‹ Idées et doctrines littéraires du 19e siècleChapitre 67 sur 75 · SAINT-MARC GIRARDIN · texte numérisé non relu

SAINT-MARC GIRARDIN

La critique doit se proposer de tirer des lettres un enseignement moral.

TEXTE CITE

Saint-Marc Girardin. — Cours de littérature dramatique,

Quoique les opinions morales de la littérature ne tiennent pas aux mœurs de la société, la critique cependant a droit de s'en soucier pour deux raisons.

La première raison est toute littéraire. Il est des opinions morales qui aident à créer le beau ; il en est qui poussent à créer le laid. Or, le devoir de la critique, selon moi, c'est de montrer que le beau est le but et la fin de la littérature ; et la critique doit combattre les opinions et les idées qui détournent l'esprit de ce but suprême...

Notre littérature ne représente pas notre société : elle n'en représente que les caprices d'esprit, elle n'en exprime que les fantaisies. Ce n'est donc pas condamner les mœurs de notre temps que d'en attaquer les opinions morales : car les unes sont presque indépendantes des autres. Mais, comme avec le temps ces opinions influent, soit sur la littérature dont les créations deviennent moins pures, soit sur la conscience publique, qui devient ainsi moins hardie à répudier le mal, il est du devoir de la critique et de la morale de signaler les altérations que la littérature fait subir à l'expression des sentiments principaux du cœur humain, de ces sentiments qui sont le sujet éternel de la littérature dramatique.

Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, I, 19.

DU XIXe SIÈCLE 321

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