‹ Idées et plans pour la méditation et pour la prédicationChapitre 11 sur 17 · U CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

U CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST

penser et parler comme nous, ou do nous contrarier

dans nos intérêts ou nos opinions : adversaires politiques, littéraires, etc.

Loin d'avoir la patience de la charité, qui supporte tout pour Dieu, nous n'avons même pas celle de l'équité, qui veut que nous traitions notre semblable comnio nous-niômos.

Et cela, parce que nous nous aimons plus que notre prochain, plus que la justice, plus que la vérité, plus que Dieu et sa loi, au point de les sacrifier à notre intérêt propre, à notre plaisir, à notre convenance.

L'amour naturol du moi, ou ré^oïsiuo, suite du péché d'origine qui a dépravé notre ame, 1 emporte sur le sentiment de la justice et sur Tamour surnaturel du bien ou la charité.

Nous nous aimons plus que tout, tandis que nous devrions aimer Dieu par-dessus tout, et nous jugeons tout par cette fausse mesure : ce qui nous rend idolâtres de nous-mêmes, injustes envers nos semblables, et perturbateurs de l'ordre divin.

De là notre indignation quand les autres nous contrarient, nous blessent ou nous rabaissent. Aveuglés par la passion, nous perdons avec la justice et la charité le sentiment de notre dignité, de celle des autres, et la violence nous emporte à des paroles et à des actes coupables.

Ou bien, si nous sommes trop faibles contre Tobstacle, nous nous abattons par le découragement, réduits dans notre impuissance à vouloir et à imaginer la vengeance qui nous écliappe.

Chrétiens, contemplons cette belle et grande figure de Jésus en face de ses amis et de ses ennemis, plein du. cafane, de la force et de la dignité que donne la

aNQUltME SÉRIE.

patience céleste; et nous puiserons dans ce spectacle, que nous offre constamment sa vie et sa mort, avec la honte de notre impatience et de nos emportemonts, la grâce de supporter nos. frères, pour qu'ils nous supportent, et la vertu plus haute encore de faire du bien à ceux qui nous font du mal, c'est-àdire, comme Jésus-Christ la fait et enseigné, de vaincre le mal dans le bien (Rom* xii, 21).

Diligite invicem sicul dilexi vos (Joan. XV, H).

Aimez-vous les uns les autres conune je TOQi ai aimés.

La charité de Jésus-Christ, avons-nous dit, s^est manifestée de deux manières : par ce qu'il a supporté de la part des hommes, et par ce qu'il a souffert pour eux.

Nous avons admiré son support et sa patience à l'égard de ses apôtres, de ses disciples, de ses amis, de ses ennemis, et enfin de ses bourreaux; grande

leçon, iiiodèhMncoHiparahle pour tous les chrétiens!

Mais l'amour ne consiste pas seulement à supporter les autres, ce qui est déjà une grande irertu. Sa perfection est de leur faire du bien sans espérer de retour, même aux indifférents, aux méchants et aux ingrats. Son bonheur et sa gloire est de se dévouer aux autres par le sacrifice.

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LA C0NMISSAÎ4CE DE JËSUS-CIIRIST. 150

Telle est la divine charité, dont le Sauveur nous offre le modèle.

Le Verbe divin est venu en terre, et s'est fait homme pour nous faire participer à ia vie même de Dieu.

Or, a dit Jésus-Christ (Joan. zvn, 3), la vie éternelle, c'est de connaître le seul vrai Dieu et Celui qu'il

a envoyé, et le but de cette connaissance est de Taimer et de le servir.

Jésus-Christ, en nous faisant connaître le vrai Dieu, nous a donc appris à aimer Celui qui est souverainement aimable, et à aimer comme il aime lui-même, et comme on aime au ciel et dans l'éternité.

Or Dieu aime de toute la plénitude de l'amour, pour le bien de ce qu'il aime, et sans retour sur lui, piiîs(}u'il n'a besoin de pèrsonhe.

Ainsi le Sauveur a aimé les hommes sur la terre, jusqu'à se donner tout entier pour eux par sa vie et par sa mort, il a versé tout son sang pour les racheter et lèS'Sauver.

Et il leur a dit : Celui qui aime bien donne sa vie pour ceux qu'il aime ( Joan. xv, 15 ) ; aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Ib. 12).

Ce qu'il a dit, il l'a fait.

Il nous a d<lnc enseigné par sa parole et par son

exemple que lo véritahlc amour est dans le sacrifice. 11 s'est dévoué le premier pour le salut de ses frères, nous laissant, dit saint Pierre, les vestiges de son exemple, et nous invitant à le suivre par et dans son saint sacrifice (l Pet. u, 21). .

CINQUIÈME SÊRIB.

Cette vérité, que t'amour véritable est dans le sacrifiée, est confirmée par le témoignage du genre humain. Partout, et à tous les de^^rés, l'amour excite Tadmiration et le dévouement, en raison du sacriiice qu'il accomplit.

L'amour maternel, même dans sa partie naturelle, et à plus forte raison quand il est épuré et transfiguré par la loi chrétienne.

