‹ Idées et plans pour la méditation et pour la prédicationChapitre 13 sur 17 · V.H SIXIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

V.H SIXIÈME SÉRIE

Analbgîe de la lèpre et du péché.

La lèpio part d'un venin intérieur qui a vicié lo sang, et qui se réjiand avec le sang à la surface du corps, sur la peau qu'il décompose el ronge.

Ainsi le péché a son origine dans la volonté pervertie; et par la volonté, qui commande à toutes les facultés, il tend à corrompre toute la personne humaine dans sa manière de sentir, de penser et d'agir. 11 répand son venin dans les actions et dans les paroles des hommes.

C'est pourquoi Notre-Sergneur dit que ce n'est pas ce qui entre dans le corps de l'homme qui le souille, mais ce qui sort de son esprit et de son cœur, à savoir les désirs impurs, les pensées criminelles et les volontés mauvaises à l'égard du prochain (Matt. XV, 11).

La lèpre était contagieuse pour les |)ersounes et pour les choses; elle infectait tout ce qu'elle touchait.

Le péché répand aussi la contagion en tout ce qui

l'entoure. Il corrompt et i^àte tout ce qu'il touche, les personnes et les choses: les personn(\s par son inihience et par son exemple, les chos(^s par le désordre qu'il y jette, par la perturbation de la règle et du travail.

On séquestrait sévèrement les léj)reux, et le commerce des autres hommes leur était interdit pour empêcher la contagion.

L'Église sépare aussi les pécheurs dangereux de la communion des fidèles. Elle les envoie dans la retraite pour préserver les autres de leur funeste contact, et s'amender eux-mêmes par la pénitence et la morti* .iication.

LES MIRACLES DE JÉSUS-CillUST. 195

Voyons maintenant par les circonstances du Véçit

fivangélicjiie comment les dix lépreux de la Galilée ont été guéris.

l"" Oceurrerunt et, ils se présentent à Jésus-Cbrist, bien qu'ils n*osent rapprocher parce que cela leur était défendu. Ils le cherchent donc, et par conséquent ils croient (ju'il peut les guérir ; c'est cette loi qni les pousse.

Sans doute, la foi est un don de Dieu qui prévient toujours secrètement le pécheur. Mais il faut réagir à Pimpulsion mystérieuse de la grâce prévenante, et toute l'initiative de la volonté humaine, placée entre le bien et le mal, est dans cette réaction.

Ainsi, quand Dieu montre à David Ténormité de son péché et les suites funestes qu'il produira, David ac* quiesce et se soumet.

Ainsi Madeleine, la pécheresse, poussée par l'esprit d'en haut qui a éclairé son esprit et touché son cœur, va se jeter, sans respect humain et au milieu d*un festin, aux pieds de Jésus-Christ.

Ainsi Saul, renversé sur le cluMiiin de Damas et entendant l'appel de Jésus, y répond aussitôt par ces paroles : Quid me vis facef-ef ^

La réaction à Fappel de la grâce est donc la première condition de la giiérison du pécheur, comme de celle du lépreux. Occurrerunl, ei.

2"* Quoique se tenant éloignés à cause de leur impureté, ils crient vers lui pour attirer son regard, sa pitié et l'effet de sa puissance : Jesu prxceptor, mise' rere nobis.

Ainsi le pécheur, qui a le sentiment de sou mal, avant même d'oser s^approcher de la piscine de la pénitence, implore de loin Tassistance d'en haut par

m SIXIÈME SÉRIE.

une prière ardente et persévérante. Il crie aussi merd

cl demande miséricorde,

El comme les lé|)rciix, d après la loi de Moïse, étaient obligés de montrer leur mal au dehors, el d'avertir les passants qu'ils étaient souillés, de méiQe le pécheur ne peut être délivré du sien que par la déclarai iou de ses l'aulcs, j)ar la manifstation de son étui. Il faut qu'il se reconnaisse et se déclare coupable.

Ue^ osteiidite vos saeérdotibus.

Vun et I^autrc doit aller se montrer aux prêtres

pour achever sa ^uicrison.

Mais le prêtre de la nouvelle loi consacré par l'esprit du Sauveur et revêtu de sa puissance, opère le miracle de la guérison au nom et par l'autorité de Jésus4]!hrist ; il dit comme THomme-Dieu : Ko/o, mundare... remiltuntui tihi peccatatua. Sa parole purilie la lèpre du cœur, comme celle de son uiaitre puriOait celle du corps, tandis que le prêtre de Tancienne loi ne pouvait que constater la guérison accomplie.

La loi voulait que le lépreux guéri offrît un présent au temple, offer munus^ eu signe de reconnaissance du bienfait obtenu.

De même l'absolution, qui purilie le pécheur de son mal, doit être suivie de la satisfaction sacramen* telle :

1" Par l'acccniplissement d'une pénitence, par une expiation ;

Par la réparation du mal commis, autant qu'il est possible ;

5» Par la donation de son c(eni' à Jésus-Christ, en consacrant à son service la vie nouvelle qu'il lui a rendue.

Cependant, 6 légèreté et ingratitude des hommes I un seul des dix lépreux guéris revient rendre grâces

à son Sauveur, et encore, comme Jésus le fait remarmarquer, celui-là est un Samaritain, un étranger!

liélas 1 sur dix chrétiens guéris et sauvés de la mort de Tàme par la vertu surnaturelle de l'absolution, combien y en a-t-il qui expient sincèrement, réparent complètement, et restent unis à Jésus-(]hrist? '

Combien recommencent les fautes dent ils se sont accusés, ou retombent dans le désordre dont ils ont été retirés!

C'est pourquoi leur second état devient pire que le premier ; car Tahus des grâces en empêche le retour, et la corruption du don de Dieu est la plus déplorable : Corruptlo optimipessima.;

Que Dieu nous en préserve, et si nous avons le Ixinhcnr d'être l'objet d'une grâce spéciale, et le chrétien lidèle en reçoit tous les jours par sa participation aux bienfaits célestes de l'Église, prenons exemple du pauvre lépreux de Samarie que la joie de sa guérison a ramené aux pieds de son Sauveur, ce qui lui a valu une grâce plus grande encore: car si les neuf autres ontété guéris de la lèpre du corps, lui a été aussi guéri de celle de Tâme par cette parole du maître : Surge^ fides tua te salvum {et non tantum sanum) fecit.

SIXIÈME SKRIE.

Siirdoft frc'il audire (Marc, vu, 57;.

Il fait entendre lea sourds.

Nous allons considérer aujourd'hui une autre maladie, dont la giiérison surnaturelle est donnée aussi |)ar le prophète Isaïc comme un sigae de la venue du Messie. Surdi audieut.

Il y a une surdité de l'âme comme il y a une surdité du corps, et celle de Pâme est peut-être la plus terrible des inlirmités morales, surtout quand elle est volontaire ; car elle prive l'àme de la seule chose qui la fait vivre, qui la guérit quand elle est malade, et qui peut la ressusciter quand elle-est morte.

Voyons donc comment Notre-Seignenr fait entendre les sourds de nos jours, oii il y en a tant sous le rapport spirituel ; et certes , c'est encore un plus grand miracle d'ouvrir Toreille du cœur que celles du corps.

En quoi consiste la surdité de 1 àme : Fides ex auditu ; donc celui qui n'entend plus ou ne comprend plus la parole divine, ne peut point avoir la foi, ou

risque de la perdre, s'il l'avait.

Car la parole de Dieu est à l'àme ce que la lumière du soleil est à Tœil du corps. Elle seule peut l'ouvrir,

LES MIRACLES DE JÉSUS-GfIRIST.

la nourrir et lui faire voir les choses du ciel, comme la lumière physique bit voir celles de la terre.

Par elle seulement PEsprit divin se communique n riiommo avec les vérités éternelles, (jui dépassent la portée de la raison.

Donc, s'il devient sourd à cette parole, ou ne vont plus Tentendre, le rapport de son esprit avec T Esprit de Dieu étant interrompu, il devient incapable de percevoir les choses surnaturelles, et ainsi ne vivant pins ' que des choses do ce monde, il n'a plus de goût et d'amour que pour elles.

Plusieurs causes amènent cet état fâcheux.

1® Diéu parlant doucement au fond du cœur, le bruit du monde et l'agitation qu'il excite eiupèchent de l'entendre.

2*" On ne Tentend pas non plus quand on ne veut pas l'entendre ; ce qui arrive cpiand on pense à mal, quand on s'expose aux tentations, quand on s'abandonne aux passions que sa loi réprouve.

Tf Quand on ne va plus là où il parle, dans son église, négligeant les instructions qui y sont données, et n'ayant plus de goût aux lectures pieuses.

Comment revenir à Dieu, quand on n'entend plus sa parole? Par (|uels moyens une Ame, qui en est ainsi éloignée, peut-elle y être ramenée?

Sans doute, la grâce peut se servir de tout pour toucher une âme et lui rendre le sens du divin qu'elle a perdu. Un malheur, une perte de fortune, une affection brisée, un grand mécompte, et parfois un événement insignifiant en apparence.

Le moyen le plus ordinaire et le plus sûr est la fervente prière d'une âme charitable, et les bonnes œuvres faites à cette intention, comme nous l'indique

m SIXIËVE SÉRIE.

rÉ?angile par la guérison du sourd et muet (Marc. VII, 52).

Adducunt et mrdnm ; ils lui amènent un sourd.

' L^s sourds par Tàme ne peuvent venir tout seuls, puisqu'ils n'ontenclonl |K)int la j)ni'()l(^ de Dieu dans leur cœur, mais d'autres âmes pleiues de loi les présentent à Jésus-CUrist en priant assidûment pour eux.

Que fait alors le Sauveur? Apprehendens de turba . seorsum. 11 le fait alors sortir de la loule... Calme et silence de la retraite pour un temps.

Ce qui est toujours utile, même aux chrétiens qui ne sont pas encore sourds moralement ; utilité d^ine retraite cha(jHe année.

Puis le Seigneur mit ses doigts dans ses oreilles; MisU dUjilos suos in auriculas ejus. 11 ne iaut rien moins que le doigt de Dieu pour rouvrir Poreille de cette âme endurcie. C'est là ce qui ouvre la porte du cœur, et le miracle est justement dans Taction immédiate et surnaturelle de Dieu.

SuHpieiens in cœUm, Le malade doit faire alors ce . que Jésus a fait dans la guérison in sourd et muet. Il faut qu'il élève le regard vers le ciel, et, par conséquent, qu'il le détache des intérêts et des plaisirs de la terre et des choses d'eu bas, ahu d'attirer la vertu médicatrice, qui ne peut venir que d'en haut.

Ingemuit. Il doit gémir avec son médecin divin, c'est-à-dire que sa prière doit être accompagnée de gémissements, expressions du sentiment de l'indignité et de l'impuissahce humaine : gémissements inelTables de Tesprit dans la prière, dont parle saint Paul (Rom. vni, 26). La prière humble est la seule agréable à Dieu.

LES MIRACLES Dfi lÉStlS-GHRtST. 201

Puis vient Vephpheta, qui est pour ce malade ce que le fiât lux a été pour le chaos : Ouvrez-vous,

oreille du cœur, afin que la vie de la parole divine vous traverse de nouveau. L'obstacle entre Dieu et rhomine est rompu, et l'esprit divin rentre triomphant dans une âme. C'est un moment délicieux pour elle, semblable à celui où Taveugle reçoit le rayon de la lumière du eiel.

Cette parole triomphante est prononcée sur ciiaquc homme au baptême, en même temps qu'on oint ses oreilles du saint-chrême, pour le rendre capable d'entendre et de comprendre la* parole du salut et les vérités éternelles qu'elle enseigne.

Dieu la prononce sur nous toutes les l'ois qu'a))rès l'endurcissement produit parles passions, par la légèreté ou les mauvaises habitudes, il daigne rouvrir l'oreille de notre âme à la parole intérieure, et nous rendre le goût de sa divine saveur avec la docilité à ses inspirations. C'est le retour de la mort à la vie ; c'est la résurrection de l'âme que le péché avait Jetée dans les ténèbres de la mort.

Prononrons-la donc, avec désir, quand nous allons entendre la parole divine, au tribunal de la j)énitcnce ou dans nos méditations solitaires de la sainte Écriture.

Seigneur, ouvrez alors Foreille de notre cœur, comme vous avez ouvert celles du sourd et muet, afin que votre sainte parole, qui est lumière et vie, pénètre par Toreille du corps jusqu'à notre intelligence qu'elle illuminera, et par notre intelligence jusqu'au i'ond de notre âme qu'elle guérira, qu elle nourrira de sa substance, (ju'elle remplira de sa vertu.

Hvdiesi vocem ejus audieritiSj noHte obdurave corda veslra (Ps. xciv, 8;.

El t/tertë eril Itnguê wmtûnm (b. x\xv 6).

La langue des muek sera déliée.

Le sourd auquel le Sauveur a rendu la l'acuité d'entendre était aussi muet, et il se mit à parler dès qu'il put entendre ; ce qui arrive aussi dans l'ordre naturel, car on ne parle que ce qu'on entend.

Il en va de même dans Tordre moral ; la parole est en raison de Tenteiidenient, et nous ne devenons ca* pables de parler le langage d'une science que si nous la comprenons.

Ainsi en va-t-il encore dans l'ordre surnaturel. Pour parler la langue du ciel il l'aut d'abord la comprendre, et ceux qui sont devenus sourds à la parole de Dieu^ par le fait même deviennent muets dans cette sphère supérieure, et ne savent plus parler que le langage de la nature et du monde.

Il faut donc un secO\irs surnaturel pôur leur rendre l'usage de cette divine parole ; il faut que Jésus- Christ ouvre leûrs lèvres après avoir ouvert l'oreille de leur cœur, comme il a fait au sourd et muet de l'Évangile : ce qui est exprimé par ces paroles du Psalmiste î Domine, labia mea aperies et on meum anmntiabit laudem tuam (Ps. 17). ]

Or, ce ndracle moral, dont celui de l'Evangile est la préfiguration, s'opère souvent de nos jours, comme nous allons le voir.

LES HIBÂGLES DË JËSUS-€UH1ST.

Kxoclleiicc de la parole, instruiiieiit principal de l'intelligence et de la moralité.

Donc ceux qui en sont privés, comme les muets, bien qu'ils aient en eux la capacité humaine, sont rabaissés , par le manque de l'iustrument nécessaire à l'exercice et à Toxpression de la pensée, au rang des êtres sans raison et par conséquent dégradés.

Or, de même que la parole humaine peut seule élever l'homme à l'état raisonnable qui lui est naturel, ainsi la parole divine peut seule élever l'espiil humain à rêlat surnaturel, ou le rendre capable de sentir, de percevoir et de connaître ce qui dépasse sa nature, ce qui est au-dessus des choses de ce monde.

Ceux qui ne l'entendent point et ne la parlent point, sont donc rabaissés à l'état terrestre et dans les conditions de la nature sensible, et c'est pourquoi l'apôtre dit : Animalis homo non percipU ea qu» sunt spiritus Dei (I Cor. u, 14).

Ces hommes sont muets dans l'ordre surnaturel, parce qu'ils sont sourds à la parole divine, et par conséquent ils ne vivent point de la vertu que Jésus- Christ a apportée sr:r la terre et qu'il y répand par son Église.

Trois classes de muets de ce genre :

i*" (]eux qui ne parlent jamais à Dieu par la prière ou qui lui parlent mal;

S"" Ceux qui se taisent par respect humain ou par là* chcté, quand il faudrait confesser Jésus-Christ devant le monde et défendre sa cause ;

3' Ceux dont un démon muet lie la langue au tribunal de la pénitence, atin qu'ils ne soient pas délivrés du mal.

A; Des chrétiens qui ne parlent jamais à Dieu qui

m SIXIËMË SÉUIË.

les a créés, à Dieu qui les a raclietés. (k)iiibien clans le monde qui ne prient pas, ni le matin, ni le soir, ni dans la journée I Ils vivent comme si Dieu n'exis* tait pas, tandis qu'ils dépendent de lui à chaque moment de leur existence, lui seul leur donnant la TÎe, la* respiration et le mouvement : In ipso vivimus^ et movemw\, et sumus^ dit l'Apôtre (Âcl. xvu, 28). Pas une parole de louange ou de reconnaissance pour leur Créateur et leur Sauveur !

L'homme seul est capable de celte in^a*atitude, tandis que toutes les créatures racontent la gloire de leur auteur : Cœli enarvant gloriam Dei (Ps. xviu, 2).

D'autres, et le nombre en est grand aussi, prient mal, ou comme s'ils ne priaient pas ; car la prière est une parole adressée à Dieu , et parler c'est exprimer une pensée ou un sentiment. Or, il n'y a ni Tune ni l'autre dans leur prière habituelle : Smt verba et voceSy prœtereaque nthil.

