‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 40 sur 106 · LE CONTINUATEUR DE RACINE · texte numérisé non relu

LE CONTINUATEUR DE RACINE

V — Racine est le modèle qu'il faut imiter. La tragfcdie doit avant tout « parler au cœur ». L'amour, pourvu qu'il soit peint dans toute sa force, est la passion trag-ique par excellence. Mais les sentiments naturels (amour maternel, flliaL ambition, etc.), peuvent produire des émotions tragiques aussi et même plus violentes.

Athalie est peut-être le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Trouver le secret de faire en France une tragédie intéressante sans amour, oser faire parler un enfant sur le théâtre, et lui prêter des réponses dont la candeur et la simplicité nous tirent des larmes, n'avoir presque pour acteurs principaux qu'une vieille femme et un prêtre, remuer le cœur pendant cinq actes avec ces faibles moyens, se soutenir surtout (et c'est là le grand art) par une diction toujours pure, toujours naturelle, et auguste, souvent sublime; c'est là ce qui n'a été donné qu'à Racine, et qu'on ne reverra probablement jamais. Voltaire, les Guébres, Discours historique et critique.

Racine, celui de nos poètes qui approcha le plus de la perfection, ne donna jamais au public aucun ouvrage sans avoir écouté les conseils de Boileau et de Patru : aussi c'est ce véritablement grand homme qui nous enseigna par son exemple l'art difficile de s'exprimer toujours naturellement, malgré la gêne prodigieuse de la rime; de faire parler le cœur avec esprit sans la moindre ombre d'affectation ; d'employer toujours le mot propre, souvent inconnu au public étonné de l'entendre.

Invenit verba quibus debercnt loqai, dit si bien Pétrone : « Il inventa l'art de s'exprimer ».

Il mit dans la poésie dramatique cette élégance, celte harmonie continue qui nous manquait absolument, ce charme secret et inexprimable, égal à celui du quatrième livre de Virgile, cette douceur enchanteresse qui fait que, quand vous lisez au hasard dix ou douze vers d'une de ses pièces, un attrait irrésistible vous force de lire tout le reste.

C'est lui qui a proscrit chez tous les gens de goût, et malheureusement chez eux seuls, ces idées gigantesques et vides de sens, ces apostrophes continuelles aux dieux, quand on ne sait pas faire parler les hommes ; ces lieux communs d'une politique ridiculement atroce, débiles dans un style sauvage; ces épithètes fausses et inutiles; ces idées obscures plus obscurément rendues; ce style aussi dur que négligé, incorrect et barbare; enfin tout ce que j'.ii vu applaudi par un parterre composé alors de jeunes gens dont le goût n'était pas encore formé.

Je ne parle pas de l'artifice imperceptible des poèmes de Racine, de son grand art de construire une tragédie, de renouer l'intérêt par des moyens délicats, de tirer un acte entier d'un seul sentiment; je ne parle que de l'art d'écrire...

Voltaire, Irène, Lettre à l'Académie française.

La foule de nos faibles tragédies effraie... Nos bonnes pièces, ou du moins celles qui, sans être bonnes, ont des scènes excellentes, se réduisent à une vingtaine tout au plus; mais aussi, j'ose dire que ce petit nombre d'ouvrages admirables est au-dessus de tout ce qu'on a jamais fait en ce genre, sans en excepter Sophocle et Euripide.

C'est une entreprise si difficile d'assembler dans un même lieu des héros de l'antiquité, de les faire parler en vers français, de ne leur faire jamais dire que ce qu'ils ont dû dire, de ne les faire entrer et sortir qu'à propos,

de faire verser des larmes pour eux, de leur prêter un langage enchanteur qui ne soit ni ampoulé ni fauiilicr, d'être toujours décent et toujours intéressant qu'un tel ouvrage est un prodige, et qu'il faut s'étonner qu'il y ait en France vingt prodiges de cette espèce.

