Elist-e, Reguni, IV, 3, versel
2. Les Italiens. Alliibion à la tragédie lyrique de Métastase,
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spectacle où les héros meurent en chantant, n'ont pas eu autant de raison qu'on Je croirait d'abord...
La langue du musicien a sur celle du poète l'avantage qu'une langue universelle a sur un idiome particulier...
Toute langue universelle est vague par sa nature, ainsi en voulant embellir par son art la représentation théâtrale, le musicien a été obligé d'avoir rt cours au poète. Non seulement il en a besoin pour l'invention et l'ordonnance du drame lyrique, mais il ne peut se passer d'interprète dans toutes les occasions où la précision du discours devient indispensable, où le vague de la langue musicale entraînerait le spectateur dans l'incertitude...
Après avoir... nommé le sujet et créé la situation, après l'avoir préparée et fondée par ses discours, le poète n'en fournit plus que les masses qu'il abandonne au génie du compositeur ; c'est à celui-ci à leur donner toute l'expression et à développer toute la finesse des détails dont elles sont susceptibles.
Une langue universelle frappant immédiatement nos organes et notre imagination, est aussi par sa nature la langue du sentiment et des passions. Ses expressions allant droit au cœur, sans passer pour ainsi dire par l'esprit, doivent produire des effets inconnus à tout autre idiome, et ce vague même qui l'empêche de donner à ses accents la précision du discours, en confiant à notre imagination le soin de l'interprétation, lui fait éprouver un empire qu'aucune langue ne saurait exercer sur elle...
Le drame eu musique doit donc fair ; une impression bien autrement profonde qu-i la tragédie et la comédie ordinaire. Il serait inutile d'employer l'instrument le plus puissant^ pour ne produire que d-s effets médiocres...
On peut dire... que c'est l'invention et le caractère disiinctif de l'air et du récitatif qui ont créé le poème lyrique...
Cette économie intérieure du spectacle en musique fondée d'un côté sur la vérité de l'imitation, et de l'autre, sur la nature de rxos organes, doit servir de poétique élé-
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raentaire au poète lyrique. 11 faut à la vérité qu'il se soumette en tout au musicien; il ne peut prêt' ndre qu'au second rôle ; mais il lui reste d'assez beaux moyens pour partager la gloire de son compagnon. Le choix et la disposition du sujet, l'ordonnance • t la marche de tout le drame sont l'ouvrage du poète. Le sujet doit et e !*■ rapli d'intérêt et disposé de la manière la plus siinpli- et la plus intéressante. Tout y doit être en action et vis' r aux grands effets... L'unité d'action n'est nullepart plus indispensable que dans ce drami-; mais tous ses développements successifs doiv nt sp passer sous les yeux du spectateur. Chaque scène doit offrir une situation, par e qu'il n'y a que les situations qui offrent les véritables occasions de chanter. En un mot, le poème lyrique doit être une suite de situations très intéressantes tirées du fond du sujet, et terminées par une catastère mémorable.
Il y a cettf différence essentielle ntre le poète lyrique et le poète tragique, qu'à m sure que celui-ci devi nt éloqu! nt et verbeux, l'autre lioit devenir précis et avare de paroi s, parc que l'éloquence des moments passionnés appartient tout . ntière au mn-icin...
Selon la définition d'un écrivain célèbre, l'opéra français est l'épopée mis t en action et en spectacle... C'est donc le merveilleux visible qui est l'âme de l'opéra français; ce sont les dieux, les déesses, les demi-di ux ; des ombres, des génies, des fées, des magiciens, des vertus, des passions, des idé s abstrait s et des êtres moraux personnifiés qui en sontl s acteurs...
... En Lalie, on s'est... bientôt débarrassé de ce faux genre appelé merveilleut\, que la barbarie du goût avait introduit dans le siècle dernier sur tous les théâtres de l'Europe; et dès qu'on a voulu chant jr sur la S'ène, on a senti qu'il n y avait que la tragédie et la comédi • qui pussent être mises en musique... Tous le -grands tableaux, les situations les plus... pathétiques, 1 s plus terribles: tous les ressorts de la tragédie, tous ceux de la véritable comédie ont été soumis à l'art de la mu-iqi'e. et en ont
reçu un degré d'expression el d'' ntliousiasme, qui a pa: tout entraîné et les g ns d\ sprit et de goût et le peuple. La musique ayant éié consacrée en Italie dès sa naissance à sa vérital)! • ■lestinalion, à l'expression du sentiment el des passioll^, le poèt lyrique n'a pu se troMiper sur ce que le compositeur attendait d' lui; il n'a pu égan r celui-ci à son tour, et lui faire quitter la route de la nature et de la vérité.
