C'esl Voltaii'C qui est ce plus hub.L:. Cf. p
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G" L'Encyclopédie (Marmontol). — Nous ne croyons plus au merveilleux païen, mais nous pouvons g-oûtcr sa beauté poétique, et par conséquent nous en servir, si nous trjiitons des sujets anciens. i\ous croyons au merveilleux chrétien, mais il est froid et sans poésie.
Il y a dans le merveilleux une certaine discrétion à garder et des convenances à observer ; car ce merveilleux varie selon les temps, ce qui paraissait tel aux Grecs et aux Romains ne l'est plus pour nous. Minerve et Junon, Mars et Vénus, qui jouent de si grands rôles darnsV Iliade et dans l'Enéide, ne seraient aujourd'hui dans un poème épique que des noms sans réalité, auxquels le lecteur n'attacherait aucune idée distincte, parce qu'il est né dans une religion toute contraire, ou élevé dans des principes tout diflérents.
Encyclopédie, art. Merveilleux, t. X.
Pour juger de la convenance du merveilleux, il faut se transporter en esprit dans les temps où les poètes ont écrit, épous- r pour un moment les idées, 'es mœurs, les sentiments des peuples pour lesquels ils ont écrit. Le merveilleux d'Homère i t de Virgile considéré de ce point de vue, sera toujours admirable : si l'on s'en écarte, il devient faux et absurde; ce sont des beautés que Ton peut nommer beautés locales II en est d'autres qui sont de tous les pays et de tous les temps... Il y a une sorte de merveilleux capable de faire partout et en tout temps les mêmes impressions. Or à cet égard il y a une sorte de goût universel, que le poète doit connaître et consulter. Les fictions et les allégories, qui sont les parties du merveilleux, ne sauraient plaire à des lecteurs éclairés, qu'autant qu'elles sont prises dans la nature, soutenues avec
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vraisemblance et justesse, enfin conformes aux idées reçues.
Ibid.-
Quant aux êtres personnifié-^, 'quoique Boileau semble dire qu'on peut les employer tous indifféremment dans l'Epopée,
Là, jîour nous enchanter, tout est mis en usage^ Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage,
il n'en est pas moins certain qu'il y a, dans cette seconde branche du merveilleux, une certaine discrétion à garder et des convenances à observer comme dans la première. Toutes les idées abstraites ne sont pas propres à cette métamorphose... Il en est de certaines passions comme de certaines fables, toutes ne sont pas propres à être allégoriées; il n'y a peut-être que les grandes passions, celles dont les mouvements sont très vifs et les effets bien marqués, qui puissent jouer un personnage avec succès.
Ibid.
Les poètes païens attachaient aux noms de leurs divinités quelque idée de puissance, de grandeur, de bonté relative aux besoins des hommes : or un poète chrétien n'y pourrait attacher les mêmes idées sans impiété. Il faut donc conclure que dans sa bouche les noms de Mars, d Apollon, de Neptune ne signifient rien de réel et d'effectif : Or qu'y a-t-il de plus indigne d'un homme que d'employer ainsi de vains sons, et souvent de les mêler à des termes par lesquels il exprime les objets les plus respectables de la religion?
Ibid.
On a dit, en parlant du merveilleux poétique : « Minerve et Junon, Mars et Vénus, qui jouent de si grands rôles dans V Iliade et dans VEncide, ne seraient aujourd'hui dans un poème épique que des noms sans réalité,
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auxquels le lecteur n'attacherait aucune idée distincte, parce qu'il est né dans une religion toute contraire, ou élevé dans des principes tout différents. » On a dit que la chute de la mythologie entraîne nécessairement l'exclusion de cette sorte de merveilleux, et que Tillusion ne peut être complète qu'autant que la poésie se renferme dans la créance commune. On a dit qu'en vain se fonderait-on, dans les sujets profanes, sur le merveilleux admis dans nos opéras; et que, si on le dépouille de tout ce qui l'y accompagne, on ose répondre que ce merveilleux ne nous amusera pas une minute.
Ces spéculations, démenties par l'expérience, ne sont fondées que sur une fausse supposition, savoir, que la poésie, pour produire son eU'et, demande une illusion complète.
