II. LA COMÉDIE FINE
I. — La comédie ne doit pas tomber dans la bouffonnerie et l'outrance ; sa g-aité sera fine et de bon ton (p. 218).
II. — Destouclies et la théorie des caractères contrastants (p. :^20).
TEXTES CITES
Féxf.lon : Le'tre sur les occupât' ons de V Académie, 1716. Fo>-TENELLE : Réponse à Besto'iches, 25 août 1723. Destouches : L'Ambitieux et l'Indiscrète, préface, 1737.
— Suite de la Lettre IV à M. le chevalier de B...
(Œuvres de théâtre, éd. de 1745, l. VIII.)
I. — La comédie ne doit pas tomber dans la bouiTonnerie et l'outrance ; sa g-aîté sera fine et de bon ton.
J'avoue que les traits plaisants d'Aristophane me paraissent souvent bas ; ils sentent la farce faite exprès pour amuser et pour mener le peuple. Qu'y a-t-il de plus ridicule que la peinture d'un roi de Perse qui marche avec une armée de quarante mille hommes, pour aller sur une montagne d'or satisfaire aux intirmiiés de la nature !
Le respect de l'antiquité doit être grand ; mais je suis
IDl';nS ET DOCTRINES LITTÉRAIRES DU XVIII^ SIECLE 219
autorisé par les Anciens contre les Anciens raômes. Horace m'apprend à juger de Plante
At nostri proavi Plautînos et numéros et Laudavcre sales, nimium patienter utrumque, Ne dicam stulte, mirati ; si modo ego et vos Scimus inurbanum lepido seponere dicto K
... Il faut avouer que Molière est un grand poète comique... mais ne puis-je pas parler en toute liberté de ses défauts ?... Il a outré souvent les caractères : il a voulu par cette liberté, plaire au parterre, frapper les spectateurs les moins délicats, et rendre le ridicule plus sensible. Mais quoiqu'on doive marquer chaque passion dans son plus fort degré et par ses traits les plus vifs, pour en mieux montrer l'excès et la difformité, on n'a pas besoin de forcer la nature et d'abandonner le vraisemblable. Ainsi, malgré l'exemple de Plante, où nous lisons : Cedo terliam^^e soutiens, contre Molière, qu'un avare qui n'est point fou ne va jamais jusqu'à vouloir regarder dans la troisième main de l'homme qu'il soupçonnç de l'avoir volé.
Enfin je ne puis m'empécher de croire, avec M. Despréaux, que Molière, qui peint avec tant de force et de beauté les mœurs de son pays, tombe trop bas quand il imite le badinage de la comédie italienne :
Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
Fénelox, Lettre si/r les occupations de l'Académie.
Pour vous. Monsieur, vous vous êtes renfermé dans le comique, aussi difficile à manier, et peut-être plus que
1. De Artc poet., v. 2T0-273 o Jfais nos pores ont admiré le rythme et les saillies Hn Plaute; ils étnient donc trop bons, poir ne pas dire trop sots ; si du moins nous savons, vous et moi. distinguer un mot plaisant d'.uo j;rossiéreté ! w
le tragique ne l'est avec toute son élévation, toute sa force, tout son sublime. L'àme ne serait-elle point plus susceptible des agitations violentes, que des raouvements doux ? Ne serait-il pas plus aisé de la transporter loin de son assiette naturelle, que de l'amuser avec plaisir en l'y laissant, de Teachanter par des objets nouveaux et revêtus de merveilleux, que de lui rendre nouveaux des objets familiers ? Quoi qu'il en soit de celte espèce de différend entre le Tragique et le Comique, du moins la plus difficile espèce de comique est celle oii votre génie vous a conduit, celle qui n'est comique que pour la Raison, qui ne cherche point à exciter bassement un rire immodéré dans une multitude grossière, mais qui élève cette multitude presque malgré elle-même à rire finement et avec esprit.
FoxTENELLE, Réponse à Destouches.