L'amitié sincère, même chez des païens, comme Oreste et Pyiade, Damon etPythias,Euryale et Nisus, qui veulent mourir Tun pour l'autre ; et à plus forte raison Pamitié chrétienne, qui a le courage de dire la vérité et de s'exposer à la colère des passions humaines^ même de la part de celui qu'elle aime, pour le préserver ou le retirer du mal, pour dessiller ses yeux aveuglés, pour sauver son âme.

Le patriotisme, qui se dévoue pour le bien commun ou le salut du peuple.

Que sera-ce donc, quand le sacrifice de soi s'étendra à tous les hommes par l'inspiration de la charité de Jésus-Christ, qui a donné sa vie pour tous?

Là est la j)ert'cclion de raiiiour, parce que là est la plénitude du sacriiice; c'est l'amour divin luimême dans le cœur humain, cest la divine charité. -

Le prêtre de Jésus-Christ, le missionnaire^ le frère des écoles chrétiennes, la sœur de Charité, tous ceux, clercs ou laïques, qui, en union avec Jésus- Christ et par Purgence de son amour, se dévouent au salut de leurs semblables.

Voila Pamour que Jésus-Christ est venu enseigner et pratiquer sur la terre, qui ne le connaissait point avant lui; c'est le l'eu qu'il y a apporté, et qu'il veut y faire brûler (Luc. xu, 49).

. LA CONNAISSANCE D£ JÉSLS-CURIST. IGl

Non, disent les hommes du monde, un tel sacrifice

est au-dessus des forces de la nature ; et en supposant qu'il soit raisonnable, bien peu d'bommcs en sont capables!

Et cependant, depuis dix-huit siècles des milliers

d'hommes ont vécu et sont jnorts dans la charité de Jésus-Christ pour le salut de leurs frères, et tous les jours encore on rencontre dans nos villes et nos campagnes des héros et des victimes de cette divine charité, qui élèvent les enfants du peuple, soignent les malades, et se dévouent au soulagement et à la consolation de toutes les misères.

Oui, nous en convenons, c'est une vertu qui dépasse les forces et les conditions de la nature ; et c'est pourquoi on n*en devient capable que par l'inspiration d'une force supérieure, par la grâce de Jésus- Christ, dont on devient l'instrument.

La grâce n'empêche pas la douleur du sacrifice, mais elle aide à la supporter et à la surmonter.

Mais aussi, parce qu'elle est une participation à la vie divine, en faisant aimer comme Dieu aime, par l'infusion de son amour, elle en communique les délices, et fait jouir déjà ici-bas d'une partie de son bonheur.

Douceurs et consolations de l'exercice de la charité.

C'est cet amour quia valu à Madeleine la rémission de ses péchés. Il lui a été beaucoup remis, parce qu'elle a beaucoup aimé.

Suivons-la donc dans son repentir, si nous avons eu le malheur de l'imiter dans ses désordres. Et si, comme elle, après avoir offensé si souvent Jésus- Christ par nos fautes, ou l'avoir abandonné par l'entraînement des passions, nous avons le bonheur

les GINOUIÈME SÉRIE

de revenir à Taimer par-dessus tout, an point de lui sacritier courageusement tout ce qui uous en avait éloignés; oh! alors il nous sera aussi beaucoup remis en raison de notre amour, et aj^ès ayoir visité Jésus- Clirist avec elle au Calvaire, au pied de la croix, et à son tombeau, nous le suivrons encore dans sa résurrection, au ciel dans sa gloire et dans la félicité de son éternel amour.

■WAOI.BI DB JÉSaa-OBllIST

Cxei vlientf eUmii êmbuhmtf leprati

mundanlur, surdi audiufft, mortui rcffurguni, pauperes evaugelUantur (llaith., xi, r,).

Les aveugles voient, les boiteux uiarehent, les sourds entendent, les morts ressu9eilait,les pauvres sont évangéUsês.

Nous allons continuer notre étude de Jésus-Christ. Cette lois nous le considérerons, non dans ses mystères, dans sa science, dans ses préceptes, dans ses vertus ou ses exemples, mais dans les miracles qu'il a opérés pendant sa vie terrestre.

Notre but est de montrer que, présent dans son Église jusqu à la consommation des siècles, comme il l'a promis à ses apôtres (Matt. xxvm, 20), Jésus- Christ a continué à faire des miracles parmi les hommes comme au temps de son séjour sur la terre, et qu'il en fait encore aujourd'hui en raison de la foi qui excite sa puissance, et de la prière qui l'attire.

Pcnsco consolante dans nos peines, si grandes qu'elles soient, puisque, ao défaut de tout secours humain, elle nous donne une espérance et nous ouvre

le rei'uge de la bonté divine !

1^ U ne faut pas confondre le miracle ayec les faits merveilleux ou extraordinaires.

Le laerveilleux, qui excite l'étonnement et l'admiration, dépend en grandq partie de la sensibilité et de rimaginatîon.

L'extraordinaire est ce qui sort de nos habitudes, ou ce que notre ignorance ne peut comprendre ni expli(juer.

Tout est merveilleux dans la nature par l'ordre et la beauté qui y régnent, et cependant il ne s'y fait point de miracles.

Tout paraît extraordinaire aux esprits étroits sortis de leur sphère, ou aux ignorants qui ne connaissent pas les causes des choses.

Le miracle est' un fait qui n'est produit et ne peut être produit par aucune cause naturelle ou humaine, parce qu'il déjjassc les iorces de la nature et la puissance de l'homme.

