‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 82 sur 106 · Le P. Rapin, Horto um libri /F · texte numérisé non relu

Le P. Rapin, Horto um libri /F

DU XVIIl* SIÈCLE 351

matiques ont fait pour la nature morale : il faut l'agrandir, reml)ellir, la rendre intéressante...

Vous rendrez la nature intéressante, si vous la peignez toujours dans ses rapports avec les êtres sensibles... si vous ne la peignez j.imais sans être rerapli vous-même du sentiment qu'elle doit inspirer comme sublime, grande, triste, pauvre, riche, agréable ou belle...

Une suite de descriptions champêtres lasserait l'attention du lecteur le plus amoureux de la campagne; après avoir parcouru votre galerie de paysages^ il demandera des tableaux d'histoire; il s'ennuiera de vous suivre dans vos solitudes ; il voudra voir l'homme, et quelquefois le voir en action.

Il faut donc placer dans les paysages et dans les intervalles, l'homme champêtre, ses mœurs, ses travaux, ses peines et ses plaisirs.

Il n'y faut pas placer de malheureux paysans; ils n'intéressent que par leurs malheurs; ils n'ont pas plus de sentiments que d'idées; leurs mœurs ne sont pas pures; la nécessité les force à tromper : ils ont cette fourberie, cette finesse outrée que la nature donne aux animaux faibles et qu'i lie a pourvus de faibles armes ; parlez d'eux, mais ne les mettez que rarement en action, et surtout parlez pour eux...

Ce n'est pas aux agriculteurs que j'ai parlé, ils ne m'auraient pas entendu .. mais il sera utile à jamais d'inspirer à ceux que les lois élèvent au-dessus des cultivateurs, la bienveillance et les égards qu'ils doivent à des citoyens estimables...

Il est plus difficile d'ennoblir les objets communs que de peindre les grands objets, et d'animer un paysage que de décrire de belles horreurs.. . ^

Je me suis imposé de ne peindre que les campagnes de nos climats; si j'avais peint celles des climats étrangers, il aurait fallu enchâsser des descriptions dans des descriptions. J'ai préféré pour épisodes les ta'.)leaux des mœurs et quelques actions susceptibles d'intérêt; souvent

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j'ai fondu mes descriptions dans ces épisodes, de manière qu'elles en sont une partie essentielle.

Saint-Lambert, Les Saisons, dise, prélim.

Il n'est rien que le Dante n'exprimât, à l'exemple des anciens : il accoutuma les Italiens à tout dire; mais nous, comment pourrions-nous aujourd'hui imiter l'auteur des Géorgiques, qui nomme sans détour tous les instruments de l'agriculture ? A peine les connaissonsnous, et notre mollesse orgueilleuse, dans le sein du repos et du luxe de nos villes, attache malheureusement une idée basse à ces travaux champêtres, et au détail de ces arts utiles, que les maîtres et les législateurs de la terre cultivaient de leurs mains victorieuses. Si nos bons poètes avaient su exprimer heureusement les petites choses, notre langue ajouterait aujourd'hui ce mérite, qui est très grand, à l'avantage d'être devenue la première langue du monde pour les charmes de la conversation, et pour l'expression du sentiment.

Voltaire, Discours prononcé à sa réception à r Académie française.

Quoique ce poème n'ait pas pour objet l'agriculture purement rustique, il n'y est pas moins parlé de bêches, de serpettes, d'arrosoirs, de fumiers, de couches, de caisses, de la grefïe, des marcottes, des boutures, des insectes, des animaux nuisibles, de la maladie des arbres, etc., toutes choses que l'on a pensé ne pouvoir figurer noblement dans notre poésie.

Gouge de Cessieres, Les Jardins d'ornement^ préface.

Qu'il me soit permis de remarquer ici que le goût exclusif de nos auteurs pour ce genre*, leur inspire un dédain injuste pour les autres; et c'est un véritable malheur pour notre littérature. Les Anglais, plus sensés

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