Ceux-là sont donc aussi- muets vis-à-vis de Dieu, quoiqu'ils prononcent beaucoup de mots , mais seulement des mois où l'esprit et le cœur ne se trouvent point.

Or, il arrive parfois, et Dieu sait comment, sans doute à la prière instante d'une âme qui lui est chère, et adducunt ei mutnm , qu'un homme qui ne |)riait plus, et qui avait oublié la langue du ciel et de rÉglise, touché de la grâce à Timproviste, se met a prier avec ferveur, invoquant le secours supérieur dont il sent le besoin.

Dans cette conversion il y a un miiaclc; car une grâce surnaturelle peut seule l'expliquer.

C'est un muet qui se remet à parler la langue divine : et aperta eiit lingua mutonm.

LES MIRACLES ÔE JÉSUS-GlilUST. m

1). Les chrélieiis (jui, iiialf'rr leur loi, laissent attaquer Dieu, son Église, ses ministres, les dogmes, les préceptes, la pratique de leur religion, tout ce quM y a de plus sacré à leurs yeux, sans oser dire un mot pour les défendre.

Ils restent muets par la crainle de l'esprit du monde, de ses persécutions ou de ses moqueries, donc par lâcheté ou par respect humain.

Les apôtres s'enfuirent quaAd on vint saisir leur Maître, et Pierre le renia par trois lois (juand on raccusa d'être ua de ses disciples. — Voilà l'homme abandonné à sa nature.

Mais après qu'ils ont reçu le Saint-Esprit, qui les a revêtus de la vertu d'en liant , ils sont remplis de Ibrcc et de courage, ri ils annoncent ,lésus-(Jirist au peuple, devant les puissances de la terre, et sans - crainte de la mort.

A coup sûr, il y a là un miracle qui les a changés en d'autres houmies, ou les a rendus capables de faire, • par uiu^ vertu surnaturelle ce qu'ils u'eusseut jamais lait par leurs propres forces.

Eh bien , de nos jours encore il y a de ces hommes qui, a))rèsavoir abandonné, renié, et même persécuté Jésus-l^hrisl, se déclarent tout d'un coup ses disciples, ses délenseurs, et s'exposent aux dangers de la persécution et aux moqueries du monde pour défendre sa cause et annoncer sa parole.

Ils étaient muets pour le ciel et ils en deviennent les apùtres. (Test Jésus-Clirist qui ouvre la bouche de ces muets et les fait parler la langue divine par un miracle.

C. Il y a enlin des muets par mauvaise honte, par fausse timidité au tribunal de la pénitence.

2CG SIXIÈHB SÉRIE.

Les uns craigueat de perdre 1 estime de leur con- Tesseur en découYrant les plaies honteuses de leur àme. Ils se taisent par orgueil.

Les autres redoutent sa sévérité ; ils gardent le silence par làckcté.

Le démon muet enchaîne la langue des uns et des autres; d'où résultent de mauvaises confessions, des absolutions invalides, des communions sacrilèges, abus des grâces, perdition."

Puis tout (l'un coup une parole de leur confesseur ou de tout autre, une circonstance quelconque, qui sert de véhicule à la grâce, touche leur cœur, Pouvre par une vertu secrète, le brise par la contrition, et la langue de leur àme est déliée, eL ayerta erit linyua mutorum.

Alors, saisis d'un zèle surhumain, et comme si Un abcès intérieur venait d'être percé, ils j citent au

dehors le torrent de leur indignité ; ils n'ont point de repos ([u'il6 n aient fait sortir tout le venin qui iniec-^

tait leurs cœurs.

La parole du ciel leur est rendue, et par un coup

miraculeux de la grâce, de muets qu'ils étaient vis* à-vis de Dieu, leur bonheur est de lui j)arler avec Tabondance du cœur pour chanter ses louanges et lui exprimer leur gratitude : EnarratU gloriam Dei.

C'est ainsi que Jésus-Christ fait encore aujourd'hui parler les nuiets pour sa gloire, pour le salut et l'édification du monde.

J.ËS >ilRAGLES de: JÉSUS-CliRIsf.

Eyo sum panis rivuft fini de r.ilodeaeenéi (Joan. vi).

Je »uis le pain vivant descendu du oîpI.

L'apôtre saint Jean dit a la iin de son Évangile, qu'il faudrait des yolnmes pour raconter tout ce que

Jésus a fait. Nous pouvons dire aussi qu'il faudrait de longs disçours pour exposer tous les miracles qu*il a opérés, avec le sens spirituel et la préiiguration de chacun.

Jusqu'ici, nous avons expliqué ceux qu^Isaîe avait annoncés conmic les si<;nrs de l'avénenienl du Messie, les caractères auxquels ou le reconnaîtrait. Mais le miracle de la multiplication des pains, par lequel Jésus a nourri dans le désert le peuple qui le suivait depuis trois jours pour entendre sa parole, nous a paru tellement si'niilicalif, romuie svmhule de l'adorable eucharistie, nourriture véritable des âmes, que nous n(* pouvons nous empêcher d'y appliquer aujourd'hui notre méditation.

Misereor super turbam , dit Jésus-Christ. 11 a pitié de cette foule qui manque de nourriture après avoir

fait tant de cbemin pour l'entendre. Il est plein de compassion pour le peuple ; exemple ])our les riches, qui souvent font venir les ouvriers de si loin, et usent

leurs forces à leur service, ne .songeant pas à leur nécessaire, même à ce qui leur est dii.

C'est pourquoi l'apôtre saint Jacques s'écrie : Malheur aux riches qui retiennent le salaire A ceux qu'ils emploient. Leur de lie crie vengeance contre eux vers le ciel (Jacob, v, 4).

D'autres qui payent régulièrement ce qu'ils doivent, ne vont pas au delà. Ils n'ont pas de compassion pour les indigents, et donnent le moins (jn'ils peuvent.

Ils (lisent comme les apôtres : Unde eniemus paneSf où j)rendrons-n()us de la nourriture pour tout ce monde? Et, sous le prétexte de ne pouvoir les aider tous, ils n'aident personne, ou bien peu.

Sed iixc quid sunt inter tantos? (prest-ce que cela pour tant de malliourt uv? Et souvent on exagère les besoins pour n'en satistairc aucun.

Exemple des sermons de charité, dont on se dit accablé pour ne point donner, tandis que, même en donnant quehpie cliose à tous, on s'imposerait un sacrilice bien lé^^er, qui rendrait Taumône iructueuse à celui qui la fait.

Non suflieiuntj disent d'autres. Il faut bien que nous pensions h nous et aux nôtres, et en donnant à tous ceux qui demandent, nous nous ajipauvririons sans les soulager. — Vains prétexte de ravarice !

Mais nous avons encore* une instruction plus haute à tirer de ce lait miraculeux.

La manne, dont Dieu nourrit si longtemps les Israélites dans le désert, et les pains multipliés par Jésus-Christ en faveur de la multitude, sont la préfi-

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LES NIRâGLBS DB JÉSUS-GHRIST. m

guratiou d une antre nouirilure accordée miraculeusenient aux chrétiens, du pain des anges, au-dessus de toute substance, du pain vivant descendu du

ciel, et que l'Homme-Dieu est venu apporter aux liommos on leur donnant son corps à manger ol son sang à boire : Ego sum punis vivus qui de cœlo deseendi.,. <}ui manduaU meam camem et bibU meum sanguinm hahet vitam xtemam (Joan. vi, 51 et 55).

I/lnimanité, en effet, aspirait à cette divine nourriture, la seule qui puisse assouvir son besoin de Tiufini; et depuis sa chute par le péché, qui l'avait réduite aux aliments terrestres, elle cherchait h travers les siècles ce pain réparateur, ou son assimilation à la vie divine.

De loufje veneninty deficietU in via, et, en effet, au moment où le Messie est venu pour la réparer, elle était à bout de voie et de force et ne savait plus com« nient se soutenir sur la terre. Elle avait besoin du pain du ciel.

En outre, chaque âme régénérée par le sang du Sauveur, c'est-à-dire participant par la grâce du baptême à la vie divine, avait besoin que cette vie surnaturelle fût entretenue en elle, et tonte vie ne subsistant (jue par la nourriture, à la vie surnaturelle il fallait un aliment surnaturel.

C'est pourquoi Jésus-Christ s'est donné lui-même en nourriture, et cette fois c'est bien le pain <lu ciel ; car c'est Thumanité unie à la divinité dans la personne adorable de Jésus-Christ, et la personne humaine, en s'assimilant Taliment divin, participe dans toutes ses parties à la vie étemelle qui y est contenue.

Et par la propaj^ation de son Ef^lise où tous les jours, à chaque moment, s'accomplit le saint sacrilice

sur la surface de la terre, le pain du eiel est multiplié abondamment par la parole sacrée du prêtre, organe et instrument de Jésus-Christ au saint autel.

Ce n'est plus seulement cinq mille hommes qui sont nourris miraculeusement et une seule fois, c'est une multitude innombrable qui est réparée et fortifii'e tous les jours, afîn qu'elle ne défaille pas sur le chemin de la yie : Non déficient in via.

Ce pain ne nourrit pas seulement le corps, comme la manne ou le pain miraculeux du déserl. Il répare la substance de Tàme en lui communiquant une force surnaturelle pour soutenir le combat de la irie, et cette nourriture est en même temps le remède par excellence dans toutes ses maladies. Cibiis et mediciwa, dit saint Bernard.

C'est pourquoi Jésus disait : Venite ad me^ omnes qui laboratis et onerati estis^ et ego refidam vos (Matt. XI, 28).

Ce pain est incorniptihlo coninie le ciel dont il descend, durable comme l'éternité (ju'il porte en lui. 11 est le pain vivant et celui qui le mange a la vie en soi. Il vivra de moi, dit Jésus-Christ, comme je vis de mon Père (Joan. vi, 58); mon Père et moi nous demeurerons en lui (Joan. xiv, 27}).

Tel est le sens le plus profond de la multiplication des pains : donc ce miracle, physique pour ainsi dire, puisqu'il tendait à nourrir matériellement le peuple, était le symbole et comme le précurseur d'un autre miracle où éclate pins jmissaiumoiit la bonté de Dieu envers sa créature, puisqu'on daignant la nourrir de sa propre vie, il la fait participer à la gloire et au bonheur de sa nature.

PëKpercs etangeUianiur.

Les pnuTres sont Amng^ïiaés,

Tel est le dernier si«»ne que Jésus-Chrisl (loiiiicaiix disciples de Jean de la venue du Messie sur la terre, li'évangélisation des pauvres est donc aussi un miracle ajouté à ceux que nous avons expliqués^ et comme ceux-là il s'opère encore de nos jours et se continuera jiisfjirà la l'onsoinuiation des siî'cles. Car il faut (juo rÉvangile soit prêché à toutes les nations de la terre.

Ce fait est un miracle ; car il ne pouvait être accompli que par une puissance surnaturelle, comme nous allons le uiontror.

1" Par la manière dont rÉvangile a été annoncé;

2^" Par la manière dont il a été accepté et réalisé ;

Tf Par sa propagation universelle.

Par qui FÉvangile a-t-il été prêché? Par Jésus- Clirisl (l'aljord. On'était-ce que Jésus aux veux des hommes? Le iils d'un artisan, qui n avait pour lui ni les ressources de la science humaine, puisque les pharisiens disaient ; Où a-t-il appris tout ce qu'il dit? ni celles de la richesse ou de la puissance, puisqu'il n'avait pas mémo où re|)oser sa téte.

H était luimainenient le plus pauvre des pauvres, le plus faible des faibles.

Cependant, à douze ans, il étonne les docteurs dans

\v loinple par sa science, et en tonte occasion ses ennemis comme ses amis rendent justice à sa sagesse ei h la puissance de sa parole.

C'est par sa [)arole seule qu'il a confondu les uns et ^'a«^mé les autres.

I/instrnnient.dcrévaiij^élisationa donc clé la parole, c'est-à-dire une puissance spirituelle, quia triomphé de toutes les oppositions de la puissance temporelle, de ses violences comme de ses ruses.

Il y avait donc là une force surhumaine, et TKsprit (le Dien ponvail seul dominer ainsi toutes les iurces de l'esprit des hommes.

Cet Esprit divin, dont 11 était rempli, Jésus-Christ la communiqué à ses apôtres, et en eux et par eux il a priulnit les niénies effets m(M veilleux.

De pauvres bateliers, de pauvres pêcheurs, ignorants, faibles, sans ressource humaine d'aucun genre, craintifs, d'une intelligence bornée avant la descente du Saint-Esprit en eux, deviennent, ajirès avoir reçu sa Inmicre et son ardeur, des llaiiibcaiix de la science divine et (les modèles de courage et de dévouement. Paiiperes evangelhantur et evaugellzant. Ils prêchent rÉvangile au péril de leur vie devant toutes les grandeurs et toutes les passions de la terre, el, comme leur maître, ils sccllcnl de leur sang le témoignage qu'ils rendent à la vérité.

Pendant plusieurs siècles, TÉglise naissante grandit dans les catacombes et au milieu des plus horribles persécutions, résistant à tons les elTorls du monde et de l'enfer i)ar la seule vertu de la parole divine dont elle est le dépositaire et le héraut , et par la patience qui absorbe le mal en souffrant et en mourant,

Diyiiizea by

Et maintenant encore, comme dans les siècles pré* cédentsy rÉvangile est prêché à toutes les nations, païennes ou infidèlcSf même aux peuplades les plus

sauvages, par dos missionnaires qui les convertissent cl les civilisent par la vertu de la croix et par la' parole divine dont ils sont les organes.

N'est-ce point un véritable miracle, et jamais la vertu surnaturelle de l'Esprit divin a-t-elle éclaté avec plus de force et produit de plus grands eiîets?

L'évangélisation est encore un miracle par la manière dont elle a été reçue.

En effet, TEvangile annonce des vérités iniinies, éternelles, qui dépassent la portée de la raison humaine, et de même qu'il fallait une parole surhumaine pour les révéler à la terre, il fallait aussi une rapacité surinnuaine accordée aux liomnies, pour qu'ils pussent les reconnaître et les accepter.

11 leur fallait une lumière surnaturelle .pour leur faire voir, autant qu'il est possible à Phomme ici-bas, les choses du ciel objets de la révélation.

(lelte lumière invisilde à Tœil du corps, mais qui j)énètre Tœil de l'àme touchée de la grâce, est celle de la foi, qui est un don de Dieu. Ce don, qui élève Fesprit de Thomme au-dessus de lui-même, et lui fait concevoir et croire ce qui surpasse ses moyens naturels de connaître, est donc un véritable miracle.

Mais ce don divin ne se communique qu'aux âmes de bonne volonté, simples et prêtes à accepter la vérité et à s*y soumettre dès qu'elles Taperçoivent. C'est pourquoi Jésus-Christ a dit : Je confesse, ô mon Père,

SIXIÈME SÉniB.

que vous ave/ rôvélé aux potits ot aux ignoranls co que vous avez caché aux savants et aux torts (Luc. X, 21).

C'est pourquoi il a dit encore : Le royaume du ciel

ost pour ceux qui ressemblent aux petits enfants (Luc. xviii, 17). .

C'est pourquoi entin l'Évangile a été annoncé d'abord aux pauvres : Pmperes evangelizantur^ et à tous

ceux qui se font pauvres de leur esprit propre, pan • pères spiritu, atin de devenir riches de l'Eî>prit de Dieu.

Aussi saint Paul dit aux Corinthiens qu'il ne vient pas leur parler avec la pompe et les subtilités de la

saî^esse humaine, niais avec la vertu de la sagesse divine qui parle parla croix (l Cor. ii, 4).

Donc en toute âme qui accepte ^Évangile et qui y eroit jusqu'à en faire la règle de sa vie, et à mourir, s'il le faut, pour l'affirmer, il s'opère un véritable miracle : car si ignorante ou «irossicTc qu'elle soil, par une vertu surnaturelle qui la pénètre, elle est éclairée d'une lumière surhumaine qui lui fait connaître ce qui surpasse sa raison ; elle est animée d'une force divine qui la rend capable de combattre et do mourir pour sa loi.

La propagation de l'Évangile est un fait miraculeux.

V Parce que par ses dogmes il imposait à la raison humaine des vérités qu'elle ne peut expliquer, et que la foi seule peut admettre. Or, comme Jésus-Christ a dit à Pierre confessant sa divinité, ni la chair ni les

sens ne comprennent ces choses ; mais l'Esprit divin seul ))eut les faire connaître et accepter par une vertu

surnaturelle (Matt. xvi, 17).

Par sa morale il abaisse rorgueil naturel de riiumme et contrarie ton ( es ses passions.

Par sa discipline il réduit la volonté à la servitude de la loi par la justice, en tout ce qui est de précepte, et il réièvc à la sublimité des anges par la pureté et ' la rliarité.

