VI PREFACE
Pas plus dans ce recueil que dans le précédent, nous n'avons prétendu attacher aux sommaire^ de nos chapitres une valeur dogmatique. Si nous nous sommes elloicés dy résumer aussi exactement que possible les textes recueillis, j de leur en faire exprimer la substance, nous nous gardons 1 de croire qu'ils constituent une histoire complète ou même suffisante de la lutte des idées littéraires au xviii^ siècle. Nous voudrions qu on les prît comme une méthode de classement. Et nous ne nous dissimulons pas que, même à ce point de vue, ils prêtent à la critique. Telle idée que nous avons rangée dans la première partie (querelle des anciens et des modernes) aurait pu tout aussi bien prendre place dans la seconde (l'esprit du xviii" siècle et l'idéal classique). Il y a toujours, dans toute classification, de l'arbitraire. iN'ous avons essayé qu il y en eût le moins possible. Les cinq par ties du présent recueil nous semblent reproduire assez exactement les divisions naturelles de notre matière. La querelle des anciens et des modernes, bien qu'elle soit étroitement associée et en quelque sorte par un rapport de cause à effet à la formation de l'esprit du xviii^ siècle, constitue cependant un tout qu'il est possible de considérer isolément et qui forme noire première partie. D'un autre côté, s'il est un fait littéraire qui caractérise la première moitié du xviii« siècle, c'est la bataille qui se livre autour de la poésie et de l'idéal classique. Devant la décadence des genres illustrés pai Racine, Molière, Boileau, et sous l'empire des préoccupations philosophiques et scientifiques qui possèdent alors les esprits, beaucoup d'écrivains et de critiques, les Fontenelle, les Lamolte, les Dubos, les Trublet, en viennent à ne voii dans la poésie qu'un langage artificiel et contraint, et la condamnent au nom du naturel et du bon sens. Ils ont pour eux des philosophes et des savants de marque, Duclos, Montesquieu, Bulfon. Mais la cause de la poésie trouve des champions; c'est La Chaussée, c'est La Paye, c'est Louis Racine, d'autres obscurs: surtout, c'est Voltaire. Voltaire est un bel exemple de ce que peut un homme de génie sur l'évolution littéraire. Il fait front de tous les côtés à la fois, guerroyant par la parole et par l'exemple, par le précepte et par les œuvres, et d'une ardeur irrésistible il entraîne son siècle récalcitrant et le ramène, vaincu, au pied des autels classiques. C'est à ce grand combat autour de la poésie et de