Il est démontré qu'au théâtre, où le prestige poétique a tant de forces et de charmes, non seulement l'illusion n'est pas entière, mais ne doit pas l'être; il en est de même à la lecture : sans quoi l'impression faite sur les esprits serait souvent pénible et douloureuse.
Le lecteur n'a donc pas besoin que le merveilleux soit pour lui un objet de créance, mais un objet d'opinion hypothétique et passagère. C'est en poésie une donnée dont tous les peuples éclairés sont d'accord : tout ce qu'on y exige, ce sont les convenances, ou la vérité relative; et celle-ci consiste à ne supposer dans un sujet que le merveilleux reçu dans l'opinion du temps et du pays où l'action s'est passée; en sorte qu'on ne nous donne à croire que ce que les peup'es de ce temps-là, ou de ce pays-là. semblant avoir dû croire eux-mêmes. Alors par cette complaisance que l'imagination veut bien avoir pour ce qui l'amuse, nous nous mettons à la place de ces peuples, et pour un moment nous nous laissons séduire par ce qui les aurait séduits.
Ainsi, autant il serait ridicule d'employer le merveilleux de la mythologie ou de la magie dans une action étrangère aux temps où l'on croyait à l'une ou à l'autre,
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autant il est raisonnable et permis de les employer dans les sujets auxquels l'opinion du temps et du pays les rend comme adhérentes. Eh! qui jamais a reproché l'emploi de la magie au Tasse, et à l'auteur du Téléin ique, l'emploi du merveilleux d Homère? Une piété trop délicate et trop timide pourrait seule s'en alarmer; mais ce que blâmerait un scrupule mal entendu, le goût et le bon sens l'app.' ou vent.
La seule attention qu'on doit avoir est de saisir bien au juste l'opinion des peuples à la place desquels on veut nous mettre, afin de ne pas faire du raervei.leux un usage dont eux-mêmes ils seraient blessés. C'est ain-i, par exemple, qu'un poète qui traiterait aujourd'hui le sujet de In Pharsale serait obligé de faire ce qu'a fait Lucain, de s'interdire l'entremise des dieux dans la querelle de César et de Pompée. La raison en est qu'on ne se prête à l'illusion qu'autant qu'on suppose que les témoins de l'événement auraient pu s'y livrer eux-mêmes. Cette convention parait singulière; et cependant rien n'est plus réel.
Il s'ensuit que dans les sujets modernes, le merveilleux ancien ne peut être sérieusement employé, et c'est une perte immense pour la poésie épique.
Ce n'est pas que le merveilleux soit réduit pour nous, comme on la prétendu, à l'allégorie des passions humaines personnifiées. Avec de l'art, du goût et du génie, nos prophètes, nos anges, nos démons et nos saints peuvent agir décemment et dignement dans un poème; et à la maladi-esse du Camoëns, de Sannazar, de Saint- Didier, de Chapelain, etc., onpeut opposer les exemples du Tasse, de Milton, de l'auteur à'At/ialie et de celui de la Henriade .
Mais ce qui manque au merveilleux moderne, c'est d'être passionné. La divinité est inaltérable par essence ; et tout le génie des poêles ne saurait faire de Dieu qu'un homme : ce qui est une ineptie ou une impiété. Nos anges et nos saints, exempts de passions, seront dcsper-
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sonnages froids, si on les peint dans leur état de calme et de béatitude, ou indécemment dénaturés, si on leur donne les mouvements tumultueux du cœur humain. Nos démons, plus favorables à la poésie, sont susceptibles de passions, mais sans aucun mélange ni de bonté ni de vertu.
Voilà les véritables raisons pour lesquelles on serait insensé de croire pouvoir substituer, sans un extrême désavantage, le merveilleux de la religion à celui de la mythologie.
Encyclopédie, art. Merveilleux, suppl. t. III.
7^* L'abbé Batteux. — Le merveilleux chrétien peut être « la source des plus sublimes beautés », et il est fondé sur « la persuasion commune des peuples pour qui on écrit ».
Est-il un plus bel objet, plus grand, plus convenable à un génie presque divin, que de montrer dans un long ouvrage l'enchaînement et la subordination des causes, et l'homme, ou plutôt tout l'univers qui se remue sous les yeux et dans la main de l'Etre suprême?...