Il ne détruit pas l'ordre de la nature, mais il l'excède ; il est en dehors et au-dessus : prœter .ardinem naturx.

Exem|)les : la guérison subite et sans remèdes humains d'une maladie organique réputée incurable : — la résurrection d'un mort; — l'eau changée en vin; — la multiplication des pains et des poissons au désert, etc.

LES MlRAGLEi) DE JËStJS-CURlST. iCb

Le caractère et les conditions des vrais miracles,

c'est de tendre toujours à la plus grande gloire de Dieu et au salut des àines.

Les miracles opérés par Jésus*Christ, même quand ils semblent ne procurer qu'un bienfait physique, sont toujours des préfigurations de bienfaits spirituels.

Pourquoi Dieu fait-il des miracles ? Pour manifester sa puissance, ou l'une de ses perfections, d'une manière directe et plus éclatante, afin que les hommes apprennent à le mieux connaître, à Taimer davantage et à le servir plus lidèlement.

Ainsi Jésus-Christ dit que son Père l'exauce, afin que les hommes reconnaissent celui qu'il a envoyé, et ^éternelle vérité qu'il leur annonce ( Joan. VI, 29) :

Sa puissance, par la guéridon de l'aveugle désolé; Sa bonté, par la résurrection de lenfant de la veuve de Naïm;

Son amour, par celle de Lazare ; Sa sollicitude pour sou peuple qu'il nourrit dans le désert ;

Sa miséricorde, par la guérison du paralytique de trente-huit ans et celle de la fille de la Cananéenne, etc., etc.;

Sa charité pour tous, par la diflusion de ses grâces sur tous ceux qui invoquent son secours avec foi.

3" Quand Dieu fait-il des miracles? De sou côté, quand il lui plaît, et pour l'accomplisseuient de ses desseins providentiels. A cette lin, il suspend tout d'un coup l'ordre de la nature, non pas en général , mais en certains cas particuliers qui ne troublent

SIXIÈME SÉRlfi.

point l'ordre commun ; et son moyen le plus eiiicace pour changer le cours des choses, qui, par la faute des hommes ya contre sa volonté et en dehors de sa

sagesse, est de mouvoir par une grâce spéciale le cœur des hommes, et ainsi de les faire rentrer d'une manière inattendue, et quelquefois sans qu'ils le sachent eux-mêmes, dans les voies de sa providence. Tel Saul renversé sur le chemin de Damas, et qui d'un persécuteur violent de rÉvangile en devient l'apôtre le plus ardent.

De notre côté, quand nous lui plaisons par notre foi, qui ouvre notre esprit à la lumière de sa parole et notre volonté aux inspirations de sa grâce qui la pousse et la fortilie.

C'est pourquoi Jésus-Clirist réclame toujours cette • foi de ceux qui implorent son secours : Qaid tibi vis faeiamî.,, ct-edisî,., vissanus fierif Domine^ adjuva incredulitatem meam^ dit le père du possédé en lui demandant la guérison de son iils.

Ët à ses apôtres, qui le réveillent avec frayeur dans la barque menacée par la tempête, le Seigneur dit tout d'ahord : Quid timi^ estis^ modic» fidei (Matt. vm, 26).

Et ailleurs : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne de se jeter dans la mer et elle s'y précipiterait (Matt. xvji, 19).

Il s'opère donc des miracles toujours et partout où règne la foi.

Jésus-Christ a dit : « Si vous vous réunissez plusieurs pour demander quelque chose en mon nom, Dieu vous Taccordera » (Matt. xvni^ 19). Saint Paul s'écriait : « Pour moi^ lo [)lu8 faible des hommes, je puis tout en celui qui me fortilie » (Philipp. iv, 13).

LES MIRACLES DE JÉSUS-CURIST. Ië7

C'est ce qui fait ia vertu des associations de prières;

elles font, pour ainsi dire, violence au ciel, et de là, quand elles sont ardentes et persévérantes, les miracles qu'elles obtiennent encore de nos jours, à la grande surprise des incrédules, et surtout pour leur conversion.

4° Comment Dieu fait-il des miracles ? Comme il lui convient et par tous les moyens, mais surtout par Fintervention des saints, dont les prières sont plus puissantes que les nôtres à cause de la pureté de leur

âme et de leur participation plus grande à la vie divine, ils sont les amis, les familiers de Dieu, et par conséquent ils ont plus d iniluencc auprès de Lui : Multum valet deprecatio juëti assidua (Jac. v, 16).

C'est par les miracles surtout qu'ils manifestent leur sainteté ici-bas, et c est pourquoi rEglise demande des miracles constatés pour les canoniser. Invoquons-les donc avec foi, avec persévérance, etc., etc.

deei vUent (llauli. si, 5).

Les aveugle» Toient.

Mous avons expliqué la nature et la condition des vrais miracles^ pourquoi Dieu en fait, quand il les fait, et comment. Voyons maintenant en particulier les

mirac les (pic le Seigneur donne lui-même aux disci^ pies de Jean comme les sigtics de son avènement,

i08 SIXIÈME SÉRIE.

en leur citant les paroles d'Isaîe qui le prophétisent; et d'abord le premier, la yue rendue aux aveugles : cœci vident.