Parmi ces chefs-d'œuvre, ne faut-il pas donner, sans difficulté, la préférence à ceux qui parlent au cœur sur ceux qui ne parlent qu'à l'esprit? Quiconque ne veut qu'exciter l'admiration peut faire dire : Voilà qui est beau; mais il ne fera point verser des larmes. Quatre ou cinq scènes bien raisonnées, fortement pensées, majestueusement écrites, s'attirent une espèce de vénération; mais c'est un sentiment qui passe vite et qui laisse l'âme tranquille. Ces morceaux sont de la plus grande beauté, et d'un genre même que les anciens ne connurent jamais; ce n'est pas assez, il faut plus que de la beauté. Il faut se rendre maître du cœur par degrés, l'émouvoir, le déchirer, et joindre à cette magie les règles de la poésie, et toutes celles du théâtre qui sont presque sans nombre. Voltaire, Dict. pliilos., art. Art dramatique.

Les censures de réflexion n'ôtent jamais le plaisir du sentiment. Que la sévérité blâme Racine, tant qu'elle voudra, le cœur vous lamènera toujours à ses pièces. Voltaire, Irène, Lettre à l'Académie française.

Ce sont les passions qui font l'âme de la tragédie. Par conséquent un héros ne doit point prêcher, et doit peu raisonner. Il faut qu'il sente beaucoup et qu'il agisse. Voltaire, Remarques sur ie 1^^ discours du poème dramatique de Corneille.

Vouloir de l'amour dans toutes les tragédies me paraît un goût efféminé; l'en proscrire toujours est une mauvaise humeur bien déraisonnable...

L'amour dans une tragédie n'est pas plus un défaut essentiel que dans l'Enéide; il n'est à reprendre que

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quand il est amené mal à propos, ou traité sans art... Pour que l'amour soit digne du théâtre tragique, il faut qu'il soit le nœud nécessaire de la pièce, et non qu'il soit amené par force pour remplir le vide de vos tragédies et des nôtres qui sont toutes trop longues ; il faut que ce soit une passion véritablement tragique, regardée comme une faiblesse, et combattue par des remords; il faut ou que l'amour conduise aux malheurs et aux crimes, pour faire voir combien il est dangereux, ou que la vertu en triomphe, pour montrer qu'elle n'est pas invincible, sans cela ce n'est plus qu'un amour d'Eglogue ou de Comédie. Voltaire, Discours sur la tragédie, Brutus.

Vous n'aurez point ici ce poison si flatteur

Que la main de l'amour apprête avec douceur.

Souvent, dans l'art d'aimer, Melpomène avilie

Farda ses nobles traits du pinceau de Thalie :

On vit des courtisans, en héros déguisés.

Pousser de froids soupirs en madrigaux usés.

Non, ce n'est point ainsi qu'il est permis qu'on aime :

L'amour n'est excusé que lorsqu'il est extrême.

Mais ne vous plairiez-vous qu'aux fureurs des amants?

A leurs pleurs, à leur joie, à leurs emportements ?

N'est-il point d'autres coups pour ébranler une âme?

Sans les flambeaux d'amour, il est des traits de flamme.

Il est des sentiments, des vertus, des malheurs,

Qui d'un cœur élevé savent tirer des pleurs.

Aux sublimes accents des chantres de la Grèce,

On s'attendrit en homme, on pleure sans faiblesse.

Voltaire, Eripliile (Discours).

Il faut convenir que d'environ quatre cents tragédies qu'on a données au théâtre depuis qu'il est en possession de quelque gloire en France, il n'y en a pas dix ou douze qui ne soient fondées sur une intrigue d'amour, pli s propre à la comédie qu'au genre tragique. C'est presque toujours la même pièce, le même nœud, formé par une

jalousie et une rupture, et dénoué par un mariage; c'est une galanterie continuelle, une simple comédie, où des princes sont acteurs, et dans laquelle il y a quelquefois du sang répandu pour la forme...

