CHAPITRE III
CRÉBILLOX LE TRAGIQUE
La trajçédie doit être terrible, et conduire à la pitié par des imag-es funestes et par la terreur.
TEXTES CITES
Crébillon : Atrée et Thyeste, préface, 1715.
— OEuvres, éd. de 1750, préface.
La Chaussée ; Epitre de C/îo, 1731.
Le poème tragique, supposé que je le connaisse bien, est, pour ainsi dire, le rendez-vous de toutes les passions ; pourquoi en chasserions-nous l'amour, qui est souvent le mobile de toutes les passions ensemble?... Que l'on blâme les analyses perpétuelles que nous faisons des sentiments amoureux, ces délicatesses, ces recherches puériles qui affadissent le cœur au lieu de l'émouvoir, et qui enlaidissent l'amour, loin de l'embellir, je passe condamnation... Mais que nous le représentions impétueux, violent, injuste, malheureux, capable de nous porter aux plus grands crimes ou aux actions les plus vertueuses, l'amour alors deviendra la plus grande ressource du théâtre; j'oserai même soutenir qu'il
est dangereux de s'en passer, el que, si l'on venait à le supprimer, ce serait priver la tragodie de l'objet le plus intéressant et le plus capable de bien exercer sa morale. Grébillon, Œuvres, éd. 1750, préface.
Je vois bien que j'ai eu tort de concevoir trop fortement la tragédie comme une action funeste qui devait être présentée aux yeux des spectateurs sous des images intéressantes; qui doit les conduire à la pitié par la terreur : mais avec des mouvements et des traits qui ne blessent ni leur délicatesse, ni les bienséances.
Grébillon, Atrée et Thyeste, préface.
Mais tu connais sa valeur poétique :
D'un nouveau genre inventeur dramatique,
Quand il lui plaît, Melpomène en fureur
Répand l'effroi, l'épouvante et l'horreur,
Fait ruisseler le sang avec les larmes,
Dans la terreur nous fait trouver des charmes
Que jusqu'alors les timides rimeurs
N'ont p^int eu l'art d'ajuster à nos mœurs.
La Chaussée, Épiire de Clio.