‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 6 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MADAME DACIER Préface de rih'ade en français [lllï].

I. — La langue française, n'ayant pas la noblesse, la force, l'harmonie du grec, ne saurait rendre les beautés d'Homère (p. 1).

II. — Homère justifié par la Bible. La grossièreté des mœurs qu'on reproche aux héros d'Homère est semblable à celle des patriarches de la Bible (p. 3).

III. — On reproche à Homère que ses poèmes ne peignent pas l'amour; c'est justement ce qui fait leur supériorité (p. 5).

I. La langue française, n'ayantpas la noblesse, la force, l'iiarmonie du grec, ne saurait rendre les beautés d'Homère.

Mais voici pour moi rendroit terrible, c'est la diction.

J'avoue que de ce côté-là je n'ai point de bonne apologie. Mon entreprise ^ paraîtra avec raison la plus téméraire, ou plutôt la plus folle qu'on puisse faire en ce genre d'écrire. Plus un original est parfait dans le grand et dans le sublime, plus il perd dans les copies. Cela est certain; il n'y a donc point de poésie qui perde tant qu'Homère dans une traduction, oîi il n'est pas possible de faire passer la force, l'harmonie, la noblesse et la majesté de ses expressions, et de conserver l'âme qui est répandue dans sa poésie, et qui fait de tout son poème comme un corps vivant et animé... Tout vit dans ses vers, et Aristote avait raison de dire qu'Homère est le seul des poètes qui ait su faire des noms et des termes qui aient mouvement et vie, tant il inspire d âme et de feu à ses expressions... Que doil-on attendre d'une traduction en une langue tomme la nôtre, toujours sage, ou plutôt toujours timide, et dans laquelle il n'y a presque point d'heureuse hardiesse, parce que, toujours prisonnière dans ses usages, elle n'a pas la moindre liberté.

Qu'on ne dise point ici que c'est une erreur de vouloir faire valoir des pensées et des choses parle choix, par le son et par l'harmonie des mots. Car, sans rentrer dans la discussion si c'est raison ou erreur, il suffit que cela est, que l'harmonie produit cet effet sur tous les hommes. Des paroles nobles, harmonieuses et bien cadencées, quoique dénuées de vérité et vides de sens, se feront écouter avec plus d'empire que les choses les plus raisonnables, dites durement et avec des sons désagréables. L'ouïe est le plus fin, le plus délicat et le plus superbe de tous les sens, et c'est celui dont il faut le plus tôt se rendre maître si l'on veut régner sur l'esprit. Qu'on démonte les vers de Lucrèce, et qu'on dise platement et grossièrement ce qu'il débite sur la nature de l'âme et sur la manière dont se fait la vue, il n'y a personne aujourd'hui qui ait la patience de l'entendre, tant ses prin-

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