Or, l'homme par lui-même, et dans les seules conditions de sa nature, ne peut s'abaisser à la profondeur de Thumilité chrétienne ni atteindre ù la hauteur (le son ilévouenient. — Donc :

2" L'Évangile, en se répandant jusqu'aux extrémités du monde, a reconstitué T unité morale du genre humain par PÉglise, ou la société universelle des âmes sous la direction d'une autorité unique, et par les liens de la charité.

Il n'y a plus qu'un troupeau et (fu'un pasteur, et selon le vœu de Jésus-Christ, tous les hommes ont pu devenir un entre eux conmi eil est un avec son Père (Joan. \, 16).

Or, toutes les puissances du monde sont incapables (ropérer cet le unité, tons les conquérants y ont échoué, et ils ont trouvé la ruine de leur amibition dans sa grandeur même.

Et d'autre part, toutes les l'orces de la raison et du génie y ont été impuissantes ; car les philosopbies les plus célèbres n^ont jamais pu constituer et conserver un peuple de leilr nom.

La cité chrétienne, fondée par la parole de Jésus- Christ et gouvernée par son Église, remplit la terre et le ciel.

Donc il y a en elle une puissance surhumaine, qui fait seule de Puniversel, parce que de sa nature elle

est inlinio.

Donc la i'ondation et la couservalion de l'Ëglisc sont des miracles perpétuellement renouvelés. Et ce miracle, le plus grand peut-être de tous ceux

(le Jésus-Christ, et (jui est 1 aboutissant de tous les autres, s'est accotupli d'abord avec des pauvres et par les pauvres : Paupei es evangelizantur. C'est pourquoi il est un des signes les plus éclatants de Tavénement du Messie.

Diyiiizea by

LA VIE SURKATURELLE

Annuntiamus vohin tUam xlernam, qvse frat opud Patrrm, et apparuil noHs (IJoan., i, 2i.

Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était daob le Père, et qui nous a apparu.

Comme saint Jean, je yielis tous dire : Nous vous

annonçons la vie éternelle, qui est celle du Père et (|ni est aj)j)Hrue sur la terre ; car le Verbe divin s'est t'ait chair et il a habité parmi nous. 11 a donc apporté sa vie en ce monde. U Ta laissée à son Église, dans laquelle il est toujours présent, et l'Église la distribue à tous les hommes de bonne volonté par les sacrements, qui en font des enfants de Dieu en les taisant membres du corps immortel de Jésus-Christ et citoyens de la cité céleste.

Qu'est-ce que cette vie, appelée surnaturelle, parce qu'elle est au-dessus de la nature humaine ; comment elle nait et se développe dans les âmes ; par quels

SEPTIÈME SËKIE.

remèdes elle peut être guérie ou fortifiée^ quand ell^ devient malade ou faible, ressuscitée quand elle est.

morte, et enfin après avoir été excitée, uoiiriic, développée, guérie et réparée ici-bas dans la grâce, cora-. ment elle sera consommée au ciel dans la gloire : tels sont les graves sujets des méditations suivantes.

Je n essaye lai pas de détinir la vie. Les savants du monde s*y perdent ; et si la vie de la nature, qui tombe cependant sous les sens par ses phénomènes,

est si difficile à expliquer en soi, que serait-ce de la vie surnaturelle et de ses opérations, (jui échappent à leur perception, comme tout ce qui est métaphysique?

Nous connaissons la vie parce que nous vivons et

que nous avons conscience de tout ce qui se passe en nous, au moins autant que cette connaissance importe à notre conservation.

Or rexpérienee atteste qu'il y a dàns le chrétien deux sortes de vie i la vie naturelle, qui le met en relation avec les choses de ce monde, et la vie surnatuieUe, (pii le met en rapport avec celles d'un monde supérieur. La première est une vie passagère^ parce qu'elle se développe dans le temps, et comme en passant, au milieu de ce qui [)asse ; la seconde est immortelle, parce ([u'elle est une participation à la vie même de Dieu, et comme un rayon de 1 éternité.

La vie naturelle s'exerce dans les divers règnes de la nature ; elle est végétale, animale, intellectuelle et morale.

i'dle émane aussi de Dieu, qui, eu créant les étrecs -

U VlË surnatuhëllë.

liiiis, losaaniîiiôs par son esprit. Dixit etf'acta sunt... Emilte spiritum luum et cveabiuitur,,. Mais en chaque créature la vivification divine étant restreinte et modi- Kée par la constitution de la nature et les éléments de son organisation, elle ne peut s'y développer que dans les conditions de chacune.

Telle la vie naturelle de la plante ; telle celle de Fanimalité avec toutes ses variétés ; telle la vie humaine, à la fois matérielle et spirituelle, physique et métaphysique, animale et raisonnahic, en raison des deu\ substances dont rhuinanité est composée.

Mais la vie surnaturelle, comme son nom l'indique, est au-dessus des conditions de la nature créée ; elle dépasse les forces naturelles, et s'exerce en dehors do leurs lois et de leurs limites, sans les altérer ni les détruire.

Il y a donc miracle toutes les fois qu'elle apparaît et agit. Carie miracle n'est pas autre chose que Taction directe du Créateur dans la création, en dehors des lois ot des conditions ordinaires.

C'est un éclair de la vie éternelle, de la puissance universelle, qui sillonne les ténèbres de ce monde en y laissant sa trace ineffaçable et ses effets indestructibles; car tout ce qui vient de l'éternité est éternel.

Annunliamus vobis vilum st'tevnam^ quie erat apud Patrem^ et apparuit nobis^ et Tapotre ajoute : Nous l'avons vue de nos yeux, touchée de nos mains; car le Verbe s'est fait chair et il a habité . parmi nous. La vie éternelle s'est personnifiée en Jésus-Christ qui Ta apportée à la terre par sa parole, par ses miracles, par ses bienfaits. Il l'y a laissée avec sou sang par le sacrifice sanglant de la croix et par le sacrifice non sanglant de Feucharistie.

m SEPTIÈME SERIE.

La vie surnaturelle, qui existe aujourd'hui dans l'humanité, est donc un don qui lui ,a été fait gratui- ^

tement ; car elle ne ressort pas de sa nature, et sou exercice en dépasse les forces et les conditions.

C'est une pure grâce que Dieu a daigné faire à sa créature malgré son indignité, une communication ineffable de Tamour diyin, qui, après avoir fait l'homme à son image, a voulu encore le rendre participant de sa nature : Divinw comortes naturx^ dit saint Pierre (II Pet. i, 4).

Dans la vie naturelle, Dieu, ou celui qui est la vie même, s'abaisse jusqu'à l'homme, et la Vie étemelle s'humanise.

Dans la vie surnaturelle, Dieu élève l'homme jusqu'à lui, et l'humanité se divinise.

Comment cela se fait-il? Par l'action merveilleuse de la grâce, ou, comme dit saint Paul, par Poperation d'une greffe divine, par l'insertion de la substance de la vie céleste dans la substance de la créature (Rom. xi, 24). L'olivier franc et l'olivier sauvage.

Description rapide de la greffe, qui insère une vie . nouvelle ail sauvageon et transloime sa nature.

Ainsi la vie surnaturelle est entrée par le baptême sur le tronc sauvage de la nature déchue : Semen insitunif c'est la semence du ciel qui y est introduite et qui la régénère.

. Et, de ce tronc régénéré, partent trois branches qui sont les trois vertus principales du chrétien, et qui vont porter des fleurs et des fruits du ciel : >

La foi infuse, qui transforme l'esprit naturel et le rend capable de connaître les vérités étemelles ;

L'espérance, qui exalte le désir de l'ànie, la trans-

U VIE SURNATUKfiLLE. t^ài

porte au delà des biens de ce monde, et lui donne la soir des choses célestes ;

La charité, qui purifie et glorifie son amour, au point de ne plus désirer que la possession du Bien souverain.

Et de ces trois branches principales sortent les innombrabicii rameaux de toutes les vertus chrétiennes.

Ainsi 8*acconiplit par la greffe de )a vie surnaturelle la transformation glorieuse de l'humanité, (pii, comme le sauvageon grelîé, sauvage aussi dans ses racines, dans sa partie inférieure à l'insertion de la greffe, c'est-à-dire dans sa constitution naturelle et dans son corps, est spi ritualisée, transfigurée dans sa partie supérieure, par sa participation à la vie du ciel, dont elle produit les (leurs impérissables et les fruits incorruptibles.

I>e imntlo mm vun/, fitcki ei ego non hum de

fuinidfl (Jisaii. xvii, Iti).

ll> ne >ont pa» du monde, cuiniuf Ui.* nuî-> pas du monde.

Nous avons annoncé la vie surnaturelle sur le témoignage de l'apôtre saint Jean, qui l'a vue de ses

yeux, touchée de ses mains en la personne adorable (le Jésus-Christ : AtwwUiumus vobis vitam xternarUy quss eratapud Patrem^ et appartUt twbis... quod tndi-

m SEPTIÈME SÉRIE.

mus oculis nostris^ quod perspeximus^ et manns nostrm eùnirectavenmt (I Joan. 2).

Jésus-Christ a dit à ses apôtres : Ego 9um mla^ Je suis la Tie, et celui qui mange ma chair et boit mon sang aura en lui la vie éternelle (.loan. xiv, 6).

Nous avons montré la possibilité de la vie surnaturelle par l'implantation d'une semence divine dans Tâme humaine par le baptême, ou, comme *dit saint Paul , par l'insertion dans sa nature sauvage d'une gretïo céleste.

Aujourd'hui nous allons constater l'existence de la vie surnaturelle dans le monde par ses fruits, c'està-dire par des faits merveilleux et înconstestables, ijui ne peuvent s'expliquer par les lois de la nature ni par les seules forces de l'humanité.

Il y a dans le monde des hommes qui font profession de n'être pas du monde, comme Jésus-Christ leur maître : De mundo non sunt^ sicut et ego non sum de mundo (Joan. vu, 16). Ce sont les vrais disciples de Jésus-Christ,- ou les chrétiens parfaits, c'est-à-dire ceux qui accomplissent à la lettre et en esprit sa parole : Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce au monde et à lui-même; qu'il prenne sa croix et me suive (Matt. xvi, 24).

Tels ont été les apôtres, les martyrs, les confesseurs de la foi, tous ceux qui ont consacré leur vie à la prédication de l'Évangile ou versé leur sang pour lui rendre témoignage.

Tels sont encore aujourd'hui ceux qui se vouent exclusivement au service de Dieu par les engagements

LA VIE SVANATURBLLE. 235

du sacerdoce, ou par les vœux encore plus étroits de la vie religieuse.

Les premiers, suivant la parole de Jésus-Christ, se

l'ont eunuques (Matt. xix, 12) pour le royaume du ciel, c'est-à-dire renoncent aux joies de la chair et de la paternité naturelle, pour n'être plus pères que selon Tesprit ; et les autres y ajoutent le sacrifice de leur volonté propre par Tobéissance, et des biens de ce monde par l'acceptation de la pauvreté.

Et ce n'est pas seulement quelques hommes qui agissent ainsi, et toute leur vie; ce sont des millions de tout sexe, de toutes conditions, de tout aji^^e, des riches comme des pauvres, des grands comme des petits, les plus l'avorisés de la fortune comme les plus déshérités, et cela dans tous les pays, partout où la religion catholique allume et entretient dans les âmes le feu du ciel que Jésus-Christ a apporté sur la terre.

Et ces honinics qui vivent ainsi d'une vie au-dessus de la nature, puisqu'elle en immole tous les instincts, en sacrifie les affections les plus vives et résiste à ses attraits les plus puissants, ne sont ni des insensés ni des fanatiques ; car, renonçant au monde et à eux-nièmes, ils ne vivent plus que pour les autres, et dans tous les siècles ils ont été les flambeaux de l'humanité par leurs lumières et ses bienlaiteurs par leurs vertus. Ceux mêmes qui ne comprennent pas leur dévouement, les admirent.

Voilà donc une vie surnaturelle bien établie dans le monde, pratiquée par Félile de l'humanité, et qui en fait la perfection, la gloire et le couronnement.

Mais ce n'est pas tout. La vie surnaturelle^ apportée ici-bas par l'Évangile et brillant de son éclat le plus pur dans les saints, s'est répandue universelle-

m SEPTIÈME SÉRIE.

ment sur la terre, et elle se reproduit partout où il y a des chrétiens et dans le plus humble fidèle. Elle est communiquée à tous par la vertu di?ine du

baptême, qui en fait de nouvelles créatures, ou lus régénère en les rendant capables d'une science surnaturelle par la foi, d'une élévation surhumaine par Tespérance, d'un amour divin par la charité, les trois vertus fondamentales de la piété chrétienne.

Le chrétien, par sa foi en la parole divine enseignée par rÉgUse, participe à la lumière de rinhni, et est initié à la connaissance des*mystères les plus sublimes du ciel et de la terre, qui échappent à ses moyens naturels de connaître et à la portée de sa raison ; laquelle, éclairée par la lumière du ciel et élevée au-dessus d'elle-même, croit fermement à des vérités qu'elle ne peut expliquer.

•Et sa croyance, tout obscure qu'elle est encore, est tellement ferme, qu'il est prêt à donner sa vie pour la vérité reconnue ; ce qui se voit rarement en témoignage de la science humaine. De là la multitude innombrable des martyrs.

Il y a donc une force surhumaine dans la foi.

Dans le plus hainl)le fidèle chrétien, dont la foi est vivante, domine l'espérance chrétienne qui porte à préférer les biens invisibles du ciel à ceux de la terre, à se dépouiller des uns pour obtenir les autres.

C'est Tespérance d'Abraham, qui quitte son pays et sa parenté pour aller à la recherche de la terre promise, et qui attend la réalisation des promesses divines sur sa postérité, même quand le sacrifice de son fils unique lui est demandé : Spes contra spem (Rom. IV, 18).

C'est l'ambition surhumaine de l'time chrétienne,

Ik VIE bUKMATUHËLLb.

qui aspire à la possession du royaume divin, et qui supporte en attendant avec patience, avec résignation et sans murmures, les peines et les iniquités de ce monde.

Il y a donc une force surhumaine dans cette espérance .

Enfin, dans le plus humble chrétien, où la loi de la charité a été allumée d'en haut : Qmm uryet chantas Chrisli^ il y a une manière d'aimer qui n'est plus selon la nature, mais qui, au contraire, la domine et la purilie, en lui donnant un motif plus noble que la jouissance propre, cl une Un supérieure à l'intérêt privé.

De là rimmense différence entre les affections naturelles de répoux, du père, de la mère et des enfants,

abandonnés à l'entraînement aveu^He de la tendresse charnelle, laquelle tourne presque toujours au détriment de tous, parce que, le plus souvent elle n'est pas même raisonnable ; et les affections chrétiennes animées et réglées par la charité, c'est-à-dire par Tobéissance à la loi divine et le désir prédominant du bien des autres jusqu'à leur sacrilier son bien . propre.

Ainsi aime et doit aimer le vrai chrétien, comme Dieu aime, comme Jésus-Christ nous a aimés, et il ne peut aimer de cet amour surhumain qui triomphe de Tamour naturel de soi, que par une force surhumaine.

Que chacun rentre donc en soi et sonde son cœur dans sa foi, dans son- espérance et dans son amour; qu'il se demande sincèrement ce que dans son cœur il croit, il espère, il aime par-dessus tout, et la voix de sa conscience lui dira s'il est vraiment chrétien, ciirétien en esprit et en vérité, c'est-à-dirè si c est

la vie naturelle ou la yie surnaturelle qui domine en lui.

Yidi MMium civUÉtm, Jerwalem nêPêm, deteendentem de eàlo a Deo (Apocftl. xn, S).

Je vis (lt'^cl'llcI^e Jii ( iel la ville ^inte, Ul nonveUe Jérusalem, qui venait de ]>ieu.

La vie surnaturelle est si bien établie dans le monde, que non - seulement elle existe individuellement en chaque chrétien régénéré par le baptême, et s'y développe plus ou moins, en raison de sa participation aux sacrements qui en sont les canaux, et de sa fidélité à suivre les préceptes et les conseils de l'Évangile ; mais encore elle s'est constituée ici-bas en une société à nulle autre pareille, au-dessus de l'espace et du temps par sa durée et son universalité, embrassant l^ous les peuples et tous les siècles dans son unité, et contre laquelle, suivant la promesse de son divin fondateur, tous les efforts du monde et de lenfer ne prévaudront jamais (Matt. xvi, 18).

Cette cité sainte, que l'apôtre saint Jean a vue descendre du ciel par la main de Dieu, descendentem de cœloaDeOy etqu'ilappelieknouvelle Jérusalem, dont Fanciennc n'était- que la préfiguration, c'est TÉglise, société des âmes régénéi^es, et participant déjà à la vie du ciel par la cdmmunion des saints.