Ce miracle s'opère encore fréquemment de nos jours par la vertu de la parole de Jésus-Christ, et d'une manière spirituelle, ce qui est souvent un plus

grand miracle que la guérison de raveugleraent physique.

L'aveuglement est la privation de la lumière.

Or, il y a trois sortes de lumière : la lumière physique, qui éclaire l'œil du corps; la lumière intelligible, qui éclaire T entendement ou l'œil de l'intelligence naturelle ; la lumière surnaturelle, qui est le rayon diréct de Dieu, et qui fait voir à l'àme les choses divines.

La première a sa source dans le soleil, les astres et tous les corps lumineux de ce monde; c'est la lumière sensible.

La seconde a son foyer dans la parole humaine, et se répand par elle : c'est la lumière de la raison.

La troisième émane directement de Dieu, rayonne par sa parole, et illumine l'âme par la foi, qui est le sens du divin.

On peut donc être aveugle de trois manières, selon l'espèce de lumière dont on est privé, par le manque* ou l'obscurcissemeut du sens qui y correspond, Tœil, la raison ou la foi.

Or, la manière dont Jésus-Christ a guéri des hommes physiquement aveugles, explique et ])rérigurc celle dont il guérit i aveuglement de l'esprit et de l'àme.

LES MiaAGLËS I)£ JËSUS-CHRIST. iH»

L'Évangile nous raconte trois guérisons de ce genre. Considérons aujourd'hui celle de l'aveugle de naissance.

Récit du fait évangélique (Joan. ix).

Au moral, il y a deux aveuglements de naissance :

1" parle péché cruriginej 2" par le défaut d'une éducation religieuse.

1° Par son péché, l'homme, ayant troublé son rapport avec le ciel, n'en a plustrcfçu la lumière comme à son origine, et ainsi il est devenu aveugle pour les choses éternelles. Toute sa postérité a participé, par

sa naissance même, à cet aveuglement que Jésus- Christ est venu détruire par la lumière de sa parole. C'est pourquoi il a dit : Ego sum lux mitndi :

qui sequitur me, non ambtdat in tenebris (Joan. viii, 12) ; et Tapôtre saint Paul écrit aux Éphésiens : Eratis enim aliquando tenebrWf nwte anUem lux in Dammo (Ephe8.v, 8).

Cette guérison de l'aveuglement moral des nations par rÉvangile est un vrai miracle; car une action surnaturelle pouvait seule l'opérer.

Ce miracle se renouvelle en chaque âme régénérée par le baptême, et comme Jésus a ouvert les yeux à Taveugle-né en les oignant d'un peu de terre mêlée à sa salive, ainsi l'ouverture de l'œil de l'àme dans le baptême s'accomplit par le moyeji de l'eau imprégnée de TEsprit-Saint par la parole sacrée.

Et quand le sens dti divin, ou Tœil de Tâmc, a été ouvert par la vertu de l'esprit à la linnière du ciel, et couiuie organisé pour la recevoir, il laut que la parole divine lui transmette cette lumière par Tin-

SIIIÈHB SÉRIE.

slructiou, et alors il connaît par la foi les vérités étemelles qui dépassent sa raison. *

Là encore il y a miracle, puisque, par une opération surnaturelle, le sens du divin, qu'il avait perdu, lui est rendu, et une nouvelle jacuité de connailre, et de connaître l'infini, qui échappe à sa raison natu* relie, est développée en lui.

2* Mais si l'instruction chrétienne manque après le baptême, l'œil de l'ànic, ne recevant |)lus la lumière du ciel, qui peut seule l'exciter et la nourrir, se referme; et la puissance surnaturelle, qui lui a été donnée parie baptême, reste inerte et stérile.

L*àme, qui avait reçu la capacité de voir, redevient aveugle dès sa naissance, et il faudra plus tard une véritable miracle de la grâce, pour la rouvrir de nouveau à la lumière céleste.

La conversion des âmes qui, quoique baptisées, n*ont point reçu l'instruction cliielienne, est donc un miracle insigne, que la grâce divine peut seule opérer.

Il s'accomplit quelquefois pour la manifestation de la gloire de Dieu au milieu des peuples incrédules,

et alors Jésus-Cbrist les en oie aussi se laver dans la piscine de Siloé, c'est-à-dire dans la piscine de la pénitence, et boire les eaux salutaires de la doctrine de rÉglise.

Cependant, aujourd'hui comme au temps du Sauveur, quand un aveugle de ce genre est guéri miraculeusement, le monde s'agite et ne veut pas y croire.

11 interroge, scrute, critique, et cherche de toutes manières des raisons de ne pas admettre un fait éclatant, qui l'embarrasse ou le géne.

Comment cet homme, qui ne crojait ù rien,

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LES NIlUCLES DE JÉSUS-CHRIST. 171

croit-il maintenant? est-ce donc le même homme? Celui qui l'a converti est un imposteur, un fourbe, et

lui est un fou ou un exalté. 11 a des hallucinations!

Et Tautre répond simplement comme Taveugle-né de rivvangile :'a Je ne voyais pas alors, et je vois maintenant; ce qu'est Celui qui m'a ouvert les yeux, je ne le sais pas ; je sais seulement que je ne voyais pas et qu'il m'a fait voir. »

£t quand on le presse de questions pour savoir comment cela s'est passé, ou pour mettre en doute la sincérité de celui qui l'a converti, il dit comme Taveugle de rÉvangile : « Est-ce que vous voudriez aussi <'tr(' giiôri par lui ou devenir ses disciples? » ci il fait tout ce qu'il peut pour les mener à Celui qui Fa guéri.