La scène française s'est lavée de ce reproche par quelques tragédies où l'amour est une passion furieuse et terrible et vraiment digne du théâtre, et par d'autres, où le nom d'amour nest pas même prononcé. Jamais l'amour n'a fait verser tant de larmes que la nature. Le cœur n'est qu'effleuré, pour l'ordinaire, des plaintes d'une amante; mais il est profondément attendri de la douloureuse situation d'une mère, prête de perdre son fils... La route de la nature est cent fois plus sûre, comme plus noble.

Voltaire, Dissertation sur la tragédie [Sémiramis).

Si Zaïre a eu quelque succès, je le dois beaucoup moins à la beauté de mon ouvrage, qu'à la prudence que j'ai eu de parler d'amour le plus tendrement qu'il m'a été possible. J'ai flatté en cela le goût de mon auditoire : on est assez sûr de réussir quand on parle aux passions des gens plus qu'à leur raison; on veut de lamour, quelque bon chrétien que l'on soit, et je suis très persuadé que bien en prit au grand Corneille de ne s'être pas borné dans son Polyeucte à faire casser les statues de Jupiter par les néophytes...

Même aventure à peu près est arrivée à Zaïre. Tous ceux qui vont aux spectacles, m'ont assuré que si elle n'avait été que convertie, elle aurait peu intéressé; mais elle est amoureuse de la meilleure foi du monde, et voilà ce qui a fait sa fortune.

Voltaire, Zaïre (i'« Épître à Falkener).

Qu'une Phèdre, dont le caractère est le plus théâtral qu'on ait jamais vu, et qui est presque la seule que l'antiquité ait représentée amoureuse; qu'une Phèdre, dis-je,

étale les fureurs de cette passion funeste ; qu'une Roxane, dans l'oisiveté du sérail, s'abandonne à l'amour et à la jalousie; qu'Ariane se plaigne au ciel et à la terre d'une infidélité cruelle; qu'Orosraane tue ce qu'il adore : tout cela est vrainaent tragique. L'amour furieux, criminel, malheureux, suivi de remords, arrache de nobles larmes. Point de milieu : i4 faut, ou que l'amour domine en tyran, ou qu'il ne paraisse pas; il n'est point fait pour la seconde place. Mais que Néron se cache derrière une tapisserie pour entendre les discours de sa maîtresse et de son rival; mais que le vieux Mithridate se serve d'une ruse comique pour savoir le secret d'une jeune personne aimée par ses deux enfants; mais que Maxime, même dans la pièce de Cnna, si remplie de beautés mâles et vraies, ne découvre en lâche une conspiration si importante que parce qu'il est irabécileraent amoureux d'une femme dont il devait connaître la passion pour Cinna... tout cela est petit et puéril, il le faut dire hardiment... Uii amour qui n'est pas furieux est froid.

Voltaire, Oreste, Epître à la duchesse du Maine.

2" Défense des trois unités, « règ-Ies fondamentales du théâtre » .

Qu'est-ce qu'une pièce de théâtre ? La représentation d'une action. Pourquoi d'une seule, et non de deux ou trois? C'est que l'esprit humain ne peut embrasser plusieurs objets à la fois; c'est que l'intérêt qui se partage s'anéantit bientôt; c'est que nous sommes choqués de voir même dans un tableau deux événements; c'est qu'enfin la nature seule nous a indiqué ce précepte, qui doit être invariable comme elle.

Par la même raison, l'unité de lieu est essentielle; car une seule action ne peut se passer en plusieurs lieux à la fois. Si les personnages que je vois sont à Athènes au premier acte, comment peuvent-ils se trouver en Perse

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au secqnd 3 M. Le Brun a-t-il peint Alexandre à Arbelles et c}ans les Ititjeg sur la même toile ? « Je ne serais pas étonné, dit adrojtempnt M. de La Motte, qu'une main sensée, mais moins amie des règles, s'accommodât de voir Coriolan condamné à Rome au premier acte, reçu chez les Yolsques au troisième, et assiégeant Rome avj quatrième, ptc. » Premièrement, je ne connais point qu'un peuple sensé et éclairé ne (ût pas ami des règles toutes puisées dans le bon sens, et toutes faites pour son plaisir. Secondement, qui ne sent que voilà trois tragédies et qu'un pareil projet, fut-il exécuté même en beaux vers, ne serait jamais qu'une pièce de Jodelle ou de Hardy, versifiée par un moderne habile ?