C'est ce grand tait, unique dans le monde, et qui

L4 VIE SURNATURELLE. «9

lui survivra, parce qu'il n'en vient pas, miracle perpépétucl ici-bas, que nous allons examiner dans cette méditation.

Pour établir une société légitime et viable entre les hommes, il faut deux^koses principales : l'autorité et la liberté.

L'autorité implique \a /bi, qui organise et constitue, et le gouveiuemont, qui en doit être l'expression et l'application. D'où résultent les devoirs des citoyens.

La liberté comprend les àtoïU des individus, qui doivent être réglés, mais aussi garantis par la loi.

L'état de la société, sous toutes les formes et à tous les degrés, dépend du tempérament de ces deux choses, de la proportion et du mélange de ces deux éléments, et en outre tous ceux qui la composent doivent être unis entre eux par le lien d'un intérêt commun ou du bien public, auquel doivent se subordonner les intérêts privés. •

Telles sont les conditions essentielles d'une société en général. Les nations sont plus ou bien moins constituées, et, par conséquent, plus ou moins dignes et heureuses, en raison de leur accomplissement.

Or, ce que la civilisation antique n'a pu opérer ni par les ressources les plus admirables du génie, ni par les forces les plus puissantes de la conquête, l'Ëvangile l'a fait par la seule influence de la parole. Il a fondé sur la terre et pour tous les peuples une société universelle des âmes, une cité illimitée des esprits, e* Kiui est éternelle, parce qu'elle est au-dessus des ce ditions de l'espace et du temps. C'est. l'Église, app'

SBmÈllE SÉRIE.

catholique à cause de son universalité qui s'étend aux extrémités de la*terre, de son éternité, parce qu'elle se consomme dans le ciel, et à ce titre elle est suma"

turelley c'est-à-dire au-dessus des forces et des conditions de ce monde, puisque, comme l'histoire le montre, toute société purement humaine ou naturelle est bornée et périssable.

Aussi, cette société, dont Dieu lui-même en la personne dè Jésus-Clirist est la pierre angulaire, a été i'ondée par la parole divine sur les fondements des apôtres, dont Pierre est le chef : Tu es Petrus et super hane petram xdificabo eedesiam meam (Hatt.

XTI, 18).

Sa loi a été donnée d'en haut, et son gouvernement est celui de Dieu même, dentelle représente Tautorité infaillible. Elle lie et délie pour l'éternité : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel (Matt. XVI, 19).

Mais à côté de l'autorité la plus forte, puisqu'elle lie les consciences, se trouve la liberté la plus grande; car elle est toute morale, et personne ne peut la contraindre. Dieu, qui l'a donnée, et qui ne reprend jamais ses dons, la respecte lui-même jusque dans ses écarts.

On entre librement dans cotte société, ou y reste librement, on en sort de même. On n'en devient pas membre par le hasard de la naissance ou la nécessité des circonstances, comme chez les nations, mais chacun s'y agrège volontairement h l'âge de raison, et {)eut s'en détacher extérieurement quand il lui plaît.

Mais en y entrant par le choix ou le consentement de sa Yolonté, ce qui a lieu solennellement pour tout

chrétien au jour de sa première communion par le

U VIE SURNATURELLE

renouTellement des vœux du baptême, il en accepte la constitution, la loi, l'autorité^ et promet de s'y

soumettre.

Et il se trouve, par la vérité et le bienfait de ce gouvernement divin, que la loi, imposée à son esprit par le dogme conune l'objet de sa . foi, est justement la sauvegarde de sa raison et l'exaltation de son intel-

ligence;

Que la loi imposée à sa conscience par la morale et - la discipline de l'Évangile est la lumière de sa volonté, • la règle et le soutien de sa liberté.

Et sous ce gouvernement spirituel, où domine surtout l'influence de la parole et la persuasion, les hommes qui suivent ses prescri[)tions et ses inspirattons deviennent plus éclairés, plus honnêtes, plus purs, maîtres de leurs passions, forts contre les tentations, dégagés des liens de la concupiscence charnelle et du joug du corps, par conséquent plus libres, vraiment Ubres de la liberté des enl'auts de Dieu, parce qu'ils n'obéissent qu'à Lui, comme il convient à la dignité de Thomme dont il est le seul supérieur par nature.

Telle est la vraie liberté que Jésus-Christ est venu apporter aux enfants d'Adam en les délivrant par son grand sacrifice et les mérites de son sang du joug de Satan, de l'ignominie et de la mort où le péché les avait précipités. Tous les gouvernements humains, si libéraux qu'ils soient, ne procureront jamais cette liberté par excellence, la plus pure et la plus complète des libertés; et là où les hommes n'en jouissent pas, les autres, si étendues qu'elles puissent être, leur servent à peu de chose pour leur bien véritable, et y sont souvent contraires ; car, à quoi sert de gagner le

monde entier, si Ton perd son âme (Mati. xvi, 26)?

Et enfin, comme dans les sociétés politiques les citoyens soumis à la même loi et à la même autorité sont encore unis entre eux par un intérêt commun auquel doit céder Tintérêt privé, tous les membres de la cité divine, ou les enfimtsde l'Église, unis déjà par la même foi dans une autorité infaillible et souvent à une dis- • cipline commune, le sont encore plus j)ar le lien de la charité, (]ni les porte non |)lus seulement . à chercher leur intérêt propre dans l'intérêt commun, mais « à se dévouer au bien de tous par l'abnégation de soi, et le sacrifice de son avantage propre à celui de ses frères.

Ce îîacrilice, exceptionnel dans l'ordre temporel, et que le monde exalte comme de l'héroïsme dans lés citoyens de la terre, est de droit commun parmi les citoyens du ciel, dont la charité de Jésus-Christ remplit le eo'ur : Ur(jet nos chantas ChrislL

C est le règne de l'amour, supérieur à celui de la justice, qu'il présuppose, mais dont il est le couronnement ; et ce divin amour, qui est la loi suprême de la cité céleste ou de la nouvelle Jérusalem descendue du cieJ, et de Dieu lui-même , descendentem de cœlo a DeOj cet amour sans restriction qui surpasse par sa pureté, son ardeur, son dévouement toutes les affections du cœur de l'homme, çn sorte qu'il ne peut y être allumé que par une étincelle du l'eu divin que le Kils de Dieu est venu apporter à la terre ; cet amour surnaturel s'entretient et se reoou- • velle sans cesse dans les âmes, où il brùlc par un aliment surnaturel, c'est4i-dire par la participation à la vie de celui ()ui est Tamour même, dans l'adorable sacrement de Teucharistie/ Celui qui mangera ma

LA ¥IE SURNATURELLE. 23t

chair et qui boira mon sang, aura la vie éternelle eu lui, et en vivra. (Joan. vi, 55).

Telle est la société mystique et surnaturelle que

Jésus-Christ a établie divinement sur la terre, dans et par son Église. Toute mystique qu'elle est et invisible dans ses profondeurs, elle est cependant réalisée ici-rbas d'une manière sensible, et elle y subsiste depuis plus de dix-huit siècles aux yeux de tous, et avec une influence prédominante dans les affaires du monde, qu'elle a mission dliai moniser avec le ciel, autant qu'il est possible. De son rentre visible, ou de la capitale qui est à Rome, le siège de saint Pierre consacré par le sang des deux principaux apôtres de rÉvanjj^ile, elle enseigne à toutes les nations de la terre les choses de réternité : docet omnes (jentes. Ëileles rappelle à l'équilé quand elles s'eu écartent, les exhorte à la charité par-dessus les rigueurs de la justice, et elle poursuit au milieu des contradictions et des persécutions de toute espèce sa grande mission, à savoir de reconstituer l'unité du genre humain divisé par les intérêts et les passions de la terre, pour en faire un seul peuple, le peuple de Dieu, t>u, comme a dit le Sauveur [qui n'a vécu et n'est morf ici-bas qu'à cette lin, pour qu'il n'y ait pins (prune Jicrgeric et un pasteur (Joan. x, C'esi le dernier vœu de Jésus- Christ, au moment où il va consommer son divin sacrifice : snU unum, rieut et nos umm sumus! et c'est dans son Église, ou par la société surnaturelle des âmes, qu'il doit être accompli (Joan. \vn, 22).

Nisi qum reualun fuerU ex aqua tt Hfirilu Sancio, nên potett Mrobre in r<f«m Dei (Jofto. m,. 5).

^ Si un homme iiêniMltda l'eniel du Sailli»

Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

I.a vie surnaturelle existe en ce inonde, nous l'avons constaté, individuelle ou publique, dans les âmes chrétiennes et dans TËgUse, qui est la société universelle des âmes régénérées.

Connnent connmence-t-ellc? Comme toute vie, par une génération : et cette l'ois par une génération spirituelle, entée sur le produit iVune génération physique, c*est-a-dire par la régénération de Thomme déchu, par la réhabilitation de sa nature détériorée par le péché, comme un tronc sauvage est transformé par la greffe.

Mais comme il s agit de la transmission de la vie divine, la génération est divine aussi, et c'est TEsprit- Saint qui Topère directement en engendrant la créature nouvelle, suivant les paroles de saint Jean : Dédit eis potestatemjUios ï)n fieri, his qui non exsamjumu bus y neque ex voluntate camis^ sed ex Deo nati sunt (Joan. I, 13).

C'est ce que nous allons voir dans cette méditation.

Lk Vi£ SUANâTUHëUK. ^33

V Comment s'opère la régénération de l'àme ou sa naissance à la vie surnaturelle ?

Jésus-Christ le dit àNicodème, qui ne le comprend pas, prenant ses paroles dans un sens matériel et s'imaginantquMI ne peut renaître qu'en rentrant dans le sein de sa mère. Combien de Psicodènies, de nos jours encore, et d'autant moins excusables, que la parole évangélique les enveloppe de toutes parts de sa lumière ! Us en sont encore à comprendre la possibilité du surnaturel, (|uia changé la face du monde et transfiguré la civilisation humaine par le christianisme.

Nisi qm renatus fuerit ex aqua et Siiiritu sancto.

La renaissance s accomplit donc par le moyen de l'eau et du Saint-Esprit. C'est pourquoi elle est un sacrement; car en elle l'esprit agit par un élément terrestre, qui en devient le véhicule et le signe; et en cette circonstance, où il s'agit de laver l'humanité de ses impuretés, c'est l'eau, le grand moyen de l'épuratien, qui est employée, comme ailleurs, quand il faudra communiquer à Tàme régénérée l'ardeur et l'ahment de la vie divine, ce sera l'huile, le sel, le pain et le vin, sanctifiés ou transsubstantiés par la parole divine. /

^ L'Esprit-Saint par la parole sacramentelle^ j)énèti e leau de sa vertu viviliante, laquelle entre dans l'àme par l'intermédiaire du corps; et ici encore, comme au moment de la création primitive, l'esprit plane sur les eaux, et en fait sortir un monde nouveau, une nouvelle créature, Thomme surnaturel.

Maïs comme la toute-puissance est indépendante des éléments du monde, et que pour elle tout est esprit et vie, en certains cas elle agit san^ les moyens . ordinaires et par-dessus les lois qu'elle a posées et

SEPTIÈME SÉlilK.

alors, jiîir uncgi Arp toute spéciale, l'Ame pleine de loi qui donne sa vi(^ pour la confesser, ou qui au moment de la mort aspire ardemment à la régénération, peut les recevoir directement par le baptême du sang . ou par celui du désir.

2* Qm produit c(»tle régénération? Comme toute génération propage la nature des germes qui transmettent la vie, ainsi le sacrement de la régénération feit participer à la nature même de Dieu, le Père des àmos, non dans son essence, qui est incommunicable aux créatures, mais par un don pai ticiilierqui imprime dans Tàme la ressemblance, Tetligie, le sceau de la divinité, et qu'on appelle la grâce sanctifiante.

C'est pourquoi il est dit que les chrétiens devienne ut diviuœ consortes nutuni' (II Pet. i, 4), et saint Jean appelle les (ils de Dieu ceux qui sont nés, non du sang et de la volonté de Thomme, mais de Dieu lui-même (Joan. i, 15). Celui qui est né de Dieu, dit-il ailleurs, ne pèche pas (I Joan. ni, 9).

La giàce sanctiliante déposée dans Tàme par le baptême est appelée de divers noms par les théologiens.

Semen timtont, une semence qui est insérée, et de laquelle doit sortir le développement de la vie divine

dans riiomme pour réternité, comme de la semence terrestre sortie développement de la vie de ce monde en chaque espèce.

SigtUum impressum, le sceau divin imprimé dans l'ame, en sorte que tous les traits de l'effigie divine Y sont uianpiés, et la ressemblance entre le Créateur et la créature s'y retrouve aussi exacte, aussi parfaite qii*il est possible entre Tinfini et le iini.

Pignus pt^omissmiy le gage de la vie étemelle pro-

LA VIE SURNATURELLE

mis à r homme après sa cluito par la miséricorde de Dieu, et qui lui est accordé et approprié à sa nature par l'application du sang et des mérites du Messie

• annoncé dès le commencement et mort pour nos péchés.

Fom aqtix e corde scaluriens^ ou la source des eaux étemelles sortie avec le sang du cœur entr'ouvert du Sauveur, et qui, sUnsinuant par le baptême dans h)s àiiK^s réfTénérées, rejaillit jusque dans l'étornité.

Comme Tessence divine est la racine do tous les altributs divins, ainsi la grâce sanctifiante,, qui en est le produit et Timage, est en nous la racine de toutes les vertus surnaturelles, la foi, l'espérance; la charité; vertus infuses qui correspondent dans l'ànie aux perfections divines, et par lesquelles elle devient capable de connaître Dieu comme il se connaît et comme il est : sieuti est (I Joan. m, 2);

De lui rapporter tout par le désir, comme en lui tout revient à sa gloire;

Et enfin de Taimer comme il s'aime, et d'aimer les hommes comme il les aime, d'un amour sans limite " et au prix de -sa vie même, à l'exemple du Dieu fait homme pour racheter les hommes, et en union avec lui.

Ainsi est organisée divinement la nouvelle créature, Thomme surnaturel dans Thomme de la nature, et par cette régénération de son existence il est rendu capable de vivre de la vie céleste, ici-bas par la grâce et au ciel dans la gloire.

L'essence de l'àme humaine n'est pas changée pour cela, pas plus qu'elle n a été altérée en sens contraire par le pécUé. Elle est seulement relevée, purifiée, transfigurée par une qualité surajoutée à sa nature, et

SEPTIÈME SÊKIE.

qui la rond aple à uae vie et à une*gloire supérieures à sa coadition.

3* Enfin, de même que dans toute génération de ce monde il y a un père et une mère, ainsi dans la régénération de Tàme, dans sa renaissance, elle a Dieu pour père par la vertu du sang de Jésus-Cbrist qui transmet la vie, par l'opération du Saint-Esprit; dans le baptême elle a pour mère l'Église, au sein de laquelle le nouveau-né est engendré, implanté, formé, organiséy et qui est le corps mystique de Jésus-Christ, comme Êve, la mère des vivants, a été tirée mystérieusement du corps d'Adam. .

C'est dans ce sein maternel que l'homme céleste ou la créature nouvelle va se développer et exercer les fonctions de la vie surnaturelle, recevoir la nourriture qu'elle lui donnera et les soins incessants dont elle soutiendra sa faiblesse et sa bonne volonté depuis sa naissance jusqu'à sa mort, depuis ses premiers pas sur la terre jusqu'à son entrée au ciel, s'il a le bonheur d'ensuivre la voie.

So» t» »ûh pane vipU home (Luc. iv, l\ ybomme ne vil pa» «•ralement de pein.

La nouvelle créature, ou l'homme du ciel, une fois engendrée, doit se développer, et comme.tout ce qui est créé, et par conséquent borné et dépendant, elle

ne le |ieul que par la nourriture qui la réparc, la Ibr-

tilic el l'accroît.

L'être spirituel a donc besoin (ralinientalion comme Tètre physique, et c'est pourquoi le prophète royal dit dans sa prière: Pinguedine repleiUur anifna mea (Ps. Lxn, 6).

Nous avons donc à examiner maintenant les degrés et la forme de cette alimentation céleste ; et comme, ainsi que dît TApôtre, les choses visibles nous parlent des invisibles, parce qu'elles en sont la manifestation inférieure ou la réalisation sensible, et (prelles obéissent aux mêmes lois, ce qui explique leurs analogies, nous allons retrouver dans les phases du développement de l'homme physique, ou de lenfant de la nature, Tindication des circonstances principales de la formation de la créature surnaturelle ou de riionnnc du ciel.

Tel sera le sujet de cette méditation.

