‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 44 sur 106 · L'Orphelin de la Chine · texte numérisé non relu

L'Orphelin de la Chine

le sang de ses ennemis. Un chrétien mal instruit n'est souvent guère plus jusle. Etre fidèle à quelques pratiques inutiles, et infidèle aux vrais devoirs de l'homme; faire certaines prières, et garder ses vices ; jeûner, mais haïr, cahaler, persécuter, voilà sa religion. Celle du chrétien véritable est de regarder tous les hommes comme ses frères, de leur faire du bien et de leur pardonner le mal. Tel est Gusman au moment de sa mort; tel Alvarez dans le cours de sa vie; tel j'ai peint Henri IV, même au milieu de ses faiblesses.

On trouvera dans presque tous mes écrits ceite humanité qui doit être le premier caractère d'un être pensant; on y verra... le désir du bonheur des hommes, l'horreur de l'injustice et de l'oppression; et c'est cela seul qui a jusquici tiré mes ouvrages de l'obscurité où leurs défauts devaient les ensevelir.

Voltaire, Alzire, discours préliminaire.

Il se trouva... quelques personnes qui... dirent que la pièce était un ouvrage très dangereux, fait pour former des Ravaillac et des Jacques Clément.

On est bien surpris d'un tel jugement. .. Ce serait dire qu'Hermione enseigne à assassiner un roi, qu'Electre apprend à tuer sa mère, que Cléopâtre et Médée montrent à tuer leurs enfants; ce serait dire qu'Harpagon forme des avares; le Joueur^ des joueurs; Tartufe, des hypocrites. L'injustice même contre Mahomet serait bien plus grande que contre toutes ces pièces; car le crime du faux prophète y est mis dans un jour beaucoup plus odieux que ne l'est aucun des vices et des dérèglements que toutes ces pièces représentent. C'est précisément contre les Ravaillac et les Jacques Clément que la pièce est composée... Est-il possible qu'on ait pu faire un tel reproche à l'auteur de la Henriade, lui qui a élevé sa voix si souvent, dans ce poème et ailleurs, je ne dis pas seu ■ lement contre de tels attentats, mais contre toutes les maximes qui peuvent y conduire ?

J'avoue que plus j'ai lu les ouvrages de cet écrivain' plus je les ai trouvés caraclérisés par l'amour du bien public. Il inspire partout l'horreur contre les eraporteraents de la rébellion, de la persécijtion et du fanatisme. Y a-t-il un bon citoyen qui nadopte toutes les maximes de la Henriade ? Ce jjoème ne fait-il pas aimer la vertu ?

Voltaire, le Fanatisme^ ou Maliomet, avis de l'éditeur.

Les aventures intéressantes ne sont rien quand elles ne peignent pas les mœurs ; et cette peinture, qui est un des plus grands secrets de l'art, n'est encore qu'un amusement frivole quand elle n'inspire pas la vertu.

Voltaire, V Orphe'in de la Chine, Epître au maréchal de Richelieu.

M. D. M. ^, en composant cet ouvrage, n'eut d'autre vue que d'inspirer la charité universelle, le respect pour les lois, l'obéissance des sujets aux souverains, l'équité et l'indulgence des souverains pour leurs sujets...

Enfin la morale la plus pure et la félicité publique sont l'objet et le résultat de cette pièce.

Voltaire, les Guèbres ou la Tolérance, Préface de l'éditeur.

Cette pièce n'est pas une tragédie ordinaire dont le seul but soit d'occuper pendant une heure le loisir des spectateurs, et dont le seul mérite soit d'arracher, avec le secours d'une actrice, quelques larmes bientôt oubliées. L'auteur n'a point cherché de vains applaudissements, qu'on a si souvent prodigués sur le théâtre aux plus mauvais ouvrages encore plus qu'aux meilleurs.

Il a seulement voulu employer un faible talent à inspirer, autant qu'il est en lui, le respect pour les lois, la

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