0 mes frères, si dans cet auditoire il se trouvait

un aveugle par l'Ame, soit que l'œil de son àme n'ait jamais été ouvert par le baptême, soit, ce qui est plus commun parmi nous, qu'elle soit retombée daus l'aveuglement par le manque d'instruction chrétienne, appelons sur elle de toute la force de notre prière le rayon de la lumière divine, et demandons à Notre- Seigneur, présent au milieu de nous, d'opérer encore cette lois un miracle, , qui peut seul lui rendre la vie du cieh

SIXIÈHB SÉRIE.

Je»u,/Ui Dwiét miiereremel (Lac. tfm

Jésus, fils de David, ajet pitié de moi.

Nous avorts vu comment Jésus-Christ a ouvert les yeux à l'aveugle de naissance ; et, dans le miracle qui lui a rendu la lumière du jour, nous avons reconnu la préfiguration de miracles encore plus grands, par lesquels il appelle souvent à jouir de la lumière du ( ici ceux qui ne l'ont jamais pciu ne ; soit que la parole du Christ ne les ait point éclairés, comme les païens ; soit qu'après en avoir reçu le sens surnaturel par le baptême, il soit resté èn eux sans développement dès l'enfance par le manque d'instruction chrétienne.

Considérons aujourd'hui une autre sorte d'aveugles, qui le sont devenus après avoir goûté la lumière, et voyons comment ils peuvent être guéris par le

Sauveur.

Récit de Thistoire de Taveugle de Jéricho (Luc.

xvni) .

Cet aveugle, disent plusieurs Pères, peut nous figurer ceux qui le deviennent moralement par Taetion dominante dès passions hiunaines, et surtout de l'orgueil.

Toute passion, en effet, dans son paroxysme, trou-

D ly I HZ eu b^^^Hl^le

ble la vue de l'esprit, et- rend le cœur partial et exclusif. •

On ne voit plus la vérité simplement, ni en ellemême, ni eu soi, ni dans les autres. On n'aperçoit plus les personnes et les choses qu'à travers un prisme trompeur, ce qui ])roduit des illusions.

L'orgueil principalement rend aveugle sur soimême; on no se voit plus comme on est dans la réalité, mais comme on s'imagine être.

De là les illusions si grossières de lamour^propre, de la vanité, qui rendent insupportable et ridicule tout ensemble : et cet aveuglement sur son propre mérite est tellement naturel à Fàme humaine depuis qu'elle a été obscurcie par le péché, qu'il n'y a pas d'homme, si dénué qu'il soit de qualités, qui ne se croie supérieur aux autres par quelque côté.

Cependant l'orgueil qui nous boursoufle au dehors nous rend vides au dedans, et c'est pourquoi il produit la pauvreté de Fesprit et du cœur.

Alors sentant ce vide, il mendie les louanges et les flatteries : seeus viam me^idicans. Il va quêtant partout les éloges ou de quoi nourrir sa vanité; et la faim qu'il en éprouve le rend si aveugle, qu'il accepte avec empressement les aliments les plus grossiers, ou se laisse duper par la flatterie.

Jésus vient à passer un jour sur son chemin, un jour que la voix de la vérité se l'ait entendre. C'est une grâce qui lui est accordée. 11 la sent peut-être au fond du cœur, tnais la foule qui l'entoure Tempéche de s'en approcher.

Cette foule, c'est la multitude des préjugés, des prétentions, des illusions de la vanité, des sollicitudes du siècle, des exigences et des habitudes de *

SIIIÊME SÉRIE.

l'esprit (lu inonde; ce sont surtout les embarras du respect humain. •

Heureux ^i, en ce moment et au milieu de tous ces obstacles, une yoix, sortie de son âme, crie spontanément : Jésus, ayez pitié de moi I C'est le cri de la conscience, du sentiment de la vérité, du besoin de ràme !

S'il ne jette qu'un cri, il sera bientôt étouffé par le bruit delà foule; et s'il le répète avec instance,

pour attirer enfin sur lui la grâce dont il sent l'approche, alors le monde se tourne contre lui, et veut le faire taire, pour Tempécher de profiter du passage de Jésus-Christ : Et inerepabant etm.

Le monde, en effet, n'aime pas qu'on le quitte pour Dieu, et il s'indigne contre ceux qui lui l'ont défcctiort.

11 a toutes sortes d'objections à faire à qui tente de revenir à Dieu : Ne faites pas tant de bruit, ne

criez pas si fort, ne faites point parler de vous; pourquoi vous signaler et vous compromettre? voyez quel trouble vous allez jeter dans votre famille et au milieu de Tosamis, etc.

Cependant Paveugle de Jéricho redouble ses cris, multiplie ses supplications, et il finit par attirer sur lui le regard du Sauveur. Jésus s'arrête et se tourne vers lui.

Effet remarquable de la persévérance dans la prière, au milieu des empêchements et malgré les

()i)staclcs! Quand elle persiste, elle iious rapproche de Dieu, comme l'aYcugle de Jésus.