On a dit que le Christianisme ne pourrait se prêter à ce genre de poésie :
De la foi d'un chi'étien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont poinl susceptibles, L'Évangile à l'esprit n'offre de tous côtés. Que pénitence à faire, et tourments mérités.
Malgré le respect que nous avons pour les idées de M. Despréaux, nous ne saurions croire que s'il venait au monde un second Homère, il ne trouverait pas dans l'histoire de la Religion une matière capable d'exercer son génie. Il ne ferait point tonner, il est vrai, un Jupiter sur le mont Ida. Pallas, Vénus. Mar.s, Junon, ÎNeplune, n'iraient pas se confondre dans la mêlée avec les hommes,
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se couvrir de poussière, se battre, se renverser les uns les autres. Mais avec quel trait il peindrait le Dieu qui crée rUnivers d'une parole; qui voit tout; qui comprend tout; qui donne la vie à tout! Quand l'âme de ce poète serait enflammée par les idées des prophètes et des autres écrivains sacrés, qu'il serait beau de le suivre dans les peintures qu'il ferait d'un héros qui délibère, qui entreprend, qui exécute, et le tout sous l'empire et la direction d'un génie céleste ; lequel lui donnerait la prudence pour voir, la hardiesse pour entreprendre, le courage et la patience pour forcer les obstacles, tout cela conformément aux idées que nous donne la religion! Il aurait pris peut-être la chute du premier homme, peut-être la conquête de Jérusalem, peut-être même le siège d'Orléans. Mais c'eût été un Homère qui aurait chanté. Et il aurait démontré par l'exécution que le sublime et le sérieux, bien loin d'être un obstacle invincible à l'Epopée, y seraient la source des plus sublimes beautés.
Quel fondement aurait servi d'appui à ce merveilleux? Le même qui a servi aux Anciens; je veux dire la persuasion commune des peuples pour qui on écrit...
Le merveilleux de l'Epopée, s'il est sensé et raisonnable, se réduit... à tirer le voile qui couvre les machines qui font jouer la nature, et à représenter la conduite de Dieu par rapport aux choses humaines.
Abbé Batteux, Principes de littérature, t. II, art. o", de l'Épopée, vi.
8° La Harpe. — Défense du merveilleux chrétien.
La poésie fut originairement consacrée à chanter les dieux et les héros, et cela nous donne d'abord deux caractères essentiels à l'antique épopée : elle était héroïque et religieuse. Mais comme les dieux des anciens
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ne sont plus les nôtres, elle n'a dû conserver pour nous qu'un de ces deux caractères. Je la crois donc essentiellement héroïque; mais je ne pense pas qu'on soit encore obligé d'y faire entrer la religion. Ce n'est pas non plus que je prétende l'exclure : j'ose en cela ra'écarter do l'avis de Despréaux, et l'exemple du Tasse, confirmé par le succès, me parait l'emporter sur l'autorité du critique. La Harpe, Lycée^ t. I, ch. iv.
Le merveilleux doit-il entrer nécessairement dans l'Épopée? Oui, à moins que le sujet n'en soit pas susceptible; car il serait absurde d'exiger dans un sujet moderne l'intervention des dieux de l'Antiquité. Le Tasse et Millon y ont substitué les agents intermédiaires admis dans notre religion. Nous verrons ailleurs l'inconvénient qu'ils ont dans le poème de Milton. Quant à celui du Tasse, j'avoue que le reproche qu'on lui a fait d'avoir employé la magie, ne m'a jamais paru fondé. Notre croyance religieuse ne la rejette pas, et dans quel sujet pouvait-elle entrer plus convenablement? Les chrétiens portent la guerre chez les nations mahométanes : n'est-ce pas là le cas de représenter l'enfer, armant toutes les puissances contre ceux qui suivent les enseignes du Christ? Les Sarrazins de la Palestine n'étaient-ils pas regardés comme vivant sous le joug des démons? Les démons font donc leur office en défendant leurs sujets qu'on veut leur ôter...
Tout cela ne tient-il pas... à des hypothèses traditionnelles, reçues dans tous les systèmes religieux, et que par conséquent un poète peut employer, sans être taxé d'absurdité et d'inconséquence ?
Ibid.
316 IDiil'S ET OOCTHINES LITTÉliAIUES