L'enfance proprement dite se partage en trois périodes. Dans la première, Tenfant vit dans les entrailles de sa mère ; dans la seconde, sorti de ses entrailles, il reste encore attaché à son sein et vit de son lait ; dans la troisième, il s'en détache pour vivre individuellement et des éléments du monde.

Ces trois périodes se retrouvent dans l'enfance de la vie surnaturelle.

1*" L'àme, régénérée par le baptême, passe aussi par une première phase de l'enfance spirituelle.

La semence céleste a été implantée en elle, et pnr l'action du Saint-Esprit ou la fécondation de la grâce.

238 SEniÉME SÉHIE.

Cette semence, principe de la ^ie nouvelle, se développe mystérieusement par des vertus infuses dont l'àme n a pas conscience, comme Peu tant végète dans le sein maternel sans se distinguer de sa mère, et en recevant directement sa nourriture par la participation à son sang.

Elle vit donc uniquement d'abord ])ar sou iniplanlation dans PÉglisc ou dans le corps de Jésus-Gbrist, dont elle est devenue membre, et comme tous les membres d'un corps vivant, elle est vivifiée et nourrie par le centre de ce corps et par la circulation de l'esprit (pii l'anime.

Eu cette période s'opèrent dans la profondeur de Tàme tous les mystères de la génération spirituelle et de toutes les vertus infuses : la foi, l'espérance et la charité, dont la puissance ou la capacité est accordée à la créature nouvelle.

2" L'entant sort du sein de sa mère et est allaité par elle. 11 vit encore de sa substance ou de son sang sous une nouvelle forme; mais en même temps il absorbe l'air et la lumière du monde où il est descendu.

Ainsi, dans Tordre spirituel, l'àme chrétienne commence à être nourrie par Église sous une autre forme où son individualité se détermine. L'Église est repré^

sentée ici par la mère naturelle, qui doit donner à Tenfant le premier lait de T esprit comme celui du corps.

Il est donc très-important que la mère, ou celle qui en tient lieu, soit chrétienne et attachée par la foi à

l'Eglise, dont elle doit remplir la place.

Comme la mère naturelle pénètre son enfant de tous les rayons de sa tendresse instinctive^ ainsi la

U VIE blUi^ATUUELLE. 239

mère chrétienne doit l'arroser pour ainsi dire des

efthives de sa loi, afin de lui communiquer, par toutes les impressions dont il est susceptible, la vie du ciel gai est dans son cœur, et la grâce qu'elle reçoit ellemême dans l'exercice de la piété et par la participation aux sacrements.

Il y a là une éducation surnaturelle qui ne se comprend pas^assez, parce que la raison y a peu de |)ai-l, mais qui s'opère spontanément par l'àme pieuse de la mère et les influences chrétiennes dont l'enfant aura le bonheur d'être entouré.

C'est dans cette période qu'il s'organise chrétiennement en puissance, et de cette formation mystérieuse de l'homme céleste en lui dépendra sa vie morale ici-bas et dans rétemité, comme son existence physique sur la terre dépend en grande partie de i'organogénésie primitive de son corps.

5*" Cependant le lait de la mère ne sui'lit plus à la nourriture de son fruit. U faut un aliment plus solide pour donner au corps de l'accroissement et de la force, et en même temps il a besoin de l'excitation plus vive de l'air et de la lumière pour le développement de son esprit naturel, qui commence à se m ani lester par l e 1 a ngage .

De même de la vie surnaturelle quand elle est organisée.

Elle a besoin de l'air du Ciel, qu'elle apprendra à asj)irer par la prière ;

De la lumière du ciel, qui lui sera transmise par la parole divine ;

Et quand elle sera devenue capable de recevoir l'aliment le plus solide, la nourriture des forts, le pain , ^ des anges, elle sera nourrie du corps et du sang de

Jésus-Claist, ou du Dieu fait hommes qui ne s'est Inimanisé que pour la diviniser, et qui se donne à elle en nourriture pour la rendre semblable à lui, ou pour se Tassimiler en la rendant participante de sa propre vie, vn rincorporantdans son propre corps, et par son corps imiuortel à la divinité, dont elle est appelée par *8on amour à partager la splendeur et la félicité.

Ainsi commence et se dévclopj)e sur la terre par la grâce sa glorieuse destinée, qui doit se consommer au ciel dans la gloire.

Omniii crcalura bel aanctificalur per oratimum (1 Timoth. iv, 5).

ToQle créttnre de IMeo est «uietiliée ptr la prière.

Nous allons maintenant suivre l'âme régénérée dans sa marche ascensionnelle, ou considérer la vie surnaturelle dans les degrés successifs de son dévoloppemeat, et aussi, hélas ! dans ses défaillances,, toujours possibles ici-bas, tant qu'elle n'y a pas achevé son épreuve ; et nous verrons en même temps les remèdes préparés par la miséricorde divine pour la relever, la réparer et la remettre en voie.

Si riiomnie ne vit pas seulement de pain, même pour rentrcticîi de sa vie physique, mais encore d*air, de lumière et de tous les fluides ambiants,

Diyiiized by

Ik TIB SURNATURELLE. 241

ainsi Tàme régénérée, en pàrticipanl à la vie céleste, a besoin aussi de l'air du ciel, et c'est par la prière qu'elle entre en commerce avec cette atmosphère surhumaine, et en aspire la substance surnaturelle avec toutes les vertus iofuses et toutes les grâces qu'elle communique.

Tel est le sujet de cette méditation.

La prière, a dit sainte Thérèse, est la respiration du cœur ; et, en effet, comme la respiration du corps, elle se compose de deux mouvements :l'un, par lequel . Tàme attire en elle l'influence divine qui la répare et la vivifie : c'est la demande et T invocation ; l'autre, qui jette hors d'elle la surabondance de sa vie, ou l'expression de son amour, de sa reconnaissance et de son admiration.

Toute àme qui prie invo(juo Dieu ou le «glorifie.

De même que 1 enfant sorti du sein maternel ne peut yiyve sans absorber l'air vital de ce monde, ainsi l'âme, engendrée à la vie divine par le baptême, ne peut vivre non plus de cette vie surnaturelle sans aspirer l'air vivi liant du monde supérieur, avec lequel elle a été mise en rapport.

La flamme de sa vie nouvelle s éteint si cette nourriture lui manque, et c'est ainsi que beaucoup de chrétiens, qui n'ont pas appris à prier, ou qui l'ont désappris, meurent à la vie du ciel, faute de la nourriture qui doit l'entretenir. C'est une asphyxie spirituelle ; c'est la semence de T Évangile qui étoufi'e dans un terrain négligé; c'est la greffe desséchée dans son développement.

il faut doue habituer T enfant de bonne heure à respirer de cette manière.

Dès qu'il est capable de comprendre le langage et d'y réagir en se distinguant de ce qui l'entoure, on doit lui annoiieer le nom sacré de Dieu, son créateur et son père, dont le baptême a mis en lui ia semence divine ;-et, en excitant la réaction de son âme vers l'influx céleste qui le pénètre, établir, comme dans ia respiration du cor|)s, un va-et-vient continuel entre la source de la vie et elle.

Ainsi s'allume, s'entretient et s'accroît dans Tame le flambeau de l'éternelle vie. Et si nous poursuivons cette analogie, la vérité en deviendra plus échtante.

En ciTct, pour avoir un air salubre et pur, il faut se séparer de la foule et s'élever. Il faut aller à la campagne, dans la solitude, sur la montagne.

Ainsi pour aspirer mieux l'air du ciel dans la prièi^, il est bon de s'isoler au moins pour quelque temps, de se recueillir dans la retraite, et d'élever son esprit et son caur au-dessus des choses de la terre.

Souvent Tair respirable est vicié par des exhalaisons méphitiques, par des vapeurs paludéennes, par des émanations de corruption, de putréfaction, par des virus morbides, [)rincij)(^s de maladies.

De même, dans la prière, nous gâtons souvent Tair du ciel par les exhalaisons de la sensualité et des passions humaines, par de mauvaises images, de mauvaises pensées, de mauvais désirs, dont la concupiscence charnelle a reçu les scuiences, et qu'elle reproduit en abondance })ar la mémoire et l'imagination : ce qui empêche l'âme de se mettre en rapport avec Dieu, et d'aspirer l'air céleste et les grâces dont il est le véhicule.

Diyiiized by

LA VIE SlKiNATliaELLE. 245

Alors il y a peu de nourriture dans la prière qui

est délayée, dissipée, gâtée, et elle ne fortifie pas.

C'est ce G|ui rend la prière pénilile et peu profitable, à cause des distractions qui Tinterrompent sans cesse et Tamoindrissent, ou même la rendent impossible ou impuissante. Le rapport vivant ne peut s'établir entre Dieu et i'àme, à laquelle la vie n*arrive pas.

Combien de chrétiens prient de cette manière, même aux pieds des autels et en face de Celui qu'ils invoquent, et ils se plaignent de n'en retirer ni force ni consolation ! C'est qu'ils prient des lèvres et par le corps, et que leur cœur est loin de Dieu. Ils ne prient point en esprit et en vérité.

Cependant d'autres fois Pair est agité violemment par le vent, et alofs, au lieu de faciliter la respiration, il la suffoque.

Ainsi de la prière trop agitée par les paroles et les démonstrations extérieures, où les sens, l'imagination et l'activité propre ont plus de part que Pesprit *et le cœur. Le vent impétueux de celle activité naturelle la trouble, et l'àme, jetée au dehors et n'ayant pas assez de calme pour recevoir Tair du ciel, en est épuisée sans être nourrie, ou bien, quand elle en est atteinte, elle est trop en mouvement pour en être pénétrée.

Donc la meilleure prière est la plus intérieure, celle qui sort de l'esprit et du cœur, la plus intelligente et la plus affectueuse, la plus conlîante et la plus aimante, la plus vivante de la vie de l'àme, et par consé(jucut celle qui nous met le plus en rapport avec Dieu, qui est en nous et qui fait ses délices d'y habiter, .en sorte que, l'àme qui lui est unie dans son

214 SEPTIÈME SËKIE.

fond, respire, pour ainsi dire, en lui, comme Jean sur la poitrine du Sauveur.

Là, comme le disciple bicii-aimé, elle aspire et boit son air vital à sa source , comme l'enfant qui vient de naître puise sa nourriture au sein maternel.

Ames chrétiennes qui avez l'heureuse expérience de

celte alimentioii divine par T habitude de la prière intérieure, quand elle vient à vous manquer au milieu des affaires ou des distractions du monde, vous sentez aussi par un inexprimable malaise que votre

vie véritable défaille, et vous n'aurez point de repos que vous n'ayez retrouvé un moment de solitude, de calme et de recueillement pour respirer de nouveau l'air du ciel.

pltê «ml (Joan. u, 64).

Les paroles que je vouft ai dites sont esprit et vie.

Toutes les créatures vivantes de ce monde n'ont

pas seulement besoin d'aspirer l'air pour entretenir , en elles le flambeau de la vie par la réparation incessante de leur sang ou de ce qui en tient lieu dans leur organisme ; il faut encore à la partie la plus pure de leur existence, celle par laquelle s'exerce leur sensibilité et leur activité spirituelle, selon leur de^ré, une nourriture plus subtiie et qui excite leurs sejns et

LA VIE SURNATURELLE

développe ce qu'il y a d'intelligence en chaque espèce. Cette nourriture plus délicate, parce qu'elle est plus

en rapport avec Tosprit, leur est donnée par la lumière, et à chaque esjjèce par une lumière appropriée à sa nature, à ses organes, donc à la vie surnaturelle, ou à la créature régénérée par une lumière qui ne vient pas de ce monde.

Qu'est-ce que cette lumière, et par quels moyens et sous quelles formes elle contribue au développement de la vie.sumaturelle : c'est ce que nous allons considérer.

Jl y a ici-bas deux espèces de lumières : la lumière physique et la lumière spirituelle.

La première est sensible ou perçue par l'œil du corps. Elle nous arrive par les flambeaux naturels des astres qui éclairent la terre, et par les flambeaux artiticieis que Thomme peut y allumer.

La seconde ne tombe point sous Tœil physique ; mais elle est perçue par 1^ sens de l'ouïe, au moyen de la parole, qui lui sert d'enveloppe, et par la(}uelle elle pénètre dans rontendement et rillumine pour y ibrmer la connaissance et la science.

Si la parole est purement humaine, elle transmet la lumière de l'esprit humain, et elle produit la connaissance naturelle ou la science de la nature, telle que la raison peut la former et la communiquer par ses propres forces.

Mais si la parole vient directement de Dieu par la révélation, elle transmet une lumière divine qui engendre dans l'entendement humain une science divine

Diyilizea

SEPTIÈME S&RIE

OU la conaaissaDce des vérités étemelles qui surpassent la raison humaine*

Dans tous les cas, et quelles que soient sa forme et sa manière d'agir, la lumière, dit saint Bernard, produit trois effets sur les créatures ; elle les éclaire, elle les nourrit, elle les réchauilc: hicety nutrity fovet.

L'enfant qui vient de naître est surtout mis en

rapport avec le monde extérieur par la vue. L'espnt (le la nature excite son esprit au moyeu de la lumière par tous les objets qui la répercutent; et plus tard, quand son intelligence se développe par le langage, c'est encore par la lumière^ mais par la lumière spirituelle de la j)arole, (jne s'opère ce développement et (pie l'instruction lui est donnée.

Il est éclairé, nourri et échauile par la lumière de renseignement.

n en va de même à la créature surnaturelle. Cest aussi par la lumière de la parole, mais d'une parole de l'àme, que la vie infuse dans la profondeur de son être par le baptême entre en acte, et cette parole vivifiante est ordinairement l'expression de la foi de sa mère ou de celle qui en tient la place. C'est la parole (le foi dans la famille cpii éveille la foi de l'enfant et le met en rapport actuel avec Dieu, ou Tintroduit dans l'atmosphère céleste.

Ainsi se forme Tidée de Dieu dans le cœur de l'enfant par la parole de foi qui lui en annonce le nom; et par cette idée, mère de toutes les idées comme Dieu est le principe de toutes choses, son entendement fécondé et dilaté entre dans un rapport mystérieux avec rin0ni.

Aussi est-ce un grand bonheur pour Tinlelligence

LA YIË SURNATURELLE. 247

comme pour le cœur d'èlre mis au monde et élevé par une mèro liu ( lionne, et de recevoir de bonne heure dans la famille Tair et la lumière du ciel.

Ainsi excitée, ébauchée par la parole maternelle, la vie surnaturelle est nourrie et développée plus tard par l'enseignement de TÉglise, qui est la mère spirituelle des Ames. L'Église, qui a le dépôt de la parole divine et la mission de l'annoncer à tous ceux qu'elle a faits enfants de Dieu par la régénération du baptême, éclaire, nourrit et échauffe leur Ame |)ai la lumière de l'instruction religieuse, manifestation du feu divin queJésus-Clirist est venu apporter sur la terre.

Elle leur distrU)ue la lumière étemelle avec la parôle divine, sous toutes les formes appropriées à leur faiblesse, par le catéchisme, les prônes, les homélies, les sermons, h^s oxliortations de la direction particulière, en même temps qu'elle leur transmet les eaux salutaires de la grâce et les bénédictions d'en haut par les canaux des sacrements.

Enfin, quand la créatiue surnaturelle, devenue ailulte, peut clierclier elle-même sa nourriture spirituelle, elle la trouve dans la lecture et la méditation de la samte Ecriture, proposée d'abord à sa foi simple et dont elle devient capable de pénétrer les profondeurs avec le secours de la lumière d'en haut et sous l'autorité de l'Eglise.

La méditation de la parole divine est une véritable rH.trilion, par laquelle on mâche, pour ainsi dire, 1 élément spirituel, afin d'en extraire le suc et de s'en assimiler la substance : ce qui doime lumière et loiTc a l'Ame, tandis qu'en la lisant rapidement, elle 1 absorbe en bloc et sans profit : ce qui la sur' charge au lieu de la nourrir.

m SEPTIEME SbKi£.

Par ces degrés successifs, qui la mettent en rapport

avec la lumière céleste et la rapprochent de son loyer, la créature nouvelle s'élève par la loi d'abord, puis par une intuition surnaturelle, par le sens du divin ouvert en elle par ta grâce, au pressentiment, à la connaissance, à la contemplation de réternel, de l'inlini ; lacjiiolle, ébauchée ici-bas par la grâce, sera complétée dans la gloire par la vision béatilique du ciel, oii nous connaîtrons Dieu comme il nous connaît et le verrons comme il est : sicuti est. . . (I Joaii. ni, 2) . .

Ylll

Ego suDi punis vit'us qui de ciicio descfn-

di (Joaii. VI, 51).

Jt' ^suib le pain vivuul descendu du ciei.

