que les arts doivent attendre encore soit de ceux de la philosophie et
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des sciences, soit des observations plus nombreuses, plus approfondies, sur l'objet, sur les effets, sur les moyens de ces mêmes arls, soit enfin de la destruction des préjugés qui en ont resserré la sphère, et qui les retieiment encore sous ce joug de l'autorité que les sciences et la philosophie ont brisé. Nous examinerons si, comme on l'a cru, ces moyens doivent ^'épuiser, parce que les beautés les plus sublimes ou les plus toucliantes ayant été saisies, les sujets les plus heureux ayant été traités, les combinaisons les plus simples et les plus frappantes ayant été employées, les caractères les plus fortement prononcés, les plus généraux ayant été tracés, les plus énergiques passions, leurs expressions les plus naturelles ou les plus vraies, les vérités les plus imposantes, les images les plus brillantes ayant été mises en œuvre, les arts sont condamnés, quelque fécond té qu'on suppose dans leurs moyens, à l'éternelle monotonie de l'imitation des premiers modèles.
Nous ferons voir que cette opinion n'est qu'un préjugé, né de l'habitude qu'ont les littérateurs et les artistes de juger les hommes au lieu de jouir des ouvrages; que si l'on doit perdre de ce plaisir réfléchi produit par la comparaison des productions des différents siècles ou des divers pays, par l'admiration qu'excitent les efforts ou les succès du génie, cependant les jouissances que donnent ces productions considérées en elles-mêmes doivent être aussi vives, quand même celui à qui on les doit aurait eu moins de mérite à s'élever jusqu'à celte perfection.
ïbid.
Nous pourrions donc conclure déjà que la perfectibilité de l'homme est indéfinie, et cependant, jusqu'ici, nous ne lui avons supposé que les mêmes facultés naturelles, la même organisation. Quelles seraient donc la certitude, l'étendue de ses espérances, si l'on pouvait croire que ses facultés naturelles elles-mêmes, cette orga-iisation,
sonl aussi susceplibles de s'amélinrer? et c'est la dernif're question qu'il nous reste à examiner.
La perfectibilité ou la dégénératinn organique des races dans les végétaux, dans les animaux, peut être reffardée comme une des lois générales de la nature.
Cette loi s'étend à l'espèce humaine...
... Les facultés physiques, la force, l'adresse, la finesse des sens, ne sont-elles pas au nombre de ces qualités dont le perfectionnement individuel peut se transmettre? L'oliservation des diverses races d'animaux domestiques doit nous porter à le croire, et nous pourrons le confirmer par des observations directes faites sur l'espèce humaine.
Enfin, peut-on étendre ces mêmes espérances jusque sur les facultés intellectuelles et morales ? Et nos parents, qui nous transmettent les avantages ou les vices de leur conformation, de qui nous tenons et les traits distinctifs de la figure, et les dispositions à certaines affections physiques, ne peuvent-ils pas nous transmettre aussi celte partie de l'organisation physique d'oîi dépendent l'intelligence, la force de tête, l'énergie de l'âme ou la sensibilité morale ? N'est-il pas vraisemblable que l'éducation, en perfectionnant ces qualités, influe sur cette même organisation, la modifie et la perfectionne ? L'analogie, l'analyse du développement des facultés humaines, et même quelques faits, semblentprouver la réalité de ces conjectures.