Encyclopédie, art. Poème lyrique (Grimm), t. XII,
II. Deux opinions sur ce que doit être l'opéra : i" les uns (Âlarniontel) veulent que le sujet en soit merveilleux car le merveilleux favorise la beauté du spectacle ; 2° les autres (Voltaire, Diderot, Grimm) veulent que, à rimitation de l'opéra italien, il prenne ses sujets dans la vie et se rapproche de la réalité.
Le caractère de l'épopée est de transporter la scène de la tragéili- dans l'imagination du 1 •( teur. Là, piofltant de l'étendue de son ihéàtr^^, ellr- agranditet varie ses la le;iux, se répand dan- la fiction, et varie à ?on gré tous les ressorts du merveilleux. Dans 1 opéra, la muse dramatique, à son tour, ja ouse des avantages que la muse épique a sur elle, essaye de marcht.r son égale ou plutôt de la surpasser, en réalisant pour les yeux ce qui, dans les récits, ne se peint qu'en idée.
Dans ce composé tout est mensonge, mais tout est d'accord; et cet accord en fait la vérité. La musique y fait le charme du merveilleux, le merveilleux y fait la vraisemblanc de la musique : on est dans un monde nouveau; c'est la nature de l'enchantement et visiblement animée par une fuule d'intelligences, dont les volontés sont ses lois
L'autre syslème est celui d'Apostolo-Zeno et de Métas-
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tase, mais renforcé, et plus tragique que la tragédie elleluême, c'est-à-dire plus noir, plus sanglant, plus pressé dans le tissu de l'action, et d'une expression plus outrée, soit dans la panloiuiine, soit dans l'accent des passions.
Il est aisé de sentir combien ce nouveau genre a d'avan- . lage sur le premier du coté de l'émotion... C'est là, sans contredit, que la musique passionnée trouve à produire ses grands effets...
Mais l'ancien genre ne laisse pas d'avoir de son côté des avantages dignes de nos regrets, et auxquels je ne saurais croire qu'on ait renoncé sans retour. Le premier de ces avantages est la convenance ; le second, la variété; et le troisième, la richesse et la pompe.
Sur un théâtre oij tout est prodige, il paraît tout simple que la façon de s'exprimer ait son charme, comme toutle reste. Mais à un spectacle oîi tout se passe comme dans la nature et selon l'exacte vérité, par quoi serait-on préparé à entendre, comme en Italie, Fabius, Régulus, Thémistocle, Titus, Adrien, parler enchantant?...
llien de plus beau sans doute, rien de plus précieux que ces récitatifs passionnés, que ces airs pathétiques et déchirants dont les Italiens nous ont donné tant de modèles. Mais les passions violentes ne sont pas les seules qui donnent lieu à une expression qui touche et qui pénétre l'âme. La tendresse, l'inquiétude, l'espérance, la volupté s'animent; et c'est parle contraste et la variété de ces caraclères, mêlés avec des passions plus fortes, que la mélodie enchante l'oreille, sans la rassasier jamais...
Cette même succession d'incidents, de situations et de tableaux que suppose et qu'exige une musique variée, contribue aussi à la richesse et à la pompe du spectacle; et il n'a jamais tant de niagniiicence que dans le genre merveilleux... On sent combien les sujets pris dans le merveilleux sont plus favorables au décorateur et au machiniste que les sujets pris dans l'histoire...
Quinault, en formant le projet de réunir tous les moyens d'enchanter les yeux et l'oreille, sentit... bien
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qu'il devait prendre ses sujets dans le système de la fable ou dans celui de la magie. Par là il rendit son théâtre fécond en prodiges ; il se facilita le passage de la terre aux eaux, des cieuxaux enfers; se soumit la nature, s'empara de la fiction, ouvrit à la tragédie la carrière de l'épopée, et réunit les avantages de l'un et de l'autre poème en un seul...
Les dieux et les héros, tels que les poètes et les peintres nous ont accoutumés à les concevoir, ne sont autre chose que des hommes perfectionnés : la langue musicale est donc comme leur langue naturelle; et voilà ce qui donne à l'opéra français une vérité relative que l'opéra italien n'aura jamais... Si l'action théâtrale ne présente que la vérité historique et que des hommes tels que j'en vois tous les jours, c'est alors que j'ai de la peine à me persuader qu'ils parlaient en chantant. Ainsi à l'égard de la vraisemblance, l'hypothèse du merveilleux s'accommode mille fois mieux de ce langage musical, que la vérité historique.
