Servez d'antiques mets, sous des noms empruntés
A l'appéiit mourant des lecteurs di-goùtcs.
Mais surtout écrivez en prose poétique.
Voltaire, Les deux Siècles, 1771.
Voltaire a été lus tard d'un avis opposé.
Je ne réfuterai pas ici ceux qui ont été assez ennemis de la poésie pour avancer qu'il peut y avoir des poèmes eu prose : ce paradoxe paraît téméiaire à tous les gens de bon goût et de bon sens,
Marmontel, Préface pour la « Henriade ».
M. de Fonlenelle dit forraelleraent en plusieurs endroits de ses ouvrages que l'éloquence et la poésie sont peu de choses, etc.. Il me semble qu'il n'est pas trop nécessaire de défendre l'éloquence... A l'égard de la poésie, je ne crois pas qu'elle soit fort distincte de l'éloquence. Un grand ])oète ^ la nomme ['éloquence Iinrinoiùeuse : je me fais honneur de penser comme lui. Je sais bien qu'il peut y avoir dans la poésie de petits genres qui ne demandent que quelque vivacité d'imagination et l'art des vers; mais dira-t'ou que la physique est peu de chose, parce qu'il y a des parties de la physique qui ne sont pas d une grande étendue ou d'une grande utilité? La grande poésie demande nécessairement une grande imagination, avec un génie fort et plein de feu. Or, on n'a point cette grande imagination et ce génie vigoureux, sans avoir en même temps de grandes lumières et des passions ardentes qui éclairent l'âme sur toutes les choses du sentiment, c'est-à-dire sur la plus grande partie des olijets que l'homme connaît le mieux. Le génie qui fait les poètes est le même qui donne la connaissance du cœur de l'homme. Molière et Racine n'ont si bien réussi à peindre le genre humain, que parce qu'ils ont eu l'un et l'autre une grande imagination. Tout homme qui ne saura pas peindre fidèlement les passions, la nature, ne méritera pas le nom de grand poète. Ce mérite si essentiel ne le dispense pas d'avoir les autres ; Un grand poète est obligé d'avoir des idées justes, de conduire sagement tous ses ouvrages, de former dés plans réguliers et de les exécuter avec vigueur. Qui ne