Quid tibi vis faciatn? lui demande le Maître. Dieu veut donc que nous lui disions nettement, formellement ce que nous voulons de lui, quoiqu'il le

sache mieux que nous, mais aOn qu'en luL témoignant notre foi en sa puissance et 'sa bonté, noua nous mettions en disposition d'en attirer et d'en re-

cevoir les effets.

Qu'on (lise après cela que la prière orale est inutile, parce que nous ne disons rien à Dieu qu'il ne sache I Qttid tibi tns fadamt demande-t-il toujours à celui qui le prie, et il faut le lui dire expressément pour être exaucé.

Domine, ut videam : Seigneur, que je voie! 11 y a deux choses dans cette parole ardente.

D'un côté, il reconnaît son mal, et le confesse : Je n'y yois pas; je suis dans les ténèbres, dans la nuit.

Oh! combien il nous en coûte parfois de l^avouer si simplement !

De l'autre, il proclame devant tout le peuple et surtout devant les ennemis de Jésus*Christ sa foi en sa puissance : Seigneur, faites que je voie, car vous

avez le pouvoir de me guérir; vous êtes le maître de la lumière, la lumière elle-même. Vous seul pouvez me tirer de mes ténèbres !

Et c'est pourquoi Jésus lui répond : Fides tua te salvum feeit; parole salutaire, qui s'applique à son âme encore plus qu'à son corps; car cette foi en Jésus-Christ, qui a rendu la lumière à ses yeux, Ta aussi attirée dans son esprit, et le voilà doublement guéri par elle ; double miracle, dont le premier est à la fois le symbole et la cause du second.

Cette interprétation de ce pass;ige de rKvangile peut s'appliquer à la guérison de toute passion; car toutes nous rendent aveugles, et il ne faut souvent rien moins qu'un miracle ou un secours surnaturel de la grâce pour nous en guérir.

Implorons donc la lumière de Jésus-Christ. Disons

du fond de notre àme avec le prophète royal : Domine ^ illumma oculos meos, illumina vultum tuum super nos; et crions de toutes nos forces et avec instance, malgré le monde qui veut nous en empêcher, avec raveugle de Jéricho : Jem^ FUi Dmdj miserere mei; [uc ut videam. •

• Claudi mMmU iMaltli., xi, 5).

Les boiteux marchent.

• Jésus-Christ ne fait pas seulement voir les aveugles, il a encore fait marcher les boiteux, comme Isaïe l'avait annoncé. Voyons comment ce nouveau miracle, qui

est un des signes de son avènement sur la terre, s'oj)ère encore aujourd'hui parmi nous en son nom et par la vertu de sa grâce.

Un homme hoite, quand Tune de ses jambes étant plus courte que l'autre, son corps qui porte sur Tune et sur l'autre, incline alternativement des deux côtés, d'où résulte un balancement pèiible et qui entrave la

marche.

Mais on hoite aussi au moral, comme dit le prophète Élie des Juifs qui allaient sans cesse de Dieu aux

idoles et des idoles à Dieu : Usquequo daudicatis in duos partes ? (III Reg. xm, Ainsi font beaucoup de chrétiens, qui youdraient

marcher dans la voie de la justice, mais qui s'en laissent sans cesse détourner par des tentations et par tout ce qui sur leur chemin attire la concupiscence ou excite leur convoitise. Leur marche est toujours vacillante, parce que, partagés entre le bien et le mal, ils balancent entre les deux, et j)enchent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ce qui les empêche d'avancer.

Ils boitent donc moralement :

'1** Dans leur conscience, entre le devoir et l'intérêt, entre la loi et le plaisir, entre 1 équité et l'égoïsme et cela, parce qu'iU s'aiment eux-mêmes autant, sinon plus que la loi.

2** Dans leur religion, parce qu'ils sont partagés entre Dieu et le monde, et qu'ils voudraient suivre ces deux maîtres à la Fois, ce tjue Jésus-Christ a déclaré impossible. Le respect humain les empêche de faire ce que leur foi réclame, et leur lâcheté tâchant d'accommoder ces deux exigences, ils penchenttantôt d'un côté, tantôt de l'autre; ils boitent.

5° De là la tiédeur, qui selon l'Apocalypse, fait vomir: Tepidus es^ et neç frigidus^ nec calidus (Apec, m, 16).

4** Ils boitent dans toute leur conduite, qui n'est

jamais droite, parce que leur intention ne l'est pas, et que tendant à la fois vers deux buts diitérents, leur marche est nécessairement tortueuse ou composée.

Et cela, soit par une prudence calculée, qui voudrait contenter tout le monde, et qui finit par déplaire â tous ; poUtique mondaine.

Soit par faiblesse, et c'est le cas le plus fréquent, . ne sachant pas résister aux tentations, aux impres>

sions du moment, ou par un enlrainement d'imagination donnant tour à tour d'un excès dans l'autre.

Qui redressera cette àme boiteuse et la raffermira sur ses btôes? Il ne s'agit pas de pallier le mal, de le dissimuler par des expédients pour le rendre moins difforme. Tous les palliatifs sont des moyens artificiels qui ne guérissent pas.

