VIII PREFACE
production liltcraire, cette correspondance n'est ni absolue, ni constante. C'est le cas — et un cas parliciilièr;>naenl Irappant — pour le xviii* siècle pris dans son ensemiile.
Pourtant, que l'on ne se hâte pas trop de condamner notre dessein et que l'on ne nous accuse pas d'avoir exliumé, dans ce volume, un fatras inutile à la connaissance, qui seule importe, des chefs-d'œuvre littéraires. On verra peut-être en effet, en lisant les textes que nous avons réunis, que si les écrits théoriques du xviii* siècle ne nous rendent compte que médiocrement des chefs-d'œuvre de Montesquieu, de BufTon, de Rousseau, en revanche ils éclairent d'un jour assez vif ceux du XIX* siècle, du moins ceux de Victor Hugo, de Lamartine, et, d'une manière générale, de nos romantiques. On a coutume de s'inquiéter surtout des origines étrangères du romantisme, et, pour ce qui est des origines françaises, on ne remonte guère au delà de Mme de Staël, On verra, en parcourant ce volume, que Mme de Staël n'a fait, sur bien des points, que résumer et condenser, sans y ajouter grand chose, les idées littéraires de notre xviii^ siècle. I.a plupart des vues de la Préface de Cromwell remontent, par delà le livre de \' Allemagne, jusqu'à Mercier, Beaumarchais, VMncyclopédie, Diderot, Voltaire, et même Lamotte. C'est ;i Diderot, plus qu'à Mme de Staël, que les romantiques empruntent leur conception de 1 homme de génie. Les théories de Marmontel, de l'abbé Batteux, de la Harpe sur le merveilleux chrétien ouvrent la voie au christianisme de Chateaubriand. Enfin les idées de Gouge de Cessières. de Delille, de Saint-Lambert sur la poésie descriptive sont la première ébauche des théories de 1830 sur la rénovation de la langue et comme le germe, chétif encore si l'on veut, mais eohn le germe de la célèbre pièce de Hugo : Réponse à un acte d'accusation. Ainsi les discussions littéraires du xviii^ siècle, si elles n'ont pu porter de fruits en leur temps, ont été du moins la préparation lointaine et comme l'élaboration confuse de quelques-unes des doctrines qui se sont produites avec éclat entre 1820 et 1830. Si ce volume n'avait d'autre intérêt que de faire apparaître cette filiation et de montrer ainsi que le romantisme a, en France même, de lointaines et profondes racines —ce qui au reste se manifestera plus clairement encore dans le volume sur le xix* siècle — ce serait assez, croyons-nous, pour lious justifier d'avoir fait ce travail.
DU XVIIP SIÈCLE