‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 75 sur 106 · LES DÉFENSEURS DE LA CONCEPTION CLASSIQUE · texte numérisé non relu

LES DÉFENSEURS DE LA CONCEPTION CLASSIQUE

1° .^ladaiiie Dacier. — Déflnîtîou du poènse épique. Sou but est d'instruire et les fables ne sont que le voile qui déguise » les instructions. ))

11 y a trois sortes de fables. Les raisonnables^ où l'on fait parler les dieux et les hommes. Les morales., où. l'on fait parler les bêtes et les plantes. Et les mixtes, qui tiennent des deux.

Le fond du poème épique est une fable, comme toutes les autres, c'est une fable de la première espèce, une fable raisonnable, mais qui no laisse pas de pouvoir des- ( t'iidre dans la seconde, car dans V Iliade Homère a fait parler un cheval d'Achille.

Le poème épique est donc un d scoui's en vers, inventé pour former les mœurs par des instructions déguisées sous l'allégorie d'une action générale et des plus grands personnages.

Madame Dacier, V Odyssée d' Homère traduite en français, préface.

Il est certain que la poésie épique est un art qui n'a été inventé que pour l'utilité des iiommes... Celte opinion que le plaisir est l'unique but du poème épique, n'est pas née de nos jours; elle est fort ancienne... Je me contenterai de dire que cette erreur est réfutée non-seulement par tout ce que les Anciens les mieux instruits de la poésie, et surtout de la poésie épique, en ont écrit, mais encore plus par la nature même du poème, qui e-t une fable générale et universelle, comme les fables d'Esope, et rendue particulière par l'imposition des noms. Peut-on imaginer qu'Esope n'ait cherché qu'à plaire dans ses fables, et que l'instruction n'y soit que comme un assaisonnement pour faire mieux goûter le plaisir ? C'est absolument détruire la nature de la fable qui n'est qu'un discours inventé pour former les mœurs, et pour corriger par des instructions déguisées sous l'allégorie d'une action...

La vérité en est le fondement, et c est le point de morale que le poète veut enseigner. La fiction, qui déguise cette vérité et qui lui donne la forme de fable, c'est le secours qu'il emploie pour plaire et pour faire recevoir plus agréablement l'instruction qui y est cachée. Assurer que le but principal de la poésie épique est de plaire, c'est soutenir que l'architecture n'a pour but que le plaisir, qu'un palais est bâti pour les yeux, sans que le logement et la commodité du maître entrent en aucune façon dans les vues de l'architecture.

Madame Dacier, Iliade, préface.

DU XVIIl" SIÈCLE 303

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