Il faut un redressement complet, comme celui opéré par la parole de saint Pierre sur le boiteux de la porte du temple : In nomine Jesu Christi mrge et ambula (Act. ui, 6). Comme celui qu annonce Isaïe : SalielsictU cervus claudus (Is. xxxv, 6).

Ce qui ne peut s'accomplir què par une vertu divine, pénétrant dans le fond même de Tàme, qu'elle éclaire de sa lumière pour diriger son intention, et qu'elle fortifie de sa puissance pour lui donner la force de la réaliser droitement, courageusement, et sans vacillation.

Innomme JesuChristi, surgeeîamhda. JésosrChrist seul a la clef des cœurs, et quand il y pénètre, il les raffermit sur leurs bases, c'est-à-dire dans leur raison qu'il rectifie, dans leur conscience dont il dissipe les obscurités, dans leur volonté qu'il pousse à sa fin véritable, et enfin, dans leur amour, dont il s'empare par son amour.

Alors l'âme ainsi renouvelée et simplifiée n'a plus deux maîtres qui la partagent. Elle se tourne uniquement vers celui qui la remplit, et ne sait plus aimer et servir que lui.

La voie du Seigneur est rétablie en elle : Parafe viam Datnini. Ses . sentiers sont devenus directs : Reclus

LES MIRACLES DE JÈSUS-GHRIST. 170

l'acite semitas ejus, et il n'y a plus rien de tortueux dans sa conduite, ni au dedans, ni au dehors : Praoa in direda {Lue. in, 4, 5).

Elle marche droit et ne boite plus, et, bien qu'elle puisse être encore tentée par les sens, par l'imagination, par la concupiscence et la passion, même quand il faut combattre elle ne cède rien à Tennemi, et soutenue* par ta grâce, elle va droit à Jésus-Christ par Taccomplissement du devoir, par l'inspiration de la charité.

N'est ce pas un vrai miracle que le changement d'une telle âme redressée tout d un coup de sa lâche claudication , et marchant droit et ferme dans le sentier de la justice au milieu des obstacles du monde, et en dé()it du respect luimain?

Tels ont été les apôtres, d'abord si grossiers et si lâches, quand il n'y avait en eux que les forces de la nature, et dont l'esprit de Jésus-Christ a fait des aigles d'intelligence et des lions de loi.

Tel deviendra, j)ar un miracle de la grâce, tout chrétien changé et raffermi dans les bases de son àme par l'action surnaturelle de Jésus-Christ, à laquelle il acquiescera librement. Marchant droitement, sincèrement, simplement au milieu des tergiversations du monde, et ne boitant plus, parce qu'il sait où il doit aller et qu'il veut y aller malgré tout, il trouvera dans sa droiture la dignité et la paix. Ciaudi ambu* lant.

SIlIÉlIfi SÉRIE

Puer mens jacel in domo paralyttcus (Hatth. VIII, 6).

Hoa seratenr est fnppé de piiralytdo.

Les paroles du prophète Isaïe et de l'Évangile : Claudi ambulant^ ne s'appliquent pas seulement aux boiteux, mais aussi, disent les saints Pères, à tous

ceux qui sont empêchés de marcher dans la voie du salut ouverte par Jésus-Christ. Qr, le plus grand empêchement à la marche, et par conséquent à Tavaucement, est la paralysie/Notre-Seigneur a guéri beaucoup de paralytiques, et comme toujours, les guérisous phjsiques qu'il opère préfigurent une.guérison morale, et en sont même les moyens ; car tout dans ses quivres tend au salut des âmes, et c'est pourquoi tout dans les actes du chrétien doit mener à la même fin.

Nous affirmons donc ({ue beaucoup de miracles de ce genre s'accomplissent encore de nos jours par la vertu de Jésus-Christ; en d'autres termes, qu'un grand nombre de paralysies de l'âme et de l'esprit sont guéries par une assistance surnaturelle ou miraculeusement.

C'est cé que nous allons voir dans cette méditation.

Ce que c'est que la paralysie du corps. — Description rapide de ses effets physiques, intellectuels et moraux.

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LES MIHACLES DE JËSUS-CUUiST. l8l

Dans lo coips, défaut de sen.sihilitc cl de mouvement pax* r impuissance du système nerveux et musculaire. Les fonctions des organes des sens sont empêchées totalement ou partiellement. Les muscles ne recevant plus l'influx nerveux restent immobiles, et les orf^aiies nécessaires à l'exercice de la vie animale sont enchaiués.

En outre, comme Pesprit ne peut agir que par les organes et les membres du corps, ceux-ci refusant le service, l'intelligence (»erd entièrement on en partie ses moyens d'exercice et d'eX|)ression, et ainsi la pensée est entravée ou stupéfiée comme la volonté. La vie de l'àme est entravée parla défaillance de la vie du corps.

n en va de même dans la paralysie directe de Pâme, qui arrive, hélas! trop souvent, même an milieu de la plénitude de la santé du corps, quelquefois par celte plénitude même qui Popprime et 1 etoulTe.

On la reconnaît aussi à ces deux caractères. :

I* Extinction ou affaiblissement du sentiment du bien et du mal, inseusiliilité morale, e( surtout éloignement, dégoût des vérités et des pratiques religieuses, qui sont les auxiliaires les plus efficaces de la moralité.

