U CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST
Par cette conformation de son esprit à la parole de vérité, et de sa volonté à la volonté divine, Tâme s'unit à Dieu par toutes ses facultés, et alors se faisant librement l'instrument de Bien, et s'identiliant pour ainsi dire avec lui dans sa manière de sentir, de penser, de vouloir et d'agir, ce n'est plus elle qui vit, mais Jésus-Christ en elle: Vivo autem^jamnonego: vivît vero in me Chr 'mtus (Gai. n, 20).
Cependant le pins grand obstacle à cette union bienheureuse est le corps, mis en révolte contre Tàme par le péché d'origine et la concupiscence chamelle qui Féloigne de Dieu et de sa loi.
Le chrétien ne peut donc suivre Jésus-Christ dans sa vie intérieure, sans domiuer comme lui sa vie extérieure, sans réduire soa corps en servitude, suivant la parole de saint Paul.
Je châtie mon corps et le réduis en servitude, (I Cor. IX, 27) afin qu'il devienne un instrument docile de Tesprit, un serviteur fidèle de ma volonté.
Ce qui ne peut se faire, avec le secours de la grâce, que par une discipline sévère imposée au corps, tantôt pour modérer ses appétits, mettre un frein à son activité désordonnée, tantôt pour secouer son inertie, exciter sa paresse et le forcer à travailler sous la loi de l'esprit et par l'impulsion de l'âme.
De là, ce qu'on appelle la mortification sensible que PEglise impose dans une certaine mesure à tous ses • fidèles par l'abstinence, par le jeûne, par la privation des jouissances des sens, de Timagination et des passions qui en sortent, afin qu'ils apprennent k se détacher des choses de la terre, à s'abstraire de leurs impressions et de leur goût, à se spiritualiser en un mot, même dans leur corps, pour se rapprocher de Dieu et
CIMQIIÈIIE SÉRIE.
se mettre en mesure de recevoir sa vie dans leur cœur.
Telle est la voie unique pour suivre Jésus-Christ dans sa vie intérieure, et il l'a indiquée lui-même par ces paroles (Malth. xvi, 24) :
One celui (jui veut me suivre renonce au monde et à lui-même, qu'il prenne sa croix, la porte tous les jours et marche sur mes traces.
Ce qui se fait par la prière du cœur, qui transporte le désir cl la vie on Dion par la foi en sa parole, qui lui soumet sou esprit par le renoncement à sa propre volonté devant le commandement divin, et enfin, comme préparation à cette sublimation de Fexistence, par la réduction de la chair en servitude au nioyon de la discipline des sens et de la mortification des appétits ; cai^ Phomme intérieur et céleste, dont Jésus-Christ est le modèle, ne peut s'élever que sur les ruines de Thomme extérieur et terrestre.
CttJ» patienlia supporianies inviccm m duritêie (Éphes. t).
Supportei-foiii let nos les antres avec patience dans la charité.
Maintenant, et c'est par là que nous terminerons les exemples du Sauveur, nous allons le contempler dans l'exercice de la plus excellente des vertus, qui est le complément ou la plénitude de toutes les aufares : la charité, dont il est le parfait modèle.
Digjtized by
LA CONNAISSANCE DE JÊSDS^HRIST. 155
Or, la charité de Jésus-Christ, ou son amour pour les hommes, s'est exercée de deux manières :
1" Par ce qu'il a supporté d'eux ;
Par ce qu'il a supporté pour eux.
Nous le considérerons aujourd'hui dans le support . à leur égard.
CumfuOientia supportantes bmcmineharitatej dit TApôtre, c^est la première preuve d^amour que nous
devons donner à nos semblables dans la famille et dans la société, où nous nous trouvons en contact continuel, et souvent en collision avec leurs caractères et leur volonté.
La raison l'enseigne, puisque tous nous avons nos défauts et nos faiblesses, et qu'ainsi la paix n'est possible, surtout dans les relations de tous les jours, que par des concessions mutuelles et un support réciproque.
Mais ce que dit la raison, elle ne donne pas toujours la bonne volonté ni la force de l'accomplir, et c est pourquoi la vertu de la patience a besoin d'un autre mobile qui la rende capable de Tun et de l'autre.
Ce mobile, qui nous donne ce double avantage, est l'esprit de Jésus-Christ, qu'il nous inspire par sa grâce, et que nous pouvons attirer par la foi, par la prière, et en nous excitant par son exemple.
Comment Jésus a suppotié les hommes pour les instruire et les guérir : ses apôtres, ses. disciples ou ses amis ;
Les ingrats qu'il bénit et guérit : le peuple qui
i5g CINQUIÈME SÉRIE.
l'exalte aujourd'hui et qui le lendemain demande sa mort : Toile eiim, eruâfigatur;
Ses ennemis : les prêtres, les pharisiens* lés sadducéens, ses bourreaux.
Hais sa patience est pleine de dignité et de force. Il reprend vivement ses disciples, leur reprochant leur incrédulité, leur dureté de cœur, leur légèreté. 11 stigmatise les pharisiens, leur avarice, leur orgueil et leur hypocrisie. Il cliasse les vendeurs du temple. Il garde le silence devant Caïphe, Pilate et Uérode, et ne répond pas à leurs accusations.
Et nous, avons-nous la patience de la charité envers nos amis comme envers nos enneniis? non celle de l'apathie, qui laisse aller pour ne pas troubler son repos; de la légèreté, qui ne veut pas voir ce qui la gène ou la contristerait ; de la lâcheté, qui aime mieux subir le mal que de faire effort pour le combattre ;
Mais la patience de lamour, d'abord vis-à^vis de ceux qui ndus aiment, nos frères, nos enfants, nos condisciples : le mari pour sa femme, la femmé pour
son mari, les amis pour les amis.
Combien de causes d'irritation et de collision dans la vie commune de la famille et de la société!
Puis, vis-à-vis des ingrats ou de ceux qui nous semblent tels. Leur indifférence ou leur injustice nous blesse au vif et nous met liors de nous, et nous ne pouvons même y penser sans colère et sans trouble.
Et nos ennemis, ceux qui nous font du tort, du
mal, et surtout qui blessent notre vanité, nous ne pouvons les voir ou en parler sans aigreur.
Il suffit même d'être notre adversaire, de ne pas