‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 26 sur 106 · Louis XIV · texte numérisé non relu

Louis XIV

et aussi magnifiques que les Romains les auraient pu faire en faveur des arts qui relèvent du dessin. Afin de donner aux jeunes gens nés avec le génie de la peinture, toutes les facilités imaginables pour perfectionner leurs talents, il a fondé pour eux une Académie dans Rome. Il leur a établi un domicile dans la pairie des beaux-arts. Les élèves qui jettent quelque lueur de pénie y sont entretenus assez longtemps pour avoir le loisir d'apprendre ce qu'ils sont capables de savoir. Cependant cinquante années de soin et de dépenses ont à peine produit trois ou quatre peintres, dont les ouvrages soient bien marqués au coin de Timmortalité.

On observera même que les trois peintres français qui firent un si ffrand honneur à notre nation sous le rèo-ne de Louis XIV ne devaient rien à ces établissements... En 1661, ce fut l'année où le roi Louis XIV prit lui-même les rênes du gouvernement, et oîi il commença son siècle, le Poussin avait soixante ans, et le Sueur était mort. Le Brun avait déjà quarante ans, et si la magnificence du prince l'a excité à travailler, ce n'est point elle qui l'a rendu capable d'exceller. Enfin la nature que Louis le Grand força tant de fois à plier sous ses volontés, a refusé constamment de lui obéir sur ce point-là. Elle n'a pas voulu produire dans son siècle la quantité d'habiles peintres qu'elle produisit d'elle-même dans le siècle de Léon X. Les causes physiques déniaient leur concours aux causes morales. Ainsi ce prince n'a pu voir en France une école comme celles qui se sont formées subitement en d'autres temps à Rome, à Venise et à Bologne.

Ihid.

Les arts et les lettres ne parviennent pas à leur perfection par un progrès lent et proportionné avec le temps qu'on en a employé à leur culture, mais bien par un progrès subit ^.

1. C'est la doctrine de \a mutation brusque qu'Hugo de Wries a substituée à l'idée d'évolution lente du Darwinisme, dans les sciences ualurelles.

Ils y parviennent quand les causes morales ne font rien pour leur avancement qu'elles ne fissent déjà depuis longtemps, sans qu'on aperçût aucun fruit bien sensible de leur activité. Les arts et les lettres retombent encore quand les causes morales font des efforts redoublés pour les soutenir dans le point d'élévation où ils étaient montés comme d'eux-mêmes.

Ibid.

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