L'unité des temps est jointe naturellement aux deux premières. En voici, je crois, une preuve bien sensible. J'assiste à une tragédie, c'est-à-dire à la représentation d'une actipri. Le sujet est l'accomplissement de celte action unique. On conspire contre Auguste dans Rome ; je veux savoir ce qui va arriver d'Auguste et des conjurés. Si le poète fait durer l'action quinze jours, il doit me rendre compte de ce qui se sera passé dans ces quinze jours; car je suis là pour être informé de ce qui se passe, et rien ne doit arriver d'inutile. Or, s'il met devant mes yeux quinze jours d'événements, voilà au moins quinze actions différentes, quelques petites qu'elles puissent être. Ce n'est plus uniquement cet accomplissement de la conspiration auquel il fallait marcher rapidement; c'est une longue histoire qui ne sera plus vive, parce que tout sera écarté du moment de la décision qui est le seul que j'attends. Je ne suis point venu à la comédie pour entendre l'histoire d'un héros, mais pour voir un seul événement de sa vie. 11 y a plus. Le spectacle n'est que de trois heures à la comédie, il ne faut donc pas que l'action dure plus de trois heures. Cinna, Andromaque, Bajazet, Œdipe, soit celui dij grand Corneille, soit celui de M. de La Motte, soit même le mien, si j'ose en parb.r, ne durent pas davantage,

Si quelques autres pièces exigent plus de temps, c'est une licence qui n'est pardonnable qu'eu faveur des beautés de l'ouvrage; et plus cette licence est grande, plus elle est faute.

Nous étendons souvent l'unité de temps jusqu'à vingtquatre heures, et l'unité de lieu à l'enceinte de tout un palais. Plus de sévérité rendrait quelquefois d'assez beaux sujets inipraticables, et plus d'indulgence ouvrirait la carrière à de trop grands abus. Car s'il était une fois établi qu'une action théâtrale pût se passer en deux jours, bientôt quelque auteur y emploierait deux semaines, et un autre deux années; et si l'on ne réduisait pas le lieu de la scène à un espace limité, nous verrions en peu de temps des pièces telles que l'ancien Jules César des Anglais, où Cassius et Brutus sont à Rome au premier acte, et en Thessalie dans le cinquième.

Ces lois observées non seulement servent à écarter des défauts, mais elles amènent de vraies beautés; de même que les règles de la belle architecture, exactement suivies, composent nécessairement un bâtiment qui plaît à la vue. On voit qu'avec l'unité d'action, de temps et de lieu, il est bien difficile qu'une pièce ne soit pas simple; aussi voilà le mérite de toutes les pièces de M. Racine, et celui que demandait Aristote. M. de La Motte, en défendant une tragédie de sa composition, préfère à cette noble simplicité la multitude des événements; il croit son sentiment autorisé par le peu de cas qu'on fait de Bérénice, par l'estime oii est encore le Cid. Il est vrai que le Cid est plus touchant que Bérénice; mais Bérénice n'est condamnable que parce que c'est une élégie plutôt qu'une tragédie simple; et le Cid, dont l'action est véritablement tragique, ne doit point son succès à la multitude des événements; mais il plaît, malgré cette multiplicité, comme il touche malgré l'Infante, et non pas à cause de l'Infante.

Voltaire, Préface à l'édilion d'Œdipe de 1730.

3° Liaison des scènes.

Les Grecs auraient appris de nos grands modernes à faire des expositions plus adroites, à lier les scènes les unes aux autres par cet art imperceptible qui ne laisse jamais le théâtre vide, et qui fait venir et sortir avec raison les personnages; c'est à quoi les anciens ont souvent manqué.

Voltaire, Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne (en tête de Séiniramis).

A° Le vers est la principale beauté de la trag-édie. \on seulement la trag^édie ne doit pas être écrite en prose, mais les vers blancs n'y sauraient être admis.

