‹ Idées et doctrines littéraires du 19e siècleChapitre 69 sur 75 · V. Hugo, William Shakespeare, 2e partie, liv. III, chap. îv · texte numérisé non relu

V. Hugo, William Shakespeare, 2e partie, liv. III, chap. îv

Les rhétoriques, officielles et officieuses, nous avons signalé cette sagesse, prennent de fortes précautions contre les génies. Ils sont peu universitaires; qui plus est, ils manquent de platitude. Ce sont des lyriques, des coloristes, des enthousiastes, des fascinateurs, des possédés, des exaltés, des « enragés », nous avons lu le mot, des êtres qui, lorsque tout le monde est petit, ont la manie de « faire grand ». Que sais-je, ils ont tous les vices. Un médecin a récemment découvert que le génie est une variété de la folie. Ils sont Michel-Ange maniant des colosses; ils sont Rembrandt peignant avec une palette toute barbouillée de rayons de soleil; iis sont Dante, Rabelais et Shakespeare, excessifs. Ils vous apportent un art farouche, rugissant, flamboyant, échevelé comme le lion et la comète. Quelle horreur! On se coalise contre eux, et Ton fait bien. Il y a, par bonheur, des tealotallers de l'éloquence et de la poésie. J'aime la pâleur, disait un jour un bourgeois de lettres. Le bourgeois de lettres existe. Les rhétoriques, inquiètes des contagions et des pestes qui sont dans le génie, recommandent avec une haute raison, que nous avons louée, la tempérance, la modération, le « bon sens », l'art de se borner, les écrivains expurgés, émondés, taillés, réglés, le culte des qualités que les malveillants appellent négatives, la continence, l'abstinence, Joseph, Scipion, les buveurs d'eau; tout cela est excellent; seulement il faut prévenir les jeunes élèves qu'à prendre ces sages préceptes trop au pied de la lettre on court risque de glorifier une chasteté d'eunuque. J'admire Bayard, soit; j'admire moins Origène.

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