2* Défaut ou incapacité du mouvement moral; ce qui se montre par l'omission ou la nét^ligence des bonnes œuvres, qui exigent des efforts ou imposent des privations, et principalement par l'abandon, eu du moins l'insoucianœ des devoirs religieux qui y provoquent le plus.

Mais la paralysie morale a cela de i)lus dangereux, de plus mortel, que celui qui l'éprouve ne la sent pas toujours et ne reconnaît pas son mal. 11 va peu à peu à la mort de Pâme sans s'en apercevoir.

SIXIÈME :SEUm

Parmi le grand nombre de paralytiques guéris par le Sauveur, auquel on en apportait de tous les côtés,

nous en considérerons trois, dont l'Évangile raconte en détail la guérison.

C'est d'abord le serviteur du centurion, dont la loi . admii*able a attiré la vertu vivifiante de Jésus-Christ sur son malade, au point qu^il a été guéri subitement par uni' seule pirole dite de loin.

Jacet in domo paralijticus. Lv pauvre serviteur gisait sur sou lit sans pouvoir remuer.

C'est l'image d'une âme qui, par l'abandon de toute pratique religieuse, perd avec la connaissance de Jésus-Christ la volonté et la puissance d'aller à lui.

N'étant plus excitée ni nourrie par les impressions, ni par les aliments de la vie morale, de la vie chrétienne, elle perd peu à peu, avec le sens du divin, la vie de la grâce et le goiit de ce qui l'attire et l'entretient. Elle dtîvient insensible à ses atteintes, et ne l'ail aucun eliort pour la chercher ou la recevoir. 11 n'y a plus en elle ni action ni réaction de ce côté* Elle est paralysée pour le bien.

Jacet in domo parfl/j/ficî/s. L'î\me paralysée reste en elle, dans sa maison, sans vouloir ou [)ouvoir sortir par elle-même de son iudiiïéreucc ou de son égoisme pour accomplir ses devoirs envers Dieu et ses frores;

Elle ne songe [»oint à aller à Téglise^rendre à Dieu, aux jours marqués, riiomniage qui lui est dû, ou elle n'en trouve pas le temps.

Point de prière le matin ni le soir. Elle s'éveille et s'endort comme l'animal.

LBS MIRACLES DB JËSUS-GURlbT

Lucore moins de couiession pour se purliier, cl de communion pour se pourrir.

Elle ne va pas même entendre une parole édifiante

qui pourrait la tirer de sa stupeur et exciter en elle quoique bon inouvenient.

Elle dort, et ne veut pas être ré.veiiiée, de peur d'être obligée d'agir : Noluit intelligere ufime ageret . (Ps. XXXV, 4).

Que iait-ellc donc, cette àiiic paralytique? Jacct in domo. Elle languit chez elle, eu elle, ne vivant guère que du corps et de ce qui s'y rapporte. Elle a abdiqué sa vie propre, et s'est faite la servante de son corps pour en jouir; et si elle ne commet pas de désordres graves, ou de crimes capables de lui attirer les peines de la loi civile ou le mépris de la société, elle se croit irréprochable devant Dieu et devant les hommes, et elle s'en vante.

Parfois, cependant, maie torqnetur. Les remords ou l'onmii la tourmentent : les remords, parce ([u^avec toutes ses belles phrases, elle sent au fond qu'elle n'est pas dans l'ordre, et qu'elle a une destination et des devoirs qu'elle ne remplit pas.

Heureuse, si elle est assez tourmentée pour désirer autre cho.se I .Tacuité de cette peine peut la faire sortir de son insensibilité.

D'autres fois, c'est Tennui qui l'accable, parce que rien ne peut la satisfaire au fond^ et qu'elle a besoin de bonheur. Là encore, il peut y avoir une ressource pour elle, une impulsion secrète qui lui redonne quelque énergie pour secouer sa torpeur. C'est encore unë tentative de la grâce.

Comment sortir de là ? Un paralytique ne peut guère s aider lui-même. Il lui faut quelqu'un pour l'exciter j

18i SIXIÈME SKUIE.

le porter, le soutenir, et c*cst le bon centurion qui

vient au secours de sou serviteur.

\/a foi vive suj)j)lée à la seieuee, et elle vient iuvoqucr le remède que le malade est incapable de chercher.

C'est aussi la dernière ressource de ceux qui n^en

trouvent plus eu eux-mêmes, ou qui n'ont pas la force de s'en servir.

C'est pourquoi l'Église nous invite à prier ardemment, continuellement pour les pécheurs, et surtout pour ceux qui, ù cause de la paralysie de leur âme, n'ont plus de sentiment ni de mouvement pour Jésus- Christ.

Une foi vive, qui va trouver Jésus-Christ pour eux, peut en obtenir une guérison miraculeuse *. la foi d'une mère, d'une épouse, d'une fille, d'une âme queleompie qui aime eouime on aime au ciel par la charité de Jésus-Claist. De là les miracles de guérison morale qui s'opèrent souvent par les associations de prières.

SeijEnicur, disent les ànics chrétiennes avec la foi (lu centurion, il n'est pas nécessaire que vous alliez trouver ce paralytique, mais dites seulement une parole et il sera guéri I

Et il leur sera fait comme elles ont cru.

LES MIRACLES DE JÉSl S-CliniST.

Siirge, MU ffnMnm Iniim et amhula (Jorni. V, S).

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