M. de la Motte prétend qu'au moins une scène de tragédie mise en prose ne perd rien de sa grâce ni de sa force. Pour le prouver, il tourne en prose la première scène de Mitliridate, et personne ne peut la lire. Il ne songe pas que le grand mérite des vers est qu'ils soient aussi naturels, aussi corrects que la prose. C'est celte extrême difficulté surmontée qui charme les connaisseurs. Réduisez les vers en prose, il n'y a plus ni mérite, ni plaisir.

Mais, dit-il, nos voisins ne riment point dans leurs tragédies. Cela est vrai; mais ces pièces sont en vers, parce qu'il faut de l'harmonie à tous les peuples de la terre. Il n.i s'agit donc plus que de savoir si nos vers doivent être rimes ou non. MM. Corneille et Racine ont employé la rime; craignons que, si nous voulons ouvrir une autre carrière, ce ne soit plutôt par l'impuissance de marcher dans celle de ces grands hommes, que par le désir de la nouveauté.

Voltaire, Préface à l'édition d'Œdipe de 1730.

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Par quelle raison est-il impossible de lire la Bérénice de Corneille? Par quelle raison esl-elle au-dessous des pièces de Pradon, de Riupérous, de Danchet, de Pécliantré, de Pellegrin ? et d'où vient que celle de Racine se fait lire avec tant de plaisir, à quelques fadeurs près ? d'où vient qu'elle arrache des larmes?... C'est que les vers sont bons : ce mot comprend tout, sentiment, vérité, décence, naturel, pureté de diction, noblesse, force, harmonie, élégance, idées profondes, idées fints, surtout idées claires, images touchantes, images terribles, ettou ours placées à propos. Otez ce mérile à la divine tragédie d'At/ialie, il ne lui restera rien; ôtez ce mérile au quatrième livre de l'Enéide, et au discours de Priatn à Achille, dans Homère, ils seront insipides.

Voltaire, Don Pèdre, fragment d'un discours historique et critique sur Don Pèdre.

Je dois ajouter à cet extrême mérite d'émouvoir pendant cinq actes, le mérite plus rare, et moins senti, de vaincre pendant cinq actes la difficulté de la rime et de la mesure, au point de ne pas laisser échapper une seule ligne, un seul mot qui sente la moindre gène, quoiqu'on ait été continuellement gêné. C'est à ce coin que sont marqués le peu de bons vers que nous avons dans notre langue. Madame Montagne * compte pour rien cette difficulté surmontée. Mais, Madame, oubliez-vous qu'il n'y a jamais eu sur la terre aucun art, aucun amusement même où le prix ne fût attaché à la difficulté?...

Il est donc bien étrange, et j'ose dire bien barbare, de vouloir ôter à la poésie ce qui la distingue du discours ordinaire. Les vers blancs n'ont été inventés que par la paresse et l'impuissance de faire des vers rimes, comme le célèbre Pope me l'a avoué vingt fois. Insérer dans une

t. Auteur d'une Apologie de Shakespeare, en réponse à la Lettre de Voltaire à l'Acadéniie, du 25 août 1776, dans laquelle Voltaire critiquait le grand tragique anglais.

tragédie des scènes entières en prose, c'est l'aveu d'une impuissance encore plus honteuse.

Voltaire, Irène, Lettre à l'Académie.

Il y a encore dans cette pièce une autre nouveauté qui me paraît mériter d'être perfectionnée; elle est écrite en vers croisés. Cette sorte de poésie sauve l'uniformité de la rime; mais aussi ce genre d'écrire est dangereux, car tout a sonécueil... Et la sorte de vers que j'ai employés dans Tancrède approche peut-être trop de la prose. Ainsi il pourrait arriver qu'en voulant perfectionner la scène française, on la gâterait entièrement. Il se peut qu'on y ajoute un mérite qui lui manque, il se peut qu'on la corrompe.

Voltaire, Tancrède. épître dédicatoire à madame de Pompadour.

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