‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 84 sur 106 · LENGLET DUFRESNOY · texte numérisé non relu

LENGLET DUFRESNOY

1" Le but de l'histoire est de donner des leçons

morales (p. 335).

2" Quelques règ-les de l'histoire : l'impartialité, un

juste milieu entre la crédulité et le pj-rrhonisme ;

savoir que les grands événements sont souvent

produits par de petites causes (p. 337).

TEXTES CITÉS Le.\glet DuiRESNOY '. Méthode pour étudier Vhistoire, 1713.

1° Le but de l'histoire est de donner des leçons morales.

Ceux qui se piquent de littérature et d'érudition se persuadent qu'ils ont beaucoup fait quand ils ont i-emarqué dans les historiens tout ce qui concerne la propiiélé pes termes, rélégance et la politesse du discours, les

coutumes et les usages anciens, la description des lieux particuliers, la suite et la vicissitude des empires, les commencements de toutes les reliçcions... l'orisrine, les richesses et la puissance des peuples... Je sais que ces observations ont leur avantage; mais comme la vue que les historiens ont eue en écrivant n'était point de nous apprendre à parler, et de faire connaître seulement les mœurs de chaque nation, on doit avoir égard à leur dessein. Ils prétendent donner ordinairement des règles de conduite et faire pratiquer là vertu, en représentant des personnes qui les ont possédées dans un degré fort éminent; ou, s'ils ne peuvent nous porter à une si haute perfection, ils font en sorte de détourner des vices les plus grossiers, en montrant l'aversion et la haine que se sont attirés les impies et les scélérats.

Lenglet Ddfresxoy, Méthode pour étudier V histoire, i.

C'est peu de chose que d'avoir la mémoire remplie d'un nombre infini d'années, de siècles, d'olympiades et d'époques; de savoir cette grande variété de rois, d'empereurs, de conciles et d'hérésies. Cette sorte d'étude ne mérite pas le nom de science de 1 histoire; car savoir, c'est connaître les choses par leurs principes : ainsi savoir l'histoire, c'est connaître les hommes qui en fournissent la matière; c'est juger sainement de ces hommes : étudier l'histoire, c'est étudier les motifs, les opinions et les passions des hommes, pour en pénétrer tous les ressorts, les tours et les détours; enfin pour connaître toutes les illusions qu'elles savent faire à l'esprit, et les surprises qu'elles font au cœur; en un mot c'est apprendre à se connaître soi-même dans les autres.

Ibid., I.

Enfin par rapport à la conduite, il faut apprendre aux jeunes gens que tout ce que nous voyons écrit n'est que le portrait des passions des hommes; et que, comme ces

DU XVIIl" SIÈCLE 357

passions sont inséparables de notre nature; on doit apprendre de l'histoire à en faire un bon usage.

Ihid.^ XVI.

L'étude de l'histoire ne doit servir qu'à trois choses, à les* affermir dans la Religion, à former leur esprit et à régler leur cœur.

Ihid., XVI.

Il est utile d'examiner surtout les portraits que les historiens font des grands hommes; ce sont souvent de vifs aig.iillons qui animent à devenir semblables aux personnes qu'on admire, et à fuir au contraire les manières de ceux dont on désapprouve la conduite.

Ibid., I.

2° Quelques règ-les de rhîstoîre : rimpartialité, un juste milieu entre la crédnJîté et le pyi*rlionisnie; savoir que les grands événements sont souvent produits par de petites causes.

La seconde marque d'un bon historien, c'est de n'être attaché à aucun parti; mais de juger des uns et des autres sans prévention.

Ibid.^ xviii, 2.

Il est bon de garder toujours un juste milieu, et de pratiquer exactement c^tte règle, que dans la lecture de l'histoire il ne faut être à la vérité ni trop crédule, ni affecter aussi le Pyrrhonisme, en se faisant honneur de douter de tout...

IbLd.^ XVI i, 1.

Il faut néanmoins savoir douter à propos, parce que

Page 1