LA POÉSIE DIDACTIQUE OU DESCRIPTIVE
La poésie descriptive se dégag-e, dans la deuxième partie du XVIII siècle, de l'églogue et de la pastorale. — I. Mais les critiques assaillent le nouveau genre et lui reprochent d'être monotone et froid (p. 348). — II. Ses défenseurs (Saint-Lambert. Delille, etc.) 1° accordent que le poème descriptif doit être varié par des épisodes, et ne saurait se borner à des peintures de la nature; il faut y introduire l'homme. Mais ils soutiennent 2- que la description de la nature, pourvu qu'on l'embellisse et qu'on la pare sans la déformer, peut constituer un genre poétique aussi intéressant que les autres; 3" que les termes techniques dont il faut y faire usage enrichiront la langue de la poésie (p. 349).
TEXTES CITES
Voltaire : Discours de réception à l'Académie, 9 mai 1746. Gouge DE Cessières : Les Jardins d'ornement, Il o%, préface. Encyclopédie : art. Paysage, t. XII, 1765. Saint-Lambert : Lrs Saisons, 1769. Discours préliminaire. Diderot : Observations sur les « Saisons » de Saint-Laniliert^
Delille : Géorgiques, 1769, Discours préliminaire.
Les Jardins, 1782, avertissement.
Marmontel : Eléments de littérature, art. Descriptif, art Bergeries, OEuvres, 1787, t. YI).
348 IDÉES ET DOCTIUMiS LlTTF.nAIRES
La poésie descriptive se dégu^e, dans la deuxième partie du XVIIl" siècle, de Tégloiîue et de la pastorale. — I Mais les critiques assaillent le nouveau genre et lui reprochent d'être monotone et froid.
Sans les descriptions et les épisodes un poème didactique nu serait qu'un rudiment fastidieux; on a tâché d'orner celui-ci de différents traits puisés dans l'histoire du jardinage et dans la Physique moderne. Gouge de CessiÈres, Les Jardins d'ornement, préface.
Ce poème a d'ailleurs un très grand inconvénient, celui d'être un poème didactique. Ce genre est nécessairement un peu froid, et doit le paraître encore davantage à une nation qui ne supporte guère, comme on l'a souvent remarqué, que les vers composés pour le théâtre, et qui sont la peinture des passions ou des ridicules.
Delille, Les Jardins, avertissement.
Dans tous les genres... la description peut trouver sa place. Mais qu'un poème sans objet, sans dessein, soit une suite de descriptions que rien n'amène; que le poète, en regardant autour de lui, décrive tout ce qui se présente, pour le seul plaisir de décrire; s'il ne se lasse pas lui-même, il peut être assuré de lasser bientôt ses lecteurs.
MariMONTel, Eléments de littérature, art Descriptif.
On représente quelquefois dans des paysages des sites incultes et inhabités, pour avoir la liberté de peindre les bizarres effets de la nature livrée à elle-même, et les product ons confuses et irrégulières d'une terre inculte. Mais cette sorte d'imitation ne saurait nous émouvoir que dans les moments de la mélancolie, où la chose imitée par le tableau peut sympathiser avec notre passion. Dans tout autr.; état le paysage le plus beau, fût-il du Titien et
ou XVIIie SIÈCLE 349
du Carrache, ne nous intéresse pas plus que le ferait la vue d'un canton de pays affreux ou riant. Il n'est rien dans un pareil tableau qui nous entretienne *, pour ainsi dire; et comme il ne nous touclie guère, il ne nous attache pas beaucoup. Les peintres intelligents ont si bien senti cette vérité, que rarement ils ont fait des paysages déserts et sans figures. Ils les ont peuplés, ils ont introduit dans ces tableaux un sujet composé de plusieurs personnages, dont l'action fût capable de nous émouvoir, et par conséquent de nous attacher. C'est ainsi qu'en ont usé Le Poussin, Rubens et d'autres grands maîtres, qui ne se sont pas contentés de mettre dans leurs paysages un homme qui passe soi chemin, ou bien une femme qui porte des fruits au marché; ils y placent ordinairement des figures qui pensent, afin de nous donner lieu de penser, ils y mettent des hommes agités de passions, afin de réveiller les nôtres, et de nous attacher par cette agitation.
Encyclopédie, art. Paysage (Jaucourt).
Les bergeries, ou pastorales, peuvent être intéressantes... partout oîi il y a des pères, des mères, des enfants, des époux, exposés aux accidents de la vie, aux dangers, aux inquiétudes, aux malheurs attachés à leur couditiim, leur sensibilité peut être mise aux épreuves de la crainte et de la douleur. Ainsi le genre pastoral peut être touchant., . Le pastoral qui n'est point pathétique ne se peut soutenir qu'autant qu'il est gracieux et riant, ou d'une aménité touchante.
Marmontel, Eléments de littérature, art. Bergeries.
II. Ses défenseurs (St-Lainbert, Delilie, etc.) 1° accordent que le poème descriptif doit être varié par des épisodes, et ne saurait
1. • Ils n'avaient pas de conversation avec un arbre, • Taine, Voilage en Italie, à propos de la villa Albani.
se borner à des peintures de la nature; il faut y introduire îlioniine. Mais ils soutiennent, 2'^ que l'j» description de la nature, pourvu qu'on Teiubellisse et qu'on la pare, sans la déformer, peut constituer un gfenre poétique aussi intéressant que les autres; 3" que les ternies techniques, dont il faut y faire usagée, enrichiront la lang^ue de la poésie.
Enfin il* n'a traité que la partie mécanique de l'art des Jardins. Il a entièrement oublié la partie la plus essentielle, celle qui cherche dans nos sensations, dans nos sentiments, la source des plaisirs que nous causent les scènes champêtres et les beautés de la nature perfectionnées par l'art. En un mot ses jardins sont ceux de l'architecture; les autres sont ceu.x du philosophe, du peintre ou du poète.
Delille, Les Jardin^^ avertissement.
La poésie champêtre s'est enrichie dans ce siècle d'un genre qui a été inconnu aux anciens... Les Anglais et les Allemands ont créé le genre de la poésie descriptive : les anciens aimaient et chantaient la campagne, nous admirons et nous chantons la nature...
Ce genre de poésie doit, comme tous les autres, se proposer d'émouvoir et de graver dans le cœur et la mémoire des hommes des vérités et des sent ments utiles ou agréables...
Le poète peut connaître comment ses descriptions peuvent émouvoir et quelles émotions elles peuvent donner
II fera moins des descriptions que des tableaux.
Il faut faire pour la nature physique que nous avons sous nos yeux, ce qu'Homère, le Tasse, nos poètes dra-