CHAPITRE PREMIER
RÉACTION CONTRE LA. TRAGÉDIE DU XVIl" SIECLE (LAMOTTE, FÉNEi.ON, ETC.)
I — Le but de la tragédie n'est pas d'instruire, mais de toucher, d'ébranler fortement les passions (p. 170).
II. — C'est pourquoi l'essentiel de la tragédie est « l'action ». — Il faut bannir de la tragédie tout ce qui entrave l'action (p. 171).
A) Recherche de la multiplicité des incidents.
B) Recherche de « l'appareil, du spectacle » ; condamnation des récits, des monologues, des confidents.
C) Condamnation des règles, et spécialement de la règle des trois unités (et même de Tunité d'action, à laquelle il faut substituer l'unité d intérêt).
III. — Il faut rapprocher la tragédie de la vie, la rendre plus naturelle (p. 176).
A) Il faut des caractères simples.
£) Il faut faire parler les personnages en prose.
170 IDÉES ET DOCTIÎINES LITTÉHAIRES
TEXTES CITÉS
Crébillon : Electre, préface, 1715.
Féxeio.v; Lettre sur les occupations de l'Académie, 1716.
Abbé Trublet .' Essais sur divers sujets de littérature et de
— morale. (T. IV, 1760.)
La Motte ; Suite des Réflexions sur la tragédie, oie l'on répond à M. de Voltaire, 1730.
— Discours à l'occasion de la tiagédie de (.<Romu-
lus ». (Œuvres de théâtre, 1730).
— Discours à l'occasion de la tragédie d'à Inès ».
(Ibid.).
— Discours à l'occasion d'une scène de « Mithri-
date ». (Ibid*.
— Discours à l'occasion de la tragédie c?' « Œdipe ».
(Ibid.).
I. — Le but de la trag-éflîe n'est pas d'instruire, mais de toucher, débranler fortement les passions.
Si on concluait de tout ce que je viens de dire que les tragédies ne peuvent donc pas être d'un grand fruit pour les mœurs, la sincérité m'obligerait d'en demeurer d'accord. Nous ne nous proposons pas d'ordinaire d'éclairer l'esprit sur le vice et la vertu, en les peignant de leurs vraies couleurs ; nous ne songeons qu'à émouvoir les passions par le mélange de l'un et de l'autre. Nous mettons souvent les préjugés à la place des vertus. Dans les personnages intéressants, nous faisons presque aimer les faiblesses par l'éclat des vertus que nous y joignons. Dans les personnages odieux, nous affaiblissons l'horreur du crime par de grands motifs qui les relèvent ou de grands mallieurs qui les excusent. Tout cela ne va que bien indirectement à l'instruction j et c'est ce qui a fait dire à une dame illustre,* dans les avis qu'elle donne à