La Mort de César, III
2 Sém.ramis. V, 2 et 8.
3. Le comte de Lauraguais avait racheté de ses deniers à l'Administration (lu Théâtre-Français le droit de mettre des banquettes sur la scène mcme.
IDEliS ET ûOCritlNES LITTERAIRES
d'un appareil convenable, et qu'il faut frapper l'ârae et les yeux à la fois.
Voltaire, Tancrcde, épître déJicatoire à madame de Pompadour,
Ces grands tableaux, que les anciens regardaient comme une partie essentielle de la tragédie, peuvent aisément nuire au théâtre en France, en le réduisant à n'être presque qu'une vaine décoration. Ainsi il pourrait arriver qu'en voulant perfectionner la scène française, on la gâterait entièrement.
Ibid.
Je ne suis point du tout de votre avis, ma belle Melpomène, sur le petit ornement de la Grève, que vous me proposez. Gardez-vous, je vous en conjure, de rendre la scène française dégoûtante et horrible, et contentez-vous du terrible. N'imitons pas ce qui rend les Anglais odieux. Jamais les Grecs, qui entendaient si bien l'appareil du spectacle, ne se sont avisés de cette invention de barbares. Quel mérite y a-t-il, s'il vous plaît, à faire construire un échafaud par un menuisier ? en quoi cet échafaud se lie-t-il à l'intrigue ? Il est beau, il est noble de suspendre des armes et des devises. Il en résulte qu'Orbassan, voyant le bouclier de Tancrède sans armoiries, et sa cotte d'armes sans faveurs des belles, ci'oit avoir bon marché de son adversaire; on jette le gage de bataille, on le relève; tout cela forme une action qui sert au nœud essentiel de la pièce. Mais d'y faire paraître un échafaud, pour le seul plaisir d'y mettre quelques valets de bourreau, c'est déshonorer le seul art par lequel les Français se distinguent; c'est immoler la décence à la barbarie; croyez-en Boileau qui dit :
Mais il est des objets que l'arl judicieux. Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux K
l.Art poétique, ch. ni ,53,
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Ce grand homme en savait plus que les beaux esprits de nos jours.
J'ai crié, trente ou quarante ans, qu'on nous donnât du spectacle dans nos conversations en vers, appelées tragédies; mais je crierais bien davantage si on changeait la scène en place de Grève. Je vous conjure de rer jeter cette abominable tentation.
VoLTAiHE, Lettre à Mlle Clairon, 16 octobre 1700.
Ce spectacle ferait peut-être un bel effet au théâtre, si jamais la pièce pouvait être représentée. Ce n'est pas qu'il y ait aucun mérite à faire paraître des prêtres et des prêtresses, un autel, des flambeaux, et toute la cérémonie d'un mariage; cet appareil, au contraire, ne serait qu'une misérable ressource, si d'ailleurs il n'excitait pas un grand intérêt, s'il ne formait pas une situation, s'il ne produisait pas de l'étonneraent et de la colère dans Antigone, s'il n'était pas lié avec les desseins de Cassandre, s'il ne servait à expliquer le véritable sujet de ses expiations. C'esttout cela ensemble qui forme une situation. Tout appareil dont il ne résulte rien est puéril. Qu'importe la décoration au mérite d'un poème.^ Si le succès dépendait de ce qui frappe les yeux, il n'y aurait qu'à montrer des tableaux mouvants. La partie qui regarde la pompe du spectacle est sans doute la dernière; on ne doit pas la négliger, mais il ne faut pas trop s'y attacher...
Si le cœur n'est pas ému par la beauté des vers, par la vérité des sentiments, les yeux ne seront pas contents de ces spectacles prodigués; et, loin de les applaudir, on les tournera en ridicule, comme de vains suppléments qui ne peuvent jamais remplacer le génie de la poésie. Voltaire, Olympie, note 1 de la se. iv, acte \".
S** 11 faut étendre le champ des sujets,
exploiter Thistoire de France, celle des Américains, des Scythes, des Persans.
Si vous permettez que les Français soient vos maîtres en galanterie, il y a bien des choses, en récompense, que nous pourrions prendre de vous. C'est au théâtre anglais qne je dois la hardiesse que j'ai eue de mettre sur la scène les noms de nos rois et des anciennes familles du royaume. Il me paraît que cette nouveauté pourrait être la source d'un genre de tragédie qui nous est inconnu jusqu'ici, et dont nous avons besoin. Il se trouvera sans doute des génies heureux qui perfectionneront cette idée, dont Zaïre n'est qu'une faible ébauche.
Voltaire, Zaïre (!"'« Epître à Falkener).
Une chose à mon sens assez étrange, c'est que les grands poètes tragiques d'Athènes aient si souvent traité des sujets où la nature étale tout ce qu'elle a de touchant, une Electre, une Iphigénie, une Mérope, un Alcraéon, et que nos grands modernes, négligeant de tels sujets, n'aient presque traité que l'amour, qui est souvent plus propre à la comédie qu'à la tragédie.
Voltaire, Oreste, Epître à la duchesse du Maine.
Je ne saurais trop recommander qu'on cherche à mettre sur notre scène quelques parties de notre histoire de France. On m'a dit que les noms des anciennes maisons qu'on retrouve dans Zaïre, dans le Duc de Foix, dans Tancrcde, ont fait plaisir à la nation. C'est peutêtre un nouvel aiguillon de gloire pour cecx qui descendent de ces races illustres. Il me semble qu'après avoir fait paraître tant de héros étrangers sur la scène, il nous manquait d'y montrer les nôtres.
Voltaire, Tancrède^ Epître à madame de Pompadour.
Pour donner au public un peu de ce neuf qu'il demande
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toujours, et que bientôt il sera iujpossible de trouver, un amateur du théâtre a été forcé de mettre sur la scène l'ancienne chevalerie % le contraste des Mahoinétans et des C/iréticns^^ celui des Américains et des Espagnols *, celui des Chinois et des Tartares *. Il a été forcé de joindre à des passions si souvent exprimées, des mœurs que nous ne connaissions pas sur la scène.
On hasarde aujourd'hui le tableau contrasté des anciens ScytJies et des anciens Persans^ qui peut-être est la peinture de quelques nations modernes. C'est une entreprise un peu téméraire d'introduire des pasteurs, des laboureurs avec des princes, et de mêler les mœurs champêtres avec celles des cours.
Mais enfin cette invention théâtrale (heureuse ou non) est puisée entièrement dans la nature. On peut même rendre héroïque cette nature si simple ; on peut faire parler des pâtres guerriers et libres, avec une fierté qui s'élève au-dessus de la bassesse que nous attribuons très injustement à leur état, pourvu que cette fierté ne soit jamais boursouflée; car qui doit l'être? Le boursouflé, l'ampoulé ne convient pas même à César. Toute grandeur doit être simple.
Voltaire, les Scythes, Préface.
4° La trag"édîe doit faire aimer la vertu^ inspirer l'horreur du fanatisme, de la persécution, et l'amour du bien public.
On a tâché dans cette tragédie toute d'invention et d'une espèce assez neuve, de faire voir combien le véritable esprit de religion l'emporte sur les vertus de la nature.
La religrion d'un barbare consiste à offrir à ses dieux