Lus jeunes gens
les hommes venant à réllécliir sur ce même hasard, ou sur ces conjonctures inopinées, donnent le mouvement aux grands ressorts qui produisent les événements éclatants.
Ibid., xvi.
FÉNELON
1° La principale utilité de l'histoire est d'enseigner la politique et la vertu (p. 360). Pour obtenir ce résultat, elle doit :
2° Être impartiale (p 360) ;
3' Supprimer les faits inutiles, et mettre en relief le fond des choses. (Aussi sa plus grande qualité estelle Tordre et l'arrangement) (p. 361);
4" Rendre les mœurs véritables et « la couleur » de chaque époque (p. 363) ;
5° Elle doit être écrite simplement (p. 365).
TEXTE CITE Fénelon : Lettre sur les occupations de l'Académie, 1716.
Il y a très peu d'historiens qui soient exempts de gr.inds défauts. L'histoire est néanmoins trè.s importante : c'est elle qui nous montre les grands exemples, qui lait servir les vices mêmes des méchants à l'instruction des bons, qui débrouille les origines, et qui explique par quel chemin les peuples ont passé d'une forme de gouvernement à une autre.
Féxelon : Lettre sur les occupations de VAcadémie.
Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays : quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais en
IDKES ET DOCtniXES LITTÉRAIRES DU XVlIl* SIÈCLE 361
rien. L'historien français doit se rendre neutre entre la France et l'Angleterre : il doit louer aussi volontiers ïalbot que Duguesclin ; il rend autant de justice aux talents militaires du prince de Galles qu'à la sagesse de Charles V.
Il évite également les panégyriques et les satires : il ne mérite d'être cru qu'autant qu'il se borne à dire, sans flatterie et sans malignité, le bien et le mal.
Ibid.
L'homme qui est plus savant qu'il n'est historien, et qui a plus de critique que de vrai génie, n'épargne à son lecteur aucune date, aucune circonstance superflue, aucun fait sec et détaché ; il suit son goût sans consulter celui du public ; il veut que tout le monde soit aussi curieux que lui des minuties vers lesquelles il tourne son insatiable curiosité. Au contraire, «n historien sobre et discret laisse tomber les menus faits qui ne mènent le lecteur à aucun but important. Retranchez ces faits, vous n'ôtez rien à l'histoire : ils ne font qu'interrompre, qu'allonger, que faire une histoire, pour ainsi dire, hachée en petits morceaux, et sans aucun fil de vive narration. Il faut laisser cette superstitieuse exactitude aux compilateurs. Le grand point est de mettre d'abord le lecteur dans le fond des choses, de lui en découvrir les liaisons et de se hâter de le faire arriver au dénouement. L'histoire doit en ce point ressembler un peu au poème épique :
Semper ad eventum festinat, et in médias res, Non secus ac notas, auditorem rapit ; et quae Desperat tractata nitescere posse, reliuquit ' .
Il y a beaucoup de faits vagues qui ne nous apprennent que des noms et des dates stériles : il ne vaut
1. H jRAT, De Allé poet., v. l'iS-lôO : < Le poète se hâte vers le ilénouemeot, jeUe le lecteur eu pleine crise, et laisse de côté tout ce dont il ne peut espérer un graud effet. »
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guère mieux savoir ces noms que les ignorer. Je ne connais point un liomrae en ne connaissant que son nom. J'aime mieux un historien peu exact et peu judicieux, qui estropie les noms, mais qui peint naïvement tout le détail, comme Froissard, que les historiens qui me disent que Gharleraagne tint son parlement à Ingelheira, qu'ensuite il partit, qu'il alla battre les Saxons, et qu'il revint à Aix-la-Chapelle : c'est ne ra'apprendre rien d'utile. Sans les circonstances, les faits demeurent comme décharnés : ce n'est que le squelette d'une histoire.
La principale perfection d'une histoire consiste dans l'ordre et dans l'arrangement Pour parvenir à ce bel ordre, l'historien doit embrasser et posséder toute son histoire, il doit la voir tout entière comme d'une seule vue ; il faut qu'il la tourne et qu'il la retourne de tous les côtés, jusqu'à ce qu'il ait trouvé son vrai point de vue. Il faut en montrer l'unité, et tirer, pour ainsi dire, d'une seule source tous les principaux événements qui en dépendent ; par là il instruit utilement son lecteur, il lui donne le plaisir de prévoir, il l'intéresse, il lui met devant les yeux un système des affaiies de chaque temps, il lui débrouille ce qui en doit résulter, il le fait raisonner sans lui faire aucun raisonnement, il lui épargne beaucoup de redites, il ne le laisse jamais languir, il lui fait même une narration facile à retenir par la liaison des faits. Je répète sur l'histoire l'endroit d'Horace qui regarde le poème épique :
Ordinis hœc virtus erit et venus, aut ego fallor, Ut jam nunc dicat jatn nunc debeutia dici, Pleraque différât, et praesens in tempus omittat *.
Un sec et triste faiseur d'annales ne connaît point d'autre ordre que celui de la chronologie : il répète un
1. De Arte poet.,y. 42-44. « Le mérite et In beauté de l'ordre consistent, BÎ je ne me trompe, à dire d'abord ce qui doit d'abord être dit, et à différor, à Gin lire le reste jusiiu'au moment favci-able. »
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fait toutes les fois qu'il a besoin de raconter ce qui tient à ce fait ; il n'ose ni avancer ni reculer aucune narration. Au contraire, l'historien qui a un vrai génie choisit sur vingt endroits celui où un fait sera mieux placé pour répandre la lumière sur tous les autres. Souvent un fait montré par avance de loin débrouille tout ce qui le prépare. Souvent un autre fait sera mieux dans son jour étant mis en arrière ; en se présentant plus tard, il viendra plus à propos pour faire naître d'autres événements. C'est ce que Cicéron compare au soin qu'un homme de bon goût prend pour placer de bons tableaux dans un jour avantageux ; Videlur tanquam tabulas bene pictas collocare in bono luniine *.
Ainsi un lecteur habile a le plaisir d'aller sans cesse en avant sans distraction, de voir toujours un événement sortir d'un autre, et de chercher la fin, qui lui échappe, pour lui donner plus d'impatience d'v arriver. Dès que sa lecture est finie, il regarde derrière lui, comme un voyageur curieux qui, étant arrivé sur une montagne, se tourne, et prend plaisir à considérer de ce point de vue tout le chemin qu'il a suivi et tous les beaux endroits qu'il a traversés.
Ihid.
Le point le plus nécessaire et le plus rare pour un historien, est qu'il sache exactement la forme du gouvernement et le détail des mœurs de la nation dont il écrit l'histoire, pour chaque siècle. Un peintre qui ignore ce qu'on nomme il costume ne peint rien avec vérité. Les peintres de l'école lombarde, qui ont d'ailleurs si na'ivement représenté la nature, ont manqué de science en ce point : ils ont peint le grand-prêtre des Juifs comme un pape, et les Grecs de l'antiquité comme les hommes qu'ils voyaient en Lombardie. Il n'y aurait néanmoins rien de plus faux el de plus choquant que de peindre les