Tous les êtres de ce monde se nourrissent de ^ deux manières : d'un coté, par l'atmosphère oii ils absorbent hi lumière, l'aii* et les ga/ nécessaires à la partie la plus spirituelle de leur existence ; de l'autre, de la terre, de ses éléments et de ses produits, pour réparer les pertes de leur substance matérielle.

De même, la nouvelle créature, dans laquelle la vie surnaturelle a été implantée, ne se nourrit pas seulement de Tair du ciel par la prière, de la lumière divine par la parole de Dieu, et de toutes les grâces qu'elles transmettent ; il lui faut aussi un alimentplus solide qui ré[)are le i'oud même de sasul stance spirituelle par sou union intime avec Celui dont elle est.

LA VIE SURNATURELLE

Or, si rhomme terrestre, qui est de la terre, a besoin de s'assimiler pour subsister la substance terrestre; rhomme céleste, qui est de Dieu, qui ex Deo est (I Joau. iii, 9), pour vivre pleinement de la vie étemelle, doit ^'assimiler, autant qu'il lui est possible etselon sa mesure, la substance divine, divinx eansartes mtursô (II Pet, i, \).

Mais rassimilation dans tous les règnes s'opère par la nutrition ; donc, comme il y a un aliment matériel pour les créatures matérielles, il doit y avoir un pain divin pour les .créatures spirituelles devenues capables de le recevoir : Ego sam panis vims qui de cœlo descendi,,.

Qui a donné à Tliomme ce pain vivant, et comment le nourrit-il ? C'est ce que nous allons voir dans cette méditation.

Les Juii's avaient mangé dans le désert la manne tombée du ciel, ils se vanUient d'avoir été nourris par Dieu lui-même, et cependantJésus leur dit : « En vérité, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel ; car mon Père seul donne le vrai pain du ciel, et la preuve, c'est que vos ancêtres sont morts, tandis que celui qui mangera le pain descendu du ciel ne mourra point : Hic est panis de cœlo descendens^ ut si quis ex ipso manducavent^ non morleiur » (Joan. vi, 50).

C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel.

Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement,

et le [)ain que je vous donnerai est ma' chair pour la vie du monde.

m SBPTIÈIIB SÉRIK

Et comme ils disputaient entre eux, disant : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » il ajouta : En vérité je vous le dis, si vous ne mangez la chaii' du Fils de l!liommc et si vous ne buvez son sang, vous, n'aurez point la vie en vous (Ibid.f vi, 54).

Car ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est le vrai breuvage ; celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.

Cette promesse solenuelle, qu'il donnera aux hommes le pain de la vie éternelle, il raccom()lit la veille de sa mort en instituant dans sa dernière cène avec ses apôtres le sacrement de l'eucharistte, comme il est dit au chapitre XXII, V. 19, de saint Luc, et comme saint Paul le redit daas la première aux Corinthiens, XI, 24.

Et quoiqu'il y ait là le plus grand des miracles par latransubstantiationdu pain au corps de Jésus-Christ

et du vin en son sang, cependant la foi en ce miracle, qui est le témoignage le plus éclatant de l'amour de Dieu daignant s'unir intimement à sa créature et la faire participera sa propre vie, se conçmt encore jus-, qu'à un certain point par la raison, puisque la vie s'alimente surtout p£fï' la nourriture, et que, dans la nature même , les substaïu^es vivantes se transforment et s'assimilent par la nutrition.

C'est pourquoi Jésus-Christ a dit : Qui mandueat rneam earnem et bibit meum sanguinem in me manety et ego in illo (Joan. vi, 57).

11 fallait donc que, pour demeurer en Dieu et vivre de sa vie, Thomme surnaturel se nourrît de Dieu même ; et cela est devenu possible par Tadorable sacrement de reucharistie.

Comment s'opère cette nutrition surnaturelle, la

LA VIE SURNAîUlll-LI.E. loi

plus admirable et la plus complète, nous allons le dire, autant qu'on peut dire ces choses.

Le pain vivant descendu du ciel nourrit l' homme tout entier dans son ànie et dans sou corps, et lentl à le diviniser en le rendant non-seulement semblable à Dieu, comme il Tétait déjà par sa création, mais participant à sa vie, consortem divin» mturse^ ou, comme dit saint Cyrille, càncor])oreiim^ consangnineum Christi factum (5 feria de oct. Corp, Christi) : ce qui réalise cette parole 'du prophète : DU estis.

En effet Jésus-Christ, qui lui donne sa chair à manger et son sang à boire, est à la fois Dieu et homme, et dans sa personne adorable l'innuanité partici[)e ;i la plénitude de la Divinité, et la Divinité à la condition de Thumanité, sauf le péché.

Donc, dans la sainte communion, l'homme s'unit à Dieu, non pins seulement par son désir et par un . effet de la grâce, mais encore par ce qu'il y a de plus intime, par une véritable nourriture. Né de Dieu par le baptême, il se nourrit de Dieu par l'eucharistie.

Il s'en nourrit dans toutes les parties de sa personne > qui doit être animée tout entière de la vie éternelle.

Car la chair de Jésus-Christ, qu'ii mange, doit transfigurer sa chair, en y déposant les germes d'immortalité qui la glorifieront au jour de la résurrection.

Le sang de Jésus-Christ se mêle à son sang, et ainsi,

t)uisque la vie est dans le sang, par cette assimilation a vie divine pénètre la vie humaine, dont le sang, corrompu et chargé de tous les principes du mal par la génération, est puriHé du ferment des passions et des maladies.

Le sang divin, en les ueutraiisanl, y dépose le calme^

SEI*TIÈHE SÉRIE.

rapaisement ; il y verse la grâce de* la pureté, la puissance de ia virginité et de la charité.

L'esprit de Jésus-Christ, à la fois divin et humain,

pénètre notre esprit, et, par ses effusions, le rend capable des lumières de la foi et de celles de la contemplation : ce qui produit la science chrétienne.

L'àme de Jésus-Christ pénètre notre âme et lui infuse son amour ou la charité parfaite, qui lui apprend à aimer comme Dieu aime, avec désintéressement et jusqu'au sacrifice.

Ënhn la Divinité, qui habite corporellement en la personne du (Ils, dans sa chair qu'il' donne à manger, dans son sang (ju'il donne à boire, pénètre notre humanité et, l'élevant jusqu'à elle, elle la spiritualisc ici-bas par la divine nourriture, jusqu'à ce qu'elle la transtigure au ciel par la possession de sa gloire.

Donc c'est dans la sainte communion ou par l'eucharistie, qui est la uouiriluie surnaturelle dans sa perfection, le pain au-dessus de toute substance, Taliment véritable, le vrai breuvage qui peuvent seuls procurer la vie éternelle, que la nouvelle créature ou l'homme régénéré reçoit sa force, son accroissement et sa beauté, alin d'arriver, comme dit l'apôtre, à la stature de Jésus-Christ ou de rilorame-Dieu.

C'est dans reucharistie, qui lui transmet et entretient en lui la vie du ciel, que l'homme puise la force de pratiquer dans leur plénitude les préceptes de la justice chrétienne et les conseils de la perfection.

Elle le rend capable de réduire son corps en servitude par la domination de ses appétits, et en le spiritualisant par la pureté, par la charité.

Elle fortifie sa foi jus(ju'à donner sa vie en téuioigoage de la parole divine. Lile exalte son intelligence

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LA VIE blilUNATlRELLE 2Ô3

par les lumières de la contemplation, par un layuti

lie la science divine.

Elle railiiine dans le cœur le feu de la charité, par laquelle, dévoué à la gloire de Dieu et au bien de ses frères, il aime, comme Jésus-Christ, jusqu'à donner sa vie |)our ce qu'il aime.

Et ce sont là des vertus snrhîiniaincs, en{^a'ndré(îs • dans les âmes catholiques, nées, élevées, nourries et perfectionnées dans le sein de l'Église, et que celles (|ui, séparées de ce sein maternel n'y puisent point la vie surnaturelle dans l'adorable sacrement, ne connaissent plus ou ne savent point pratiquer.

Confirma hoc, Ocua, quoU ojteiatus es i Hobii (Pâ. Lxvii, 29).

Confirmez, d mon Dieu, ec que vous avez opéré en non».

L'effet de la nourriture est de réparer, d'accroître et de compléter Tétre vivant. Arrivé à la plénitude de

ses forces, au plein développement de sa puissance, il est capable de détendre lui-même son exist(Mîce et de la reproduire, et alors il devient à sou tour un instrument de la propagation de la vie, qu'il a reçue de ses parents. Ainsi se perpétue la famille dans Tordre naturel.

11 en va de même dans l'ordre sui n alurel. A Tenfance de l'homme régénéré par le baptême succède radolescence et la virilité, et alors, après lui avoir

transmis la vie du ciel , (jue pendant longtemps elle a excitée par la prière, développée par la lumière, formée par 1 msiruction et consolidée par le pain au* dessus de toute substance, par un nouveau moyen surnaturel, qui est appelé à cause de cela le sacrement de la conlirmation, l'Église donne un complément et met comme un sceau à cette vie surhumaine en lui ; ce qui le rend capable de Taflirmer avec force en ce monde et de Ty reproduire.

Coimucnt s'achèvent |)ar la vertu divine la constitution et Porganisation de la vie surnaturelle dans le chrétien : c'est ce que nous allons examiner.

Le développement de l'être organisé et vivant se partage en deux périodes bien distinctes: la première est employée à s'organiser lui-même, à se constituer jusqu'à ce qu'il arrive à la plénitude de son existence et de ses forces. H ne vit alors que pour lui, |)arce qu'il n est pas encore capable de donner aux autres.

Dans la seconde, lu surabondance de la vie le pousse à la verser au dehors, et la puissance de la transmettre lui en donne l'instinct et le désir. 11 devient Pinstrument de la [)roj)agation de la vie.

C'est le passage de l'enfance à la virilité par la puberté. C'est Tépoque de la majorité naturelle et civile, qui imprime à Thommeunc dignité nouvelle, parce que non-seulement il est devenu capable de gouveriu r sa propre existence et de la déleudre, mais encore de l'onder la l'amille et de la conserver.

Il eu est de même dans la sphère surnaturelle. A un certain degré, le chrétien, formé et développé par

LA m 8UKiSAÏi;Kl!.LLË. ^255 .

les soins maternels de TÉglise, doit prendre en main

par sa liberté la conduite de sa vie surnaturelle, soit pour l'at'iirmer publiquement et la défendre par la profession et la confession de sa foi, soit pour la répandre au dehors et la propager par la parole. Instrument de la propagation de la vie 3u ciel, il ne vit plus seulement j)our lui, mais pour rextension de la «irande famille des eniaiits de Dieu que Jésus-Christ a fondée en cemonde, dans son Église, qui est json corps, et dont ceux qui ont participé à cette filiation divine sont les mcud)res.

A cette lin, il reçoit le sceau de la majorité chrétienne et le caractère de soldat de Jésus -Christ par un sacrement spécial, lequel est appelé le sacrement de la perfection, parce qu'en lui communiquant les dons du Saint-Espril, il le fait participer à la vie entière de l'adorable Trinité.

Et par rinfusion de ces dons le baptême opère cela : c'est, avec l'infusion de la grâce, son effet pro[)re, (|ue le courage et la force lui sont donnés pour confesser et annoncer les ventés éternelles nécessaires au salut.

La conlirmation, en faisant de cha({ue lidèle un chrétien parfait, lui donne la capacité de devenir un apôtre et de combattre vaillamment jusqu*à la mort pour la cause de Jésus -Christ et la gloire de son Église.

C'est ce (jui est arrive aux premiers disciples de Jésus-Christ dans le cénacle au jour de la Pentecôte. Le Saint-Esprit est descendu sur eux en langues de feu avec relTusion de ses dons, et revêtus de la vertu d'en haut, comme leur maitre le leur avait promis, ils en sont sortis pour aller prêcher l'Evangile à toutes les nations.

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. m SKPTIÈHE SÉKlfi.

La vertu divine les a transformés, transtigurés, eu développaut la semence de la vie surnaturelle mise en eux par le baptême et par la parole du maître, et irijLçnorants, de làclies, de grossiers qu'ils étaient jus- (iue-Iù, ils sont (ieveniis, par la communication de l'Esprit^Saint, des hommes nouveaux, éclairés des lumières du ciel, ne craignant plus aucun péril, méprisant la vie de la terre et ses biens, et se vouant au service de tous pour les sauver tous.

Ainsi cliaque cUrétieu emiclii des dous du Saint- Ësprit par la confirmation reçoit :

i"* L'aptitude à la science divine par les dons de sagesse, d'intelligence et de science;

2" La puissance de confesser sa loi et d'annoncer les vérités éternelles sous la direction de l'Église par les dons de conseil et de force;

5® La capacité de pratiquer pleinement la doctrine de Jésus-Christ et d^en réaliser la perfection par les dons de la piété et de la crainte du Seigneur.

Ainsi s'est formée la famille cUrétienne par la fondation de l'Église au milieu des contradictions, des persécutions et du sang.

Ainsi, elle doit se conserver et s'étendre malgré tous les efforts du monde et de l'enfer, en vertu de la promesse de Jésus-Clirist, et parce que Celui qui est la vie demeurera en elle et la vivifiera jusqu'à la consommation des siècles. C'est la mission de chaque chrétien, qu'il reçoit dans le sacrement de la confirmation avec tout ce qui lui est nécessaire pour la remplir, de consacrer toutes ses forces, toutes les puissances de son âme, de son esprit et de son corps à y travailler autant qu'il le pourra, et même au péril de sa vie. .

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LA VIE SURNATURELLE 857

Par la propagation ici-bas de la yie surnaturelle, qui a été implantée en lui par le baptême et pour son sahit, il rendra à Dieu dans la mesure de l'humanité Ce qu'il en a reçu, en travaillant avec dévouement à l'avènement de son royaume sur la terre et afin que sa volonté s'y fasse comme dans le ciel.

rit percatum, peccatum vero, cum con- Hummafum [uerit, gênerai mortem (inc.

(juaud la concupisci'nce a conçu, elle cnftnle le péché et le péché consommé engendre la mort.

Tout ce qui naît ici-bas peut mourir, et ainsi la vie surnaturelle, bien (ju'elle soit en ce monde une participation à réternellc vie^ de même qu'elle commence, se développe et se nourrit, peut s'affaiblir, diminuer et défaillir. Elle a ses défaillances comme ses accroissements, et c'est dans ces tristes états (|ue nous allons maintenant la considérer, en proie à la maladie et à la mort, afin d'indiquer ensuite les remèdes divins accordés par la miséricorde d'en haut pour la guérir ou la ressusciter.

Ce qu'est la maladie en général, un désordre produit par l'action prédominante du mal.

SEPTIÈMR SERIE.

Dans l'ordre physique ou dans les corps organisés, le mal se manifeste par un trouble dans les fonctions vitales, dont T harmonie liabitiielle fait la santé.

La maladie a donc pour cause un principe étranger à l'organisme,, qui vient s'y implanter, ou une violence qui en lèse les oignes.

Alors s'établit une lutte entre la force organique attaquée et la force extérieure qui s'impose à elle, lutte qui produit la fièvre avec tous ses accidents, le frisson, la chaleur, la sueur, qui sont les phases diverses du combat par lequel la nature cherche à se débarrasser (le son ennemi, et dont Fissue est sa victoire par la guérison ou sa défaite par la mort.

n en va de même dans Tordre moral. La vie spirituelle, et ainsi la vie surnaturelle, peut être troublée dans ses fonctions par le mal. Il y a des maladies de l'àme comme des maladies du corps.

Toute maladie de Tàme vient d'un désordre moral produit en elle par un principe étranger qui la trouble dans son existence et dans ses fonctions, en là portant à aimer ce qu'elle ne doit j)as aimer, à laire ce qui est contraire à sa loi et par conséquent à son bonheur. ,

Tant qu'elle est ainsi attaquée sans y consentir,

elle est tentée, mais non coii[)able; elle souffre, mais elle n'est pas encore malade, puisqu'elle ne s'est pas laissé envaliir par le mal. C'est seulement quand elle y acquiesce ou s'unit à lui par sa volonté, qu elle devient malade, ou dominée par le péché.

Concupiscentia^ cum conceperitj parit peccatum (Jac. I, 15).

La maladie de l'àme ou le péché a donc pour cause objective un principe étranger, qui cherche à s'in-

LA VIK SUliNATUUBUË.

sînuor par les sens, l*esprit et le cœur jusqu'à sa volonté, pour la mettre on opposition avec la volonté (livioe, (|ni t'ait sa loi, et la porter à agir en dcliors do la loi et contre ses dictées.

Et comme la plupart des maladies du corps proviennent de causes invisibles, qui s'introduisent mystérieusement par toutes les voies dans l'organisme, effluves empestés, gaz délétères, vapeurs malsaines, émanations méphitiques ou virus; ainsi les maladies morales sont produites par Tinsufflation ou l'inspiration de Tesprit du mal, qui veut s'emparer des âmes pour les mettre en o|)positioii avec la justice, les entraîner dans sa révolte contre Dieu, et les perdre en les séparant du principe de la vérité et de la vie.

