CHAPITRE IV
L ADMIRATION DES ANGLAIS SUBSTITUEE A l'admiration des ANCIENS
TEXTES CITES
Le p. Joseph de Courbeville : Préface à sa traduction de La Critique « du théâtre anglais », de Jérémie Collier , 1715.
Béat de Mvralt : Lettres sur les Anglais et sur les Français, 1725.
Abbé Prévost : Mémoires d'un homme de qwilité, 1728.
Voltaire : Essai sur la poésie épique, 1728. — Siècle de Louis XIV, 1751.
FoNTENELLE : Préfacc générale de la tragédie et des six comédies. (Œuvres, nouv. éd., t. VII, 1751.)
Abbé Trublet : Essais, t. IV, 1760.
Il ne faut point d'autre éloge du livre de M. Collier que ce fracas vainement excité contre lui sur le Parnasse anglais. Pour moi, sitôt que j'appris par le Journal de Londres la nouvelle de celte guerre littéraire, j'eus une impatiente curiosité de Vwe l'ouvrage qui l'avait causée... Je l'eus à peine parcouru que je résolus en raoi-Ynêrae, et
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que je commençai presque aussitôt de le traduire en notre langue. Car j'avoue que re n'est m tin de mes amis, ni une personne de qualité, ni une espèce de défi (discours d'auteurs si rebattus dans les préfaces) qui m'ont engagé à ce travail. L'unique motif qui m'a porté à l'entreprendre, c'est le mérite de l'original si reconnu en Angleterre, que je me suis aisément persuadé que la traduction n'en déplairait pas en France : j'ai même cru (ju'elle pouvait être en quelque sorte nécessaire aux deux nations conjointement.
Les Français verront une critique judicieuse, savante, variée de différents traits qui sauvent les redites si ordinaires en ce genre d'écrire... Ils auront une idée juste du théâtre anglais, qu'il est à propos de ne pas ignorer, et (jui leur aété assez inconnu jusqu'ici . Car ce qu'en dit M. de Saint-Evremond n'est que comme un léger cra3'on qui n'estpas même ressemblant, au moins pour l'essentiel, « 11 n'y a point de comédie (ce sont ses termes) qui se conforme plus à celle des Anciens que l'anglaise, pour ce qui regarde les mœurs ».
Voilà en peu de mots un panégyrique bien glorieux au théâtre anglais, et capable d'inspirer de la jalousie à toutes les autres muses dramatiques, s'il est fondé sur le vrai. Mais en quelque sens que M. de Saint-Evremond prenne ici les Mœurs, c'est-à-dire, ou par rapport aux règles du théâtre, ou par rapport à celles de la morale, les mœurs de la comédie anglaise sont très conti'aires aux mœurs de la comédie des Anciens...
Il y a apparence qu'on s'en rapportera plus sur ce point à M. Collier, qui cite tous les anciens poètes avec lesquels il confronte ceux de sa nation, qu'on n'en croira M. de S. Evremond qui se cite tout seul, et qui de son propre aveu n'avait nulle teinture de la langue grecque... Il est donc vrai qu'on saura au juste et pour la première fois par celte traduction ce que c'est que le poème dramatique en Angleterre.
Un autre avantage, c'est qu'on sera désormais au fait
sur le goûl anglais, en matière de composition et d'où* vrages purement de belles-lettres...
Le p. Jos. DE CouRiîEviLLE, Préface à la trad. de « la Critique du théâtre anglais »
de Jéromie Collier.
Nous sommes venus de Paris à Lyon par la dili ^ence, en compagnie d'un abbé bel esprit et de quelques marchands. L'abbé lisait les Satires de M. D****. Les marchands écoutaient. M*** et moi, que ces autres prenaient pour des Anglais, écoutions sans rien dire. A la première couchée, Tabbé ne pouvant plus supporter notre silence, nous demanda si nous nvions lu les ouvrages de ce poète, ce qu'il nous en semblait, et s'il s'en trouvait dans notre pays qui le valussent. Nous lui répondîmes que nous les avions lus et lus avec plaisir, comme des livres fameux de ce temps, que nous y trouvions du bon plus que du mauvais, mais que cependant nous croyions que quelques poètes anglais avaient plus de génie que celui-là. MuRALT, Lettres sur les Anglais et sur les Français. Lettres sur les Français, 6.
Je ne dois pas oublier de vous dire que les Anglais réussissent dans les sciences, et que sur toutes sortes de sujets il y a de bons écrivains parmi eux. Gela ne me pa)aît pas surprenant : ils se sentent libres ; ils sont à à leur aise; ils aiment à faire usage de leur raison; ils négligent cette politesse dans le discours et cette attention aux manières, qui dissipe et rend l'esprit petit ; et enfin leur langue est riche et claire, difficilement un rien y paraît-il quelque chose. Quoiqu'il en soit, ils prétendent avoir devancé les autres nations dans les sciences de pas moins d'un siècle... Une autre de leurs prétentions, c'est qu'il doit se trouver chez eux plus d'esprit, ou de l'esprit d'une meilleure sorte que partout ailleurs.