Tout ce qui n'est qu'esprit et raison est inaccessible pour la musique : elle veut de la poésie toute pure, des images, des sentiments.
Marmoxtel, Eléments de littérature, art. Opéra.
Mais d'où naît ce dédain pour le poème d'un opéra? G r enfin, ce travail a sa difficulté... Le froid dédain d'un opéra ne vient-il pas... de ce qu'à ce spectacle, la réunion mal ourdie de tant d'arts nécessaires à sa formation a fini par jeter un peu de confusion dans l'esprit sur le rang qu'ils doivent y tenir; sur le plaisir qu'on a droit d'en attendre?
La véritable hiérarchie de ces arts devrait, ce semble, ainsi marcher dans l'estime des spectateurs. Premièrement, la pièce ou l'invention du sujet, qui embrasse et comporte la masse de l'intérêt ; puis la beauté du poème, ou la manière aisée d'en narrer les événements; puis le charme de la musique, qui n'est qu'une expression nou-
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velle a)ontée au charme des vers; enfin ragréraent de la dans*', dont la gaîté, la genlillesse embellit quelques froides sit alions. Tel est, dans Tordre du plaisir, le rang marqué pour tous ces arts.
Mais par une inversion bizaire, particulière à l'opéra, il semble que la pièce n'y soit rien qu'un moyen banal, un prétexte pour faire briller tout ce qui n'est pas elle. Ici, les accessoires ont usurpé le premier rang, pendant que le fond du sujet n'est plus qu'un très mince accessoire; c'est le canevas des brodeurs que chacun couvre à sa volonté...
Il y a trop de musique dans la musique du théâtre, elle en est toujours surchargée; et pour employer l'expression naïve d'un homme justement célèbre, du célèlire chevalier Gluck, notre opéra pue de musique : Puzza cli inusica.
Je pensf donc que la musique d'un opéra, n'est, comme sa poésie, qu'un nouvel art d'embellir la parole, dont il ne faut point abuser... Or, s'il est vrai, comme on n'en peut douter, que la musique soit à l'opéra ce que les vers sont à la tragédie, une expression plus figurée, une manière seulement plus forte de présenter le sentiment ou la pensée; grirdons-nous d'abuser de ce genre d'affectation, de mettre trop de luxe dans cette manière de peindre. Une abondance vicieuse étouffe, éteint la vérité : l'oreille est rassasiée, et le cœur reste vide. Sur ce point, j'en appelle à l'expérience de tous...
Et si mon musicien possède un vrai talent, s'il réfléchit avant d'écrire; il sentira que son devoir, que son succès consiste à rendre mes pensées dans une langue seulement plus harmonieuse; à leur donner une expression plus forte, et non d'en faire une œuvre à part...
Je ne puis assez le redire, et je prie qu'on y réfléchisse : trop de musique dans la musique est le défaut de nos grands opéras.
Je ne prendrai... point un sujet qui soit absolument tragique , le ton deviendrait si sévère que les fêles y
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tombant des nues, en détruiraient tout l'intérêt. Éloignons-nous également d'une intrigue purement comique, où les passions n'ont nul ressort, dont les grands effets sont exclus : l'expression musicale y serait souvent sans noblesse.
Il m'a semblé qu'à l'opéra, les sujets historiques devaient moins réussir que les imaginaires.
Faudra-t-il donc traiter des sujets de pure féerie? de ces sujets où le merveilleux, se montrant toujours impossible, nous paraît absurde et choquant? Mais l'expérience a prouvé que tout ce qu'on dénoue par un coup de baguette, ou par l'intervention des dieux, nous laisse toujours le cœur vide; et les sujets mythologiques ont tous un peu ce défaut-là. Or, dans mon système de musique, je ne puis être avare de musique, qu'en y prodiguant l'intérêt...
Je penserais donc qu'on doit prendre un milieu entre le merveilleux et le genre historique. J'ai cru m'apercevoir aussi que les mœurs très civilisées étaient trop méthodiques pour y paraître tiiéâtrales. Les mœurs orientales, plus di^;parates et moins connues, laissent à l'esprit un champ plus libre, et me semblent très propres à remplir cet objet.
Beaumarchais, Tarare, opéra. 2^ édition.
Avertissement au lecteur.