‹ Idées et doctrines littéraires du 18e siècle (extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques)Chapitre 93 sur 106 · III. — La philosophie de l'histoire · texte numérisé non relu

III. — La philosophie de l'histoire

a) // Tty 0, pas de dessein providentiel qui conduise V humanité. Bossuet s^est trompé.

Il est toujours bien hardi de vouloir pénétrer dans les desseins de Dieu; mais cette témérité est mêlée d'un grand ridicule quand on veut prouver que le Dieu de to«s les peuples de la terre, et de toutes les créatures des autres globes, ne s'occupait des révolutions de l'Asie, et qu'il n'envoyait lui-même tant de conquérants les uns après les autres, qu'en considération du petit peuple juif, tantôt pour l'abaisser, tantôt pour le relever, toujours pour l'instruire, et que cette petite horde opiniâtre et rebelle était le centre et l'objet des révolutions de la terre. Voltaire, Le Pyrrhonisme de l'histoire.

L'illustre Bossuet... paraît avoir écrit uniquement pour insinuer que tout a été fait dans le monde pour la nation Juive ; que si Dieu donna l'empire de l'Asie aux Babyloniens, ce fut pour punir les Juifs; si Dieu fit régner Cyrus, ce fut pour les venger; si Dieu envoya les Romains, ce fut encore pour châtier les Juifs. Cela peut être; mais les grandeurs de Cyrus et des Romains ont encore d'autres causes; et Bossuet même ne les a pas omises en parlant de l'esprit des nations.

Voltaire, Essai sur /es mœurs, avant-propos.

S'il est permis d'examiner la partie historique des livres judaïques, par les mêmes règles qui nous conduisent dans la critique des autres histoires, il faut convenir, avec tous les commentateurs, que le récit des aventures d'Abraham, tel qu'il se trouve dans le Pentateuque, serait sujet à quelques difficultés s'il se trouvait dans une autre histoire,

VoLTAinE, La Philosophie de l'histoire, par feu l'abbé Bazin, xvi.

Les livres saints sont faits pour enseigner la morale et non la physique.

Ibid., XLVii.

b) Ce qui explique et fait Cfdstoirey c^est : 1" les petites causes, le hasard.

Il fallait une favorite à la reine Anne. Elle se tourna du côté de railady Mashara, sa dame d'atour. Les jalousies de la duchesse (de Marlboroughi éclatèrent. Quelques paires de gants d'une façon singulière qu'elle refusa à la reine, une jatte d'eau qu'elle laissa tomber en sa présence, par une méprise affectée, sur la robe de madame Masham, changèrent la face de l'Europe.

Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxii.

Tout événement en amène un autre auquel on ne s'attendait pas. Romulus ne croyait fonder Rome, ni pour les princes Goths, ni pour des évoques. Alexandre n'imagina pas qu'Alexandrie appartiendrait aux Turcs ; et Constantin n'avait pas bâti Constantinople pour Mahomet IL Voltaire, La Pfdlosophie de r/iisioire, li.

François l" mourut de cette maladie alors presque incurable que la découverte du Nouveau-Monde avait transplantée en Europe. C'est ainsi que les événements sont enchaînés : un pilote génois donne un univers à l'Espagne; la nature a mis dans les îles de ces climats lointains un poison qui infecte les sources de la vie ; et il faut qu'un roi de France en périsse.

Voltaire, Essai sur les mœurs, ch. cxxv

2'^ Les grands hommes.

Je voudrais ici pouvoir rendre justice à tous les grands hommes qui ont comme lui' illustré leur patrie dans le

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