Alors se passe dans l'âme attaquée par le souffle du mal la lutte de la tentation, (jui excite aussi une sorte de fièvre, ayant sonirissoo, sa chaleur et ses sueurs dans les phases diverses du combat :

Frisson par Thorreur du mal ou par le froid glacial de son invasion dans Pâme;

Chaleur terrible au j)lus fort de la lutte et dans la plus grande ardeur du combat où se dispute la victoire;

Sueurs salutaires par Texpulsion de la cause morbide, ou funestes par la dernière expression de la vie mourante ou de Tàme vaincue.

La conscience est le théâtre de cette lutte entre le bien et le mal, entre le devoir et la passion, entre la justice et Tégoîsme, ou, comme dit saint Paul, entre la loi de Tesprit et celle qui milite dans les membres (Hom. vil, 22, 23).

Si Tâme, par un effort énergique, inspiré et soutenu par la grâce, comme la force vitale de l'organisme est

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SEPiriÈME SÉRIE.

secourue par la nature, parvient à expulser le principe du mal et à en rejeter les atteintes, elle échappe à la maladie; car elle ne pèche pas, puisqu'elle n'y consent pas ; elle a été seulement tentée, mais elle n'a pas cédé à la tentation : Tentalio lUtllavii^ sed non momordit^ dit saint Augustin. Elle reste victorieuse et heureuse, parce qu'en chassant l'ennemi, elle a travaillé à la fois pour son salut et le triomphe cfe la vérité, (le l'ordre et de la justice.

Mais si elle se laisse surmonter par l'ennemi, envahir par ses funestes influences qui se glissent bientôt jusqu'au fond, alors le mal s'implante en elle et prend possession de toutes ses facultés, qu'il tourne dans son sens et à son profit. La maladie se iixe, se développe, s'accroît, et Tàme commence àvivre d une vie fausse, la vie du péché, qui absorbe et pervertit au' profit de l'ennemi et contre Dieu tout ce qu'il y a tie l)on en elle; ce qui peut la mènera la mort spirituelle, comme les produits anormaux de certaines maladies du corps en dévorent la substance et le tuent.

Dans ce cas, la maladie de l'àme, comme celle du corps, est aiguë ou chronique, et Tune et l'autre peut amener la mort brusquement ou peu à peu.

Elle peut être légère ou grave, suivant qu'elle attaque plus profondément la vie et la met plus en péril.

Dans tous les cas, elle est dangereuse si elle est méconnue, négligée ou mal soignée* Si légère qu'elle paraisse* elle est toujours menaçante quand elle dure.

Chrétiens, cpii ressentez tant d'horreur pour les maux du corps, et dont l'inquiétude, si excitée pour

U VIE SURNATURELLE. m

tout ce qui menace votre ^ existonro ot vous cans«' de la souffrance, va chercher partout des remèdes et du soulagement, soyez donc aussi en garde, aussi vigilants contre les maladies de Tâme, afin de ne psis vous exposer imprudemment à leurs atteintes dans les tentations, et de les repousser vivement, et dès que vous les ressentez, par la résistance énergique de la volonté, qui peut toujours les vaincre avec le secours du divin médecin et ses remèdes infaillibles, quand on a le courage de les accepter.

SMMtmesthontiMiHs semel moriifielb.

11 est arrêté que rhonuue meurt une fois.

La maladie de la créature surnaturelle peut aller à la mort, et comme c'est le péché qui la rend malade,, c'est aussi le péché qui la fait mourir, et dans ce cas il s'appelle le péché mortel.

Mais l ame étant immortelle par la nature, il semble au premier abord qu'il y ait contradiction à dire qu'elle peut mourir, et c'est pourquoi, pour détruire cette contradiction apparente, et faire mieux comprentlre ce qu'est la mort de Tàme, nous expliquerons d'abord celle du corps, qui en a été la suite, et qui en est le symbole, alin, comme dit saint Paul, de nous élever aux choses invisibles par les visibles,

m SbFTlÈME &ËHIfi.

et dV'claircir 1rs véritrs niétaphysiqiies par leur analogie avec celles qui tombent sous les sens.

La iiiort, considérée de la manière la plus {générale, est la privation de la vie.

Or, aucune créature ne vivant d'elle-même, mais du principe dont elle est, et par la nourriture qu'il lui touriiit, il est évident (jirelh' sera privée de la vie, si volontairement ou involontairement séparée de son principe, elle n'en reçoit plus l'influx vital dont elle a besoin pour subsister.

La hranrlio arrachée du tronc se dessèche;

Le iiienibre séparé de rorgaiiisnie se corrompt;

Les molécules d'un corps vivant tombent en poussière dès qu'elles ne sont plus en communication avec le centre vital.

11 en est de même dans Tordre moral.

L'esprit s'éteint quand il nVst plus en rapport avec la vérité. Sa vie intellectuelle s'obscurcit et défaille. L'homme s'animalise.

La volonté se corrompt quand elle cesse d'être soutenue et diri,i^ée par la loi. Sa vie morale est étouffée. L'homme se démoralise.

La famille périt quand les membres qui la composent ne sont plus unis entre eux par leur subordination à son chef. Klle perd sa vie intime en se séparant de sou loyer. Elle meurt en se divisant.

La société périt quand les membres qui constituent son unité et sa force se séparent du pouvoir qui en est le contre. Elle se tue ou se dissout, et sa vie poli-

LA SURNATURELLE

tique est remplacée par Tanarchie, qui est la mort de la vie sociale.

La mort est donc partout le résultat de la division, du brisement qui empêche la vie de fonctionner : division intestine entre les éléments He Tètre vivant, séparation de ce qui vit d'avec le monde, qui entretient sa vie.

Par la mort naturelle, ou à la vie de ce monde,

l'homme est brisé plus ou moins violemment dans l'unité de sa personne, composée essentiellement d'une âme et d'un corps. Les deux parties constitutives de son existence, en se séparant, se déconstituent, et comme la vie actuelle ne peut s'alimenter que par le commerce du corps avec le monde terrestre, .tic pouvant plus vivre de la terre, il meurt .à la vie de la terre.

Voilà pourquoi la mort lui inspire une horreur instinctive; d'abord, parce que tout ce qui vit ayant le besoin et le désir de vivre, tout ce qui tend à diminuer ou à détruire sa vie lui est douloureux et odieux; et ensuite, parce (pie Tétre raisonnable a le pressentiment qu'il a été créé pour Tivre, qu'il a été fait ineacterminable (Sap. ii, 25), Celui qui a uni si intimement son ame et son corps dans Funité de sa personne ne voulant pas qu'ils lussent jamais séparés, et que s'ils le sont si douloureusement, ce n'est point par la volonté de l'auteur de sa vie qui ne peut être la cause de la mort, mais par l'effet mystérieux d'un désordre qui a gâté l'œuvre divine et dont toutes les existences de ce monde ^subissent les suites déplorables par leur participation à une perversion primitive.

En un mot, l'homme n*est devenu sujet à la mort qu'à cause du péché, par lequel il s'est fait une fausse existence contre la volonté de son Créateur, laquelle

^64 SEPTIKMK SËHIE.

doit périr comme tout ce qui ne vient pas de Dieu,

comme tout ce qui u'élait pas dans le plan éternel de la création.

C'est pourquoi Dieu avait dit à Adam dans le paradis terrestre, où il ny avait point de mort : Si tu manges du fruit défendu, tu mourras, Morte morieris. Il (Ml a mangé contrairement à la volonté tlivine; il en est mort en elTel, il en meurt tous les jours, et les suites de sa volonté coupable ont changé les conditions de son existence.

D'immortel qu'il devait être par la grâce divine, il est devenu mortel par sa faute, et il n'arrive plus en ce monde tel que Dieu l'avait fait, mais tel qu'il s'est défait lui-même par Tabus de sa liberté.

C'est pourquoi il a une peur horrible de la mort, parce qu'il sent au l'ond de sa conscience (ju'elle est l'expiation, ou, comme dit saint Paul, le »o\dQ du péché, stipendia peeeati (Rom. vi, 23).

Il en a peur encore à cause de ses suites mystérieuses !

1" Que devenons-nous, oii allons-nous après cette dislocation de notre existence, dont une partie rentre dans la terre d'où elle a été tirée? Que devient Tautre partie, la me? et le mot, dont nous avions conscience en l'une et l'autre, comment survivra-t-il à cette séparation violente? deviendra notre personnalité, à laquelle nous sommes si attachés?

Les ténèbres du tombeau nous épouvantent ; c'est comme un abîme insondable où il faut descendre, et personne n'en est revenu pour nous apprendre ce qu'il y a au delà.

2" Puis la rais(Hi nous dit que dans cet autre monde comme en celui-ci il doit y avoir un gouvernement et

LA Ylii; SUKNATDURLLË. •

une justice. Il nous sera donc demandé coin |) te de ce 'que nous avons l'ait ici-l)as, et nous devrons subir un jugement sur notre conduite passée, qui décidera de notre sort futur.

Addmei te Deus in judiâum (Ecel. xi, 9). Terreur de ce jugement inraillible de toutes manières, et que rien ne peut plus iniluencer; — application de la justice souveraine et sans appel.

7f Quel sera cet avenir, s*il est en raison de nos mérites?

Qui de nous sait s*il est digne d'amour ou de

haine? (Eccl. ix, i .)

Digne d'amour! c'est la plénitude du bonheur méritée par la plénitude de la justice et de la charité;, c'est la récompense des justes, des saints, de ceux

dont l'ànie purifiée et sans tache est admise, au sortir de ce monde, à la participation du bien suprême ou dans le sein de Dieu? Qui peut se llatter d'un tel bonheur?

Digne de haine! c'est l'exclusion de la vie divine,

la réprobation de Celui qui nous avait créé à son image et pour partager sa gloire, et dont nous avons violé la loi^ repoussé la miséricorde et dédaigné Tamourpar l'exaltation de notre orgueil et la révolte de notre volonté. Le bien et le mal étaient devant nous, et si la liberté humaine a préféré le mal et lui <'^>t restée attachée jusqu'à la mort, elle passera dans le royaume du mal qu'elle a choisi, et elle aura ce qu'elle a voulu, Tenfer et la haine du bien.

Enfin, si tout en préférant le bien et en s'y rattachant par un (Iri iiier eiioi t au dernier monienl |)ar le désaveu et la détestation du mal, on a le bonheur d'obtenir par la grâce la délivrance de la mort éter-

m • SEPTIÈME SÈRIB.

nelle, que de taches encore à effacer, que de fautes à expier, que de liens à briser dans l^âme graciée, qui ne peut entrer dans le saint des saints sans une pu-

reté parfaite! car rien d'impur n'est admis dans le ciel, l^onc In ftiu loiTible o{ los douleurs iuiiiienses de la puriiication dernière, du purgatoire, dont l'ardeur et rintensité seront en raison de l'expiation à subir et de l'impureté à effacer.

(lar, (lit IWpotrc, ce qui n'a pu être enlevé ici-bas par la lumière, lésera ailleurs par le feu (1 Cor. ni, 15).

Voilà ce que la raison naturelle ajoute à la frayeur instinctive de la mort, et il ne lui faut que du bon sens pour comprendre ou au moins pressentir ces vérités, bien cjue \n\v ses seules bimières elle ne puisse déterminer les formes et le mode de leur application.

Et cependant, eombien vont à la mort à la légère, avec imprudence et irréflexion, voyant chaque jour mourir à colé d'eux, sans penser que leur tour viendra demain , et n'y songeant trop souvent que quand ils n'ont plus la force ni le temps de s'y préparer!

Il est trop tard! mot terrible du fait accompli, de répreuve terminée, au delà de laquelle tout est décidé pour Téternité.

Tropheureux, si, dans l'extrémité de la crise, un cri du cœur, un dernier soupir de Tâme vers Dieu laisse un rayon d'espoir !

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U VIE SUa^NATliaElLK.

Cum meUt mûrHn MieUi et peecatis têêtfiM (Eph. II, 1).

Vous éties mort» par vos fauim et m pécbéi».

Si la mort naturelle est terrible, la mort surnaturelle Test pins encore ; caria première sépare de ce monde, et ne brise que rexisiencc matérielle ou IHiomme de la terre, tandis *que l'autre prive Tâme régénérée de la vie de la grâce, don de la miséricorde divine acquis au prix du sang de Jésus-Christ. Ell<' la srpare à jamais de la sonrce même de la vie, si la bonté divioe n'intervient de nouveau pour 'lui rendre cette vie du ciel perdue par sa faute : ce qui n'est possible qu'à certaines conditions que nous dirons plus tard.

La mort naturelle est le passage d'un monde dans un autre, et quand elle est ce qu elle doit être, préparée et acceptée chrétiennement, elle inspire plus d'espérance qu€f de crainte, et «lie est un gage, une promesse de bonheur ; elle est nu progrès dans le bien.

La mort surnaturelle, en brisant le rapport de Tàme avec Celui qui est la vérité, la lumière et la vie, la laisse en proie au mensonge, aux ténèbres et è la douleur^

m SKI'TIÈMK* SKllIh..

Voyons (lo plus près en quoi elle consiste et ce qui ramène.

La pieuse mère de saint Louis lui disait, que malgré sa tendresse maternelle, elle aimerait mieux le

voir iiiori (jne c()ii|)al)le (Vuw seul péché mortel, et elle avait raison, parce que la mort naturelle ne tue que le cor))s, tandis que le péché tue l'âme. Notre- Seigneur a dit : « Ne craignez point ceux qui ne peuvent détruire que le corps; craignez ceux qui jettent les âmes dans la géhenne (Matt. x, 58), là où il y aura des ténèbres éternelles, des souiïrauces sans fin, un feu qui ne cessera pas de brûler, un ver qui rongera toujours (Marc, ix, 43).

La mort surnaturelle est la privation de la vie divine par la perte de la* grâce, qui en est le principe et l'aliment.

Par cette privation, Tâme, dépouillée des dons de rEsprit-Saint, retombe dans les conditions de sa nature,

incapable de s'élever par ses propres forces à la participation de la nature divine. Elle meurt donc à cette vie transcendante qu'elle avait commencé à vivre, et ainsi elle n'est plus en rapport avec Dieu que par les lois et les forces de la cr^tion.

Elle porte encore en elle la capacité de cette vie supérieure qui lui a été accordée au baptême ; car elle en a reçu le sceau ineffaçable, le caractère indestructible, et la semence du ciel, implantée en elle, ne peut être déracinée. Mais comme le grain de blé, enfermé pondant des siècles dans robscurité et hors des conditions nécessaires à son développement, reste stérile, ainsi le don divin est paralysé, immobile en elle, à

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LA YIB SURNATURELLE. m

Fétat de puissance inerte et sans pouvoir passer en acte, parce cpie Pair, la lumière et la nourriture célestes lui manquent.

C'est le plus cruel tourment de l'humanité sur la terre, d'aspirer toujours à Tinfini et de ne pouvoir l'atteindre : de Thumanité entière qui en avait reçu le gage dans Porigine et qui Pa perdu par sa faute, et surtout de ceux-là (jui renés à la vie du ciel par la régénération baptismale, Tout perdue derechef par une infidélité encore plus coupable.

C'est le supplice le plus terrible de Penfer d'avoir toujours une soif secrète du bien suprême qu'il a connu, et de n'avoir plus les moyens de l'obtenir. De là la fureur et le désespoir, l'envie et la haine qui habitent la région infernale, et sur la terre Pagitation incessante, à travers toutes les erreurs et tous les désordres, de ceux qui abandonnent Dieu et repoussent sa grâce par l'exaltation de leur orgueil ou Pidolàtrie des créatures, a Tu t'agiteras toujours, ô mon âme, disait saint Augustin, jusqu'à ce que tu te reposes eu Celui qui peut seul assouvir ta foim de bonheur ! »

Comment arrive cette mort de Pâme? L'Église répond simplement et clairement : par le péché mortel, c'est-à-dire par la rupture avec le principe de la vie

éternelle, qui peut seul la nourrir en elle, quand il l'y a mise.

Or cette rupture fatale, cette scission de Pâme avec son principe, et par conséquent la privation de la vie divine qu'elle ne peut tenir que de lui, s'est opérée

dans l'origine par la mauvaise volonté de l'homme. C'est l'acte libre de cette volonté pervertie qui a introduit la mort dans Phomme et dans le monde; et de-

jMiis tons ses descendants demonreiit dans la nunt par lo fait mèn)e du péciié ori«zinel, ou s'ils en ont été délivrés par la grâce, s'y replongenl par le péché mortel.

Comme le père du ^enre humain tenté par Tennemi de Dieu, ils croient à sa parole plus qu à la parole divine, ils la repoussent comme un mensonge, qui lend à les rabaisser, à les opprimer. Ils veulent se rendre indépendants pour vivre à leur guise, sans autre loi ipie leur volonté, et tandis que Dieu leur avait dit qu'ils mourraient de mort, Morte morieris^ s'ils mangeaient le fruit défendu, ils écoutent Satan lenr promettant qu'ils vivront, comme Dieu luinoDéme, dans celte mort.

Il en arrive encore ainsi aujoui d'luii dans tout péché mortel. Sous Tinsufflation du tentateur on cherche la vie dans la mort. On préfère sa volonté propre à celle de Dieu exprimée dans sa loi. On entre volontairement en «guerre avec Lui pour se satisfaire contre Lui ; et quand on Lr l'ait sciemment, avec persistance, et au mépris de toutes les influences qu'il emploie pour maintenir l'ordre ou y ramener, quand on n'écoute ni les voix qui parlent dans la conscience, ni celles qui parlent au dehors en son nom et par son autorité, on brise le lien de grâce (pii entretenait la vie surnaturelle du cœur, laquelle s'éteint comme une lumière soufflée par le vent de l'orgueil ou une lampe manquant de nourriture. Alors le péché devient mortel, puisqu^il produit la mort. *

Donc, tout chrétien qui méprise la volonté divine pour accomplir la sienne, avec la conscience de ce qu'il veut, et préférant librementet avec préméditation son plaisir, son intérêt, sa gloire, son bien propre.

lA VIE SURNATDREIXE.

son moi, en un mot, sous une forme ou sous une autre, à la loi, à Tordre, au bien des autres, tue son âme en

repoussant la vie divine de la justice et de la charité; n'aimant plus que lui-mènie et tout pour lui, il se concentre et s'endurcit dans l'égoïsme, principe du mai et père de la mort.

Tel est Terfet inéTitable de toutes les passions humaines poussées à l'excès. Elles précipileiii avec fureur ces âmes dans la mort, quand elles sont prêtes à tout faire, à tout subir, pour se ^satisfaire. L'ambitieux, Tavare, le irindicatif, la femme passionnée ou vaniteuse, etc. Il leur faut à tout prix et par tous les moyens la ])ossession de ce (ju ils désirent, dussentils en mourir, et ils en meurent en effet trop souvent,* même quand ils l'obtiennent.

Ainsi, ce monde si brillant où s'agitent tant d'hommes <jui ne cherchent que leur plaisir, leur ^^loire ou leur intérêt sans s'inquiéter de Dieu, de sa loi ni de son service, oubliant ou méprisant la vie du ciel qu'ils ont reçue au baptême et dans le sang de leur Rédempteur et la laissant périr dans leur àme faute de nourriture, ce monde, qui paraît si vivant, est dans la mort, Mundus lotus in nuUif^no positus esl (1 Joan.

Sainte Thérèse disait qu'elle voyait tomber les âmes

dans renier comme les tlocons de neij^e sur la terre.

Quel spectacle douloureux pour le duétien jilein de foi et de charité, qui, placé au milieu du monde, voit l'égarement de toutes ces âmes et le vertige qui les entraîne à Tabîmel

Quelle douleur surtout pour le prêtre, ipii voudrait les sauver toutes, et dont la voix n'y trouve point d'accès!

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On romprcnd alors Tabonilance des prières et dcR mortificatioos de l'Église pour ses eofaats rebelles ou égarés. Raehel plorans filios mes et noluH eonsolany quia non sunt (Mattli. ii, 18).

Heureusement que, par un effet do la miséricorde în6nie, elle a reçu de son divin fondateur le pouvoir de guérir et même de ressusciter la vie surnaturelle qu'il a engendrée en elle, et dont il Ta faite la dispensatrice. Ce sont ces remèdes miraculeux, moyens infaillibles du salut, des âmes, quand elles veulent en profiter, qui nous restent à considérer.

Filius meus morhmê erëi et rmxit (Luc. XV, 24).

Mon fils était mort et il ««t refsnidlé.

La maladie de 1 ame est le péché véniel, c'est-à-dire celui qui diminue et affaiblit dans l'homme la vie de la grâce sans la détruire, bien qu*il porte le désordre

et le trouble en lui et autour de lui. La mort de l'àme est causée par le péché mortel, (}ui, en brisant le rapport volontaire de l'homme avec Dieu ou la correspondance à la jgfràce, tue la vie surnaturelle par le poison ou le manque de nourriture.

La lumière dVn haut est toujours là et no demande qu'à se donner, et c'est poui quoi Dieu dit, dans les saintes Écritures, qu'il veut que tous vivent et soient

LA VIE SUHNÀTUUI'LLK.

sauvés. Mais tous ne consentent pas à la recevoir, et

quelques-uns la rejioussent et la méprisent.

c< La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise » (Joan. i, 5)'.

ce II est venu parmi' les siens et les siens ne l'onl pas reçu » (Ihid.^ M).

Toutefois la bonté divine n'abandonne ni les malades, ni les mourants, ni les morts; çt c'est pourquoi Jésus-Christ, le grand médecin des esprits, a laissé dans son Église, dépositaire de sa parole et de sa vertu, des remèdes infaillibles à toutes les maladies de Pâme et même à sa mort, (les remèdes sont les sacrements, qui ont la puissance, au nom de Jésus-Clu'ist, de guérir les âmes malades et de ressusciter les mortes. Par leur application salutaire, la vie surnaturelle peut être réparée ou renouvelée. C'est ce que nous allons voir dans les méditations suivantes.

La guérison est le rétablissement de l'oidre dans les fonctions vitales, par la destruction ou l'éloignément des causes qui lont troublé.

Il en est sous ce rapport de la vie de Pâme comme de celle du corps, avec cette dilTérence que rien ne peut se l'aire pour ou contre la vie spirituelle sans le consentement de la volonté qui y préside.

Or, pour rétablir la santé dans une âme malade ou dominée par le péché, la première condition sine qua non est qu'elle veuille être guérie.

C'est pourquoi Jésus demandait d'abord à ceux qui venaient implorer son secours : Vis samts fieriî question qu'il semble inutile d'adresser aux malades,

274 SëFTIëUE SERIE

mais dont on reconnaît le sens profond, quand on se

rappelle que le Sauveur ne s'occupait des choses du corps qu'en vue de celh s de Tàme.

Vouleï*yous être guér i 7 demande l'Église avec 6uu divin Maître aux âmes malades ou aux pécheurs qui invoquent son assistance.

Or la |)i eniière preuve qu'on veut être guéri, c'est de reconnaître et d'avouer son mai.

Il n'y a pas de pire malade que celui qui ne le sait pas ou ne veut pas le savoir.

Nolnit intelligere ut bene ageid (Ps. xxxv, 4).

Puis, il ne suffit pas de reconnaître le mal et de l'avouer; il i'aut encore vouloir en être délivré, nonseulement pour accepter les remèdes nécessaires, toujours plus ou moins douloureux, mais encore pour concourir par l'énergie de sa volonté à refficacilé de leur action.

Or combien de malades d'esj)rit et de cœur qui ne. croient pas Pétre, ou qui, s'ils le reconnaissent, ne veulent pas être délivrés de leur mal qu'ils aiment, en dépit des réclamalinus de leur conscience et [)arce qu'ils y ont posé aveuglément leur amour el leur bonheur! Toutes les passions humaines en sont là avec leurs illusions et dans Jeurs désordres.

Veut-il guérir, cet ambitieux, qui cherche à s'élever à tout prix, a parvenir par tous les moyens? Il |)arlera cependant parfois, surtout dans ses mécomptes, des peines qu'il endure et du repos dont il a besoin, et dès qu'on le lui donnera, il sera le plus malheureux des hommes.

Veut-il guérir, cet avare, (pii a posé son cœur dans son trésor, et qui Testime plus que tout au monde, plus que sa propre vie, puisqu'il la lui sacrifie?

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LA VIE SURNATURELLE

Veut-elle guérir, cette l'emme idolâtre du monde et de ses succès, à laquelle rien ne coûte pour y briller, pour y dominer? Dans ses désappointements il lui

prend quelquefois des accès de solitude, de retraitfe et de dévotion, et elle serait au désespoir si le monde la quittait.

Veùt-il guérir, ce glorieux, qui veut que tout le monde s'occupe de sa personne, l'élève au-dessus de

tous, chante ses louanges, et, (piand le silence se fait autour de lui, parle de luir le monde qui le méconnaît, de se cacher dans la solitude pour y trouver le repos? Mais il s'irrite si on le lui conseille, et cependant ce serait le vrai moyen de s'affranchir de l'esclavage de Topinion et de retrouver son àme et sa liberté.

Enfin, même quand on veut sincèrement être guéri, la bonne volonté ne suffit pas ; il faut la mettre en

pratique, la réaliser par Facceptation sincère des moyens indispensables de la giiérison.

Car, pour guérir, il faut trois choses : un médecin, un traitement et des remèdes.

Et à ces trois choses il en faut ajouter une quatrième, sans laquelle elles ne servent de rien ou même sont iimestes, à savoir la conliance au médecin qui juge le mal, dirige le trailement et prescrit les remèdes.

Et cette confiance, de laquelle dépend souvent la vie ou la mort, suppose la démission de la volonté, l'abnégation de la raison pro])re, pour se remettre entre les mains d'un autre, qui devient l'arbitre de votre existence.

Le malade qui ne veut faire qu'à sa téte et se traiter lui-même est un insensé, dont l'orgueil compromettra Texistence ou la perdra.

SEPTIÈME SEiUE.

Or, dans Tordre de la vie samaiurelle el pour toutes

les maladies qui l'affligent ou la tuent, le médecin véritable est le ministre de Jésus-Christ, que l'Église, à laquelle le Maître a laissé sa science et sa puissance, envoie aux âmes malades ou aux âmes mortes pour les guérir ou les ressusciter. Les pouvoirs de ce médecin (lu ciel sont plus étendus que ceux des médecins de la terre ; car ceux-là guérissent peu et ne ressuscitent jamais.

Que faut*il faire pour profiter de celte médecine

céleste et île ses remèdes sacrés? C'est ce que nous allons voir.

Hoc fûCt et ma (Luc tS^.

Faites cela et tous vivres.

Voici maintenant !e malade et le médecin en lace Tun de Tautre. Décidément ce malade veut être guéri ; car il a appelé à son aide celui qui peut lui rendre la santé ou la vie de l'âme. Voyons donc ce qu'il doit faire pour recouvrer Tune et l'autre, et par quels moyens le ministre de Celui qui est la résurrection ei la vielles lui rendra. S'il écoute sa parole, qu'il fasse seulement ce qui lui sera prescrit, et il vivra : Uoe fac et mes.

V La première chose à faire par un malade qui veut guérir et appelle un médecin dans cette espé-

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LA YlË i>UUr«ATUKb;LLE. 277

rance, c'est de lui découvrir son mal, autant qu'il

))eut le connaître, en toute sincérité, et quoi qu'il lui en coûte.

11 en est de mèiue avec le médecin de Tàme, et c'est là première partie de la confession. L'aveu et le désaveu doivent être sincères, sans réserve, et ici encore plusquedans l'autn' cas, la dissiuiulation serait fatale, non-seulement parce qu'elle peut égarer le jugement du confesseur, mais encore parce que, dans l'ordre moral, tout le mal qu'on ne dit pas reste sur la conscience du coupable et continue à l'infecter. Par cela même qu'il le cache, c'est qu'il y est encore attaché, et, par conséquent, il ne veut pas franchement être guéri.

Le mal moral, ou le péché, étant produit parla volonté, ne peut être détruit (jue par elle, c'est-à-tlire si elle lui retire l'assentiment qu'elle lui avait donné, et s'en sépare par le désaveu. Autn^nent le germe du mal reste dans le cœur, et il repullulera bientôt..

2* Le malade, après avoir exposé son mal, doit promettre au médecin d'en fuir à Tavenir les causes et les occasions, tout ce (pii peut, de près ou tie loin, contribuer à l'exciter, à l'augmenter; et à cette lin, il doit rompre avec des habitudes funestes et maintenir ses appétits et ses désirs.

Ainsi l'àme, eu avouant ses fautes, doit s'engager à éviter désormais tout ce qui pourrait l'y porter de nouveau et ainsi promettre formellement de quitter ou de fuir ce qui l'a induite au mal qu'elle accuse — fuite des occasions, rupture des mauvaises liaisons, surveillance exacte de soi dans les circonstances dit'-. Uciles, el elïorls pour résister aux tentations, etc.

Mais ici il y a plus a faire ; car, comme on n'a

278 SËPTIÈNi. SÉRIE.

commis le péché que par la convoitise de ce qai est mal, on n'en sera vraiment libéré qu'en cessant de

raimer, qu'en le détestant ou en le repoussant de toute la force de sa volonté. C'est la contrition de la faute qui inspire la résolution de ne plus la commettre.

3* Quand la médication commence, le malade qui veut guérir et qui a contiance en son médecin, doit * se soumettre en tout à sa direction. Il acceptera avec conlîance les prescriptions, à savoir le régime, les remèdes, et le traitement dans toutes ses parties. Il ne reculera pas devant l'amertume ou le dégoût des mé* dicanients, la sévérité de la diète, les privations imposées, ni même devant le l'er ou le l'eu qui font frémir sa chair. Son salut est dans son obéissance.

Ainsi, l'âme qui veut sérieusement retrouver sa santé ou sa vie surnaturelle, doit s'abandonner entre les mains de son directeur spirituel, et accepter tout ce qu'il lui prescrira à cette fin.

Là aussi il y a un régime à suivre, des privations à subir, des remèdes amers ù prendre, des sacrifices à accomplir, et quelquefois il faut porter le fer ou le feu dans les plaies du cœur. Il faut déchirer des liens trop sensibles, et avec une souffrance bieti autrement vive que celle du corps. Il faut brûler dans sa racine, c'est-à-dire au fond de l'ànie, le germe d'une mauvaise passion, (jui menace de corrompre l'àme tout entière par la gangrène, et la brûlure spirituelle est autrement douloureuse que la brûlure physique.

Tout cela doit être accepté et subi en esprit et en vérité avec une bonne loi entière, avec une résignation complète, sans y mêler ou en y mêlant le moins possible le jugement de sa raison, la prétention de sa vo^

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Î,A VIE SURNATURELLE

lonté propre, s'abandonnant aVec la simplicité de Tenfance au traitement imposé, d'abord comme moyen de

i^iiérison et de salut, et en outre comme expiation et réparation du mal commis.

Quand tout cela a été fait dans la maladie du corps, le mal bien reconnu, les remèdes convenablement appliqués, et le traitement bien dirigé et bien suivi, le médecin a fait son œuvre, et la nature, qui guérit les corps, opérera la guérison s'il est possible et s'il y a lieu.

Dans Tordre surnaturel, quand toutes les conditions

qiu^ nous venons de dire sont accomplies, la guérison est infaillible, ce dont personne ne peut répondre dans Tordre naturel, et elle s'opère directement par la parole qui a créé l'univers, qui a dit : que la lumière soit, et qui s'est appelée la Vie : Ego sum vita. Celte parole, tonjoursvivantrot vivifiante dansTÉglise, , pénétre, par Torgane de son ministre, les âmes malades, les âmes mortes, et, par la vertu sacramentelle de l'absolution, elle ranime la grâce dans les unes, la rallume dans les autres, et les délivrant du joug du mal ou des ténèbres de la mort, leur rend la santé spirituelle et la vie du ciel.

Ainsi est réparée ou ressuscitée par des miracles incessants de la bonté divine, continuation et application du mystère fécond ih la rédemption d(; Thunianîlé par le sang do Jésus-(]lirist, la vie surnaturelle en ce monde; et alors l'Église s'écrie, pleine de Joie, avec le père de Tentant prodigue, symbole consolant du Père qui est au ciel : « Réjouissez-vous, car mon fils était perdu, et je Tai retrouvé; mon lils était mort et le voilà ressuscité! »

HUITIEME SËRIË

Smf e*t werhm Dei (Lue. im, 11). La semence est le pirole de Dieu.

la parabole de la semence, proposée et expliquée par Jésus-Christ à ses disciples, est rapportée à peu près dans les mêmes termes par saint Mattliieu et par saint Luc.

Il est écrit : « Celui qui sème est sorti pour semer, et pendant qu'il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin, et les oiseaux du ciel vinrent et la mangèrent ; une autre partie dans un terrain pierreux,. où elle n'avait pas beaucoup de terre, et elle poussa aussitôt, parce que la terre n'avait pas de profondeur ; mais le soleil s'étant levé, elle fut brûlée, et comme elle n'avait point de racine, elle sécha. Une autre partie tomba au milieu des épines, et les épines s'accroissant, l'éloufi'